Michel Roche est professeur en science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
Michel Roche est professeur en science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Les effets de la pandémie: montée du keynésianisme et du nationalisme québécois

La pandémie semble accélérer le retour d’un keynésianisme, après des décennies de règne d’un néolibéralisme de plus en plus critiqué ici et ailleurs. En effet, les attentes envers un État plus régulateur augmentent, constate Michel Roche, professeur en science politique de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), estimant que cette remise en question de l’économie de marché rappelle celle survenue après la crise économique des années 30.

« Karl Polanyi (économiste hongrois) avait caractérisé le virage opéré dans les années 1930 comme “La Grande Transformation”. Il se pourrait donc que nous soyons à la veille d’une nouvelle “Grande Transformation” », commente M. Roche. Ce dernier fait référence à la crise de 1929, qui avait alors démontré les limites de l’économie de marché. Selon l’économiste John Maynard Keynes, le marché ne peut se réguler seul. À contrario, les néolibéralistes estiment que l’État ne peut pas être plus efficace que le marché et il peut nuire à l’équilibre naturel en intervenant.

« Même avant la pandémie, il y avait quand même des symptômes de cette potentielle transformation vers un état régulateur. La théorie du ruissellement, promis avec le néolibéralisme, et qui dit que les riches qui deviennent plus riches voient leur fortune retournée dans la population, ne s’est pas concrétisée. Cette idéologie commençait donc à être critiquée, et ce, même dans les sphères dominantes. Ce n’est pas les forces libres du marché qui vont nous aider. La pandémie va donc, sans aucun doute, rendre les critiques envers le néolibéralisme plus fortes. »

COVID-19 et GES

La crise de la COVID-19 démontre pour une rare fois que des efforts considérables peuvent être déployés par les populations et les États pour enrayer un problème, comme la pauvreté et les gaz à effet de serre. Il sera maintenant difficile pour un État de dire qu’il n’en a pas les moyens, pointe M. Roche.

« On se rend compte, avec cette crise, que lorsqu’il y a une solidarité et que les États se parlent, ça donne des résultats. Si on agissait avec le même sentiment d’urgence pour les GES, par exemple, on pourrait avoir des résultats. On a souvent parlé d’absence de moyens. Finalement, on les trouve les moyens. La pandémie est révélatrice sur le potentiel extrêmement puissant de l’humanité pour résoudre des problèmes. L’individualisme, à mon avis, va perdre des plumes », analyse le professeur, ajoutant que le degré de keynésianisme sera différent d’un pays à l’autre.

Souveraineté du Québec

Le mouvement indépendantiste moderne pourrait gagner aussi en popularité, croit M. Roche. Les Québécois semblent se sentir plus protégés par la province que par Ottawa, qui s’est ravisé, lundi, en fermant une partie des frontières canadiennes. Une demande formulée par le premier ministre québécois, François Legault, depuis plusieurs jours, lui qui a mis en place des mesures draconiennes pour enrayer la propagation du virus.

« Les mesures de Québec sont perçues comme [étant] contrecarrées par le fédéral, avec les frontières qui apparaissent poreuses. Cette image rappelle que le Québec peut encore se heurter aux limites du fédéral », explique M. Roche.

Ce dernier travaille d’ailleurs sur un ouvrage portant sur la crise du mouvement indépendantiste. L’ouvrage devrait sortir au cours des prochains mois.