L'hôpital de Chicoutimi est durement touché
L'hôpital de Chicoutimi est durement touché

Le réseau de la santé fragilisé, la Croix-Rouge appelée en renfort [VIDÉO]

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean restructure ses services au Saguenay dans l’objectif d’augmenter sa capacité d’hospitalisation à 72 lits consacrés à la COVID-19, alors que le Manoir Champlain, qui compte un peu plus de 418 lits, est le théâtre d’un début d’éclosion qui pourrait rapidement submerger le réseau de la santé.

Comme si le tableau n’était pas assez complexe, une tournée réalisée auprès des syndicats en début de soirée a permis d’apprendre que le CHSLD de la Colline compte désormais deux cas chez les résidents. Rien n’assure que l’éclosion au CHSLD Georges-Hébert de Jonquière est véritablement contrôlée avec 4 cas positifs, et ce, malgré le déplacement de deux résidents vers le CHSLD Jacques-Cartier.

Le CIUSSS a tenu une conférence de presse, jeudi, alors que la région affiche un niveau record de nouveaux cas quotidiens (241) et que la capacité d’hospitalisation doit être revue à la hausse de 17 lits. C’est un bond majeur qui nécessite la fermeture de certains services, incluant des traitements pour le cancer, afin de combler la pénurie de personnel infirmier.

Selon le tableau officiel du ministère de la Santé et des Services sociaux, le Manoir Champlain comptait 14 cas de COVID-19, le 18 novembre, avec un décès. Vingt-quatre heures plus tard, il en comptait 28, avec deux décès. 

Le Champlain, tout comme la Villa des aînés, reçoit le support des équipes du CIUSSS. La présidente-directrice générale de l’organisme, Julie Labbé, a confirmé l’arrivée dans la région lundi de 60 aides de service de la Croix-Rouge qui vont permettre de supporter ces établissements. Elle a d’ailleurs assuré que le CIUSSS effectuait une surveillance dans ces milieux afin d’éviter que la situation ne se détériore.

Le vice-président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CIUSSS, le radio-oncologue Hugo Villeneuve, n’a pas joué avec les mots. Il a déclaré que si la situation se détériorait encore, le système allait atteindre un point de non-retour.

Selon le médecin, des chirurgies sont reportées et des traitements pour le cancer ont été annulés. Le CIUSSS doit donc couper des services essentiels pour combler les besoins en personnel provoqués par l’explosion de COVID-19.

«Tous les jours, on est à même de constater que la situation sur le terrain devient de plus en plus critique. Pour l’instant, les soins sont fournis dans les meilleurs standards de qualité. [...] Il sera nécessaire de transférer des patients à Québec si notre système ne suffit plus», a évoqué le spécialiste en rappelant qu’il parlait au nom de ses collègues.

«On ne doit pas baisser les bras. La santé et la sécurité du personnel de notre réseau sont au coeur de nos préoccupations. Ils ont besoin de nous», a de son côté déclaré le docteur Donald Aubin qui, pour la première fois depuis le début de la pandémie, semblait particulièrement préoccupé par les chiffres du jour.

Certes, le nombre annoncé est peut-être plus élevé en raison de certains facteurs, mais le patron de la Santé publique évalue que nous sommes en ce moment dans une zone de 150 cas sur une base quotidienne, ce qui est encore beaucoup trop élevé.

Le médecin n’a pas voulu lancer la chasse aux sorcières, mais la Santé publique est en mesure d’expliquer des éclosions majeures dans des endroits qui ont débuté par des rassemblements qui dépassent l’entendement dans des résidences privées alors que le virus circule partout dans la communauté.

Des employés épuisés

La PDG du CIUSSS Julie Labbé n’a visiblement plus beaucoup de marge de manœuvre pour parvenir à maintenir le réseau à flot alors que des employés sont retirés quotidiennement en raison de la contamination.  Pour bien comprendre la situation, Julie Labbé a expliqué que le CIUSSS allait mettre quatre jours pour ouvrir deux lits de soins intensifs COVID-19 dans un réseau qui compte 3000 infirmières.

«C’est difficile, c’est intense, mais on gère la situation», a insisté Julie Labbé pour rassurer la population. Elle n’a pas voulu s’avancer sur un éventuel transfert de patients vers Québec, mais il n’y a en ce moment plus de lits de soin intensif COVID-19 et les hospitalisations progressent sous l’effet des éclosions dans les résidences privées de personnes âgées.

Le CIUSSS a lancé un appel d’aide à l’ensemble du Québec afin d’obtenir du renfort dans les titres d’emplois d’infirmière et infirmière auxiliaire. Malgré cet appel, le CIUSSS n’a reçu aucune confirmation de la part du ministère alors que ses effectifs s’effritent chaque jour au rythme de la propagation du virus. 

Julie Labbé compte sur l’arrivée des aides de service de la Croix-Rouge pour diminuer la pression sur le système.