Les chirurgies oncologiques reprennent au CIUSSS 

Le service de chirurgies oncologiques du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean a repris jeudi après une interruption de 48 heures provoquée par une directive ministérielle, dont l’objectif était de limiter l’utilisation du matériel de protection par le personnel soignant, en particulier les masques.

C’est cette décision qui avait provoqué le report de la chirurgie de la médecin jonquiéroise France Gilbert, qui devait subir mercredi matin une intervention pour un nodule à un poumon pour un cancer jugé agressif. La chirurgie de Mme Gilbert aura lieu vendredi matin avec le nouveau programme opératoire constitué par une équipe de spécialistes.

Le chef du service de chirurgie du CIUSSS, le neurochirurgien Hans McLelland, a évidemment déploré la situation de cette patiente qu’il n’a pas identifiée, mais dont tout le monde connaît aujourd’hui l’identité.

« Nous avons diminué le fonctionnement du bloc opératoire de dix à trois salles et une salle d’urgence. Cela a permis de libérer des ressources pour la COVID-19 et on poursuivait les interventions chirurgicales pour les cancers que le comité jugeait urgentes. Mardi après-midi, nous avons reçu une nouvelle directive ministérielle qui obligeait les hôpitaux à fonctionner en mode fin de semaine. Ce qui signifie de fonctionner avec une seule salle d’opération pour les urgences », explique le neurochirurgien qui assure vouloir expliquer honnêtement le problème, sans défendre à tout prix le CIUSSS ou le ministère.

Matériel disponible

Le neurochirurgien a assuré que tout le matériel nécessaire était disponible au bloc opératoire de l’hôpital de Chicoutimi pour réaliser les chirurgies prévues au programme pour la journée de mercredi. La directive ministérielle découlait selon lui d’une volonté de limiter l’utilisation de ce matériel pendant quelques jours.

« Il semble qu’il y ait eu un arrivage de matériel. Mercredi midi, nous avons reçu une nouvelle directive ministérielle à l’effet que l’on pouvait désormais reprendre les opérations pour tout ce qui concerne les cas de cancer qui ne peuvent être traités autrement. Nous avons immédiatement repris l’analyse de tous les dossiers pour faire un nouveau programme opératoire », explique le chef du service.

Le fonctionnement en mode « fin de semaine » devait prendre fin lundi matin. Le neurochirurgien aurait souhaité qu’une telle situation ne se produise pas pour aucun patient en attente d’une chirurgie importante. Il ne cache pas que le travail des professionnels va pratiquement à l’encontre de ce pour quoi ils ont été formés.

« Cette situation n’aurait pas pu tenir longtemps. Nous voulons traiter nos patients et leur donner les meilleurs soins. Peut-être que l’intervention auprès de la patiente dont il est question n’a pas été faite adéquatement. Les choses auraient pu être différentes. C’est important de bien se préparer pour la COVID-19, mais nous avons aussi la responsabilité de nous occuper des autres patients », a poursuivi le spécialiste, visiblement touché par cette situation.

Goulot d’étranglement pour le nord du Québec

L’hôpital de Chicoutimi, indique le médecin, constitue le goulot d’étranglement du système de santé de tout le nord du Québec. Il y a des cas majeurs qui doivent être traités rapidement. Il était donc impossible de maintenir cette restriction pendant longtemps, relativement à l’utilisation du bloc opératoire.

Le comité a donc procédé à l’évaluation de plusieurs dossiers. Le groupe composé de chirurgiens et d’oncologues a établi des critères sévères pour en arriver à déterminer les cas importants afin de les opérer le plus rapidement possible. La disponibilité du matériel permettra aux chirurgiens d’activer le programme opératoire afin de diminuer le retard.

« Nous avons déplacé des centaines d’interventions, mais il y a encore des personnes qui consultent des médecins et des interventions s’ajoutent. »

Les médecins, a conclu le Dr McLelland, ont évidemment à faire face à un défi éthique important dans cette situation puisqu’ils doivent faire un choix. « Nous pouvons y parvenir en établissant une grille d’analyse qui tient compte de la particularité de chacune des interventions et du niveau d’urgence pour chaque personne concernée. »