La soirée karaoké du 23 août au Bar Kirouac (photo), dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, a mené à 81 cas de COVID-19.
La soirée karaoké du 23 août au Bar Kirouac (photo), dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, a mené à 81 cas de COVID-19.

Le karaoké sera interdit dans les bars du Québec

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Le karaoké sera interdit dans les bars du Québec, a tranché la Santé publique, qui a jugé l'activité trop risquée dans la foulée de l'éclosion de COVID-19 au bar Le Kirouac.

La Corporation des Propriétaires de Bars, Brasseries et Tavernes du Québec (CPBBT) a appris la nouvelle qu'elle redoutait lors d'une réunion, jeudi matin, avec Marie-Ève Bédard, sous-ministre adjointe à la Direction générale des opérations, de la surveillance, de la planification et de la coordination en santé publique. 

«On n'a pas pu discuter, déplore Renaud Poulin, le président directeur général de la Corporation. Ils ont pris une décision unilatérale». 

«C'est une activité excessivement dangereuse, selon eux, plus à risque que n'importe quoi parce que les gens chantent, et le virus il peut aller à plus que deux mètres», ajoute M. Poulin. 

Le PDG  de la corporation attend impatiemment le décret du gouvernement. Il dit qu'il ne connaît pas encore la date à partir de laquelle le karaoké sera interdit, mais croit que ce sera pour bientôt, en fin de semaine ou la semaine prochaine. 

La corporation a informé jeudi midi ses membres de l'interdiction à venir et promet de leur transmettre plus d'information sur la décision du gouvernement dans les prochains jours. 

M. Poulin souligne que l'interdiction ne vaudra pas seulement pour les bars, mais pour tous les types d'endroits publics où se tiennent des karaokés, comme les salles communautaires. 

Renaud Poulin se dit déçu de la décision, car les bars avaient pris des mesures pour rendre le karaoké sécuritaire. Il cite notamment les murs de plexiglas, la désinfection des micros, la limite d'un chanteur à la fois, le port du masque pour ceux qui chantent dans la salle. 

M. Poulin note aussi les pertes d'argent que cette interdiction va entraîner. «Ça cause des revenus de moins pour plusieurs propriétaires», dit-il. Entre 400 et 500 bars au Québec tiennent des soirées karaoké, selon la CPBBT. 

Pas étonné

Animateur de soirées karaoké dans plusieurs bars de la région de Québec, Nathael Paradis n'est pas surpris de la décision du gouvernement. «On s'y attendait tous un peu dans le milieu», dit-il. 

M. Paradis approuve l'interdiction des karaokés même si elle lui fera perdre des sommes importantes. L'animateur constate qu'il est plus difficile de garder le contrôle sur une partie de la clientèle qui ne vient pas spécifiquement pour le karaoké, mais arrive plus tard dans la soirée et est en état d'ébriété. 

«C'est avec eux autres qu'on a de la misère à faire respecter les normes, dit-il. [...] D'interdire ces soirées-là, je pense que pour la santé publique, ça va être un bon plus. Et ça va être plus facile à gérer». 

Contacté par courriel et par téléphone, le ministère de la Santé n'a pas répondu à notre demande, jeudi, pour obtenir plus de détails sur l'interdiction du karaoké. Mais la semaine dernière, le directeur national de Santé publique, Horracio Arruda, avait recommandé aux Québécois d'éviter les karaokés, estimant que c'était aussi risqué que la danse. 

«Essayez d'éviter ce genre d'événements», avait dit le Dr Arruda lors d'un point de presse, alors lorsqu'il était interrogé sur l'éclosion au bar Le Kirouac. «Faites-le virtuel. Vos gouttelettes vont rester sur votre écran et n'iront pas rejoindre une autre personne. Et vous ne me ferez pas croire qu'avec l'alcool on n'a pas tendance à trouver le deux mètres trop long.»

Le gouvernement avait déjà imposé d'autres restrictions aux bars depuis leur réouverture à la fin juin. Les bars doivent notamment cesser de vendre des boissons alcooliques à minuit au lieu de 3h du matin et la clientèle doit également avoir quitté le bar au plus tard à 1h du matin. La capacité d’accueil a aussi été restreinte à 50 % de celle inscrite sur le permis d’alcool.

Le gouvernement a aussi interdit la danse et obligé les clients à être assis pour consommer de l’alcool. 

Jeudi, la Corporation des Propriétaires de Bars, Brasseries et Tavernes du Québec a également appris que les bars seraient obligés de tenir un registre de leurs clients.

La décision d'interdire des karaokés survient dans la foulée de l'éclosion au bar Le Kirouac. La soirée karaoké du 23 août dans ce bar du quartier Saint-Sauveur, à Québec, a mené à au moins 72 cas de COVID-19. Elle a aussi entraîné 18 cas secondaires dans la communauté, notamment dans quatre écoles de la région de Québec.