Dans la région desservie par La Voix de l’Est, il n’a été possible de recenser qu’une vingtaine de commerces mardi sur le Panier Bleu. Dès mercredi, avec le retour de la procédure d’inscription après une suspension de deux jours, des dizaines d’autres entreprises de la région se sont ajoutées à la liste.
Dans la région desservie par La Voix de l’Est, il n’a été possible de recenser qu’une vingtaine de commerces mardi sur le Panier Bleu. Dès mercredi, avec le retour de la procédure d’inscription après une suspension de deux jours, des dizaines d’autres entreprises de la région se sont ajoutées à la liste.

Le Panier Bleu: une belle initiative, mais pas la panacée

Depuis son lancement il y a quelques jours, le nouveau portail gouvernemental Le Panier Bleu se donne pour mission de recenser toutes les entreprises québécoises qui offrent actuellement des services à la population, le tout pour soutenir l’achat local pendant la pandémie. Si l’initiative est saluée de toutes parts, celle-ci ne suffira pas à elle seule pour permettre à plusieurs commerçants de traverser la crise, estiment certains.

Dans la région desservie par La Voix de l’Est, il n’a été possible de recenser qu’une vingtaine de commerces mardi sur Le Panier Bleu, soit Les Aliments Chicoine, à Granby, et 14 commerces, pour la plupart du secteur alimentaire et de la restauration, à Bromont. Dès mercredi, avec le retour de la procédure d’inscription après une suspension de deux jours, des dizaines d’autres entreprises de la région se sont ajoutées à la liste.

Sur les 1170 commerces inscrits sur la plateforme, à peine un peu plus de la moitié (626) ont une boutique en ligne, est-il indiqué sur la page d’accueil de Panier Bleu.

Amélie Dubois, spécialiste en développement d’affaires, estime que Le Panier Bleu sera utile, mais qu’il faut, de l’autre côté, que les commerçants soient prêts à répondre à la demande. «L’idée d’une vitrine, c’est très bien, mais ça n’amènera pas de business rapidement à ceux qui n’ont pas de site transactionnel ou qui ne peuvent pas ouvrir leurs portes. Plusieurs de mes clients se demandent ce que ça va leur donner dans l’immédiat puisqu’ils sont dans l’incapacité de poursuivre leurs opérations», estime-t-elle.

Selon elle, ce retard de nos commerces avec les sites transactionnels est un défi supplémentaire alors que si ce virage avait été entrepris plus tôt, les entreprises tireraient presque toutes leur épingle du jeu malgré la pandémie.

«Ça reste du positionnement web gratuit, ajoute-t-elle. Je pense que ça va permettre aux Québécois de se rappeler de l’importance d’acheter localement. Tu sauves des vies en restant chez vous puis tu sauves tes commerces locaux en achetant chez vous!»

«C’est une super initiative, mais ça n’aidera pas nécessairement les ventes en ligne, juge pour sa part Philippe Lusignan, copropriétaire de Capitaine Média. Si on est capable de générer beaucoup visibilité gratuitement pour les entreprises québécoises, c’est certain que ça peut donner un avantage très intéressant. Mais ça n’aide pas les ventes en ligne.»

Simple répertoire

L’entrepreneur est d’avis que lepanierbleu.ca vient concurrencer d’autres sites lancés au cours des derniers jours, comme solutionlocale.ca ou mazonequebec.com, pour ne nommer que ceux-là.

«Sur le web, il s’agit d’un concours de visibilité. Par contre, cette visibilité doit se transformer en ventes pour être rentable», indique celui qui a mis en place des campagnes publicitaires pour mousser les ventes en ligne de plusieurs commerces de Granby, dont le Café de la Brûlerie et Maître glacier.

«Il est temps que nos commerçants investissent dans le Web, c’est super important, mais il ne faut pas s’éparpiller», recommande-t-il.

La spécialiste du Web Michelle Blanc partage ce sentiment. «C’est une bonne idée, mais ça reste un répertoire comme il y en a plein d’autres sur Internet», relève celle qui plaide pour un virage numérique dans le commerce québécois depuis des années.

La crise du coronavirus a mis bien en évidence le fait que les Québécois n’achètent pas assez localement, souligne-t-elle. «On se rend compte aussi qu’on a tout intérêt à développer notre autonomie. Il suffit de regarder ce que les États-Unis voulaient faire avec les masques.»

Malgré cela, poursuit la spécialiste, il est utopique de croire que tous les détaillants québécois vont se construire une boutique en ligne du jour au lendemain. «Selon où on se trouve, le réseau Internet ne le permet pas, soit parce que la connexion est trop lente, soit parce qu’elle n’est pas assez fiable», dit-elle.

L’innovation avant tout

La directrice générale de la Chambre de commerce de la Haute-Yamaska, Claude Surprenant, estime toutefois que la crise actuelle pourrait profiter, à plus long terme, aux commerçants qui auront saisi l’opportunité de se réinventer.

«Plusieurs commerçants de la région ne semblaient pas pressés d’entreprendre le virage numérique ces dernières années, constate-t-elle. Ça a gagné de l’intérêt avec le projet de revitalisation du centre-ville. Et quand la crise est arrivée, ça a fait un boom, les gens se sont activés et plusieurs ont mis sur pied des sites transactionnels ou des méthodes pour vendre en ligne.»

«Je pense que la crise va avoir permis d’amener un bon pourcentage de marchands à entreprendre ce virage, ce qui va être à leur avantage quand la vie va reprendre son cours. Ils seront bien positionnés quand ce virage sera devenu incontournable», ajoute-t-elle.

Fanny-Ysa Breton estime elle aussi que la crise aura mené les commerces locaux à faire preuve d’innovation et d’ingéniosité, mais que d’avoir une boutique en ligne n’est pas la seule manière de tirer son épingle du jeu actuellement.

«Il y a encore du travail à faire pour que nos entreprises prennent toutes le virage numérique, mais au-delà d’avoir un site transactionnel, il y a le fait de demeurer en activité pendant la crise, soutient la codirectrice de Commerce Tourisme Granby et région. Le plus important, en ce moment, c’est de garder un lien avec les clients, et on voit que nos commerçants rivalisent d’ingéniosité pour conserver ce lien, notamment en mettant rapidement sur pied des services de livraison.»

Avant même le lancement de Panier Bleu, CTGR avait mis sur pied le site commercegranby.com pour recenser toutes les entreprises encore actives à Granby.