Le fils d’un aîné en CHSLD demande l’aide de l’armée

Le fils d’un ancien combattant qui habite un CHSLD de Québec en proie à une éclosion de COVID-19 demande au gouvernement fédéral de déployer le personnel médical de l’armée canadienne pour combler la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit dans les centres d’hébergement pour les aînés de la province.

Gilles Charron, dont le père de 97 ans loge à la Maison Paul-Triquet, a fait cette demande dans une lettre envoyée mardi au ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, et aux députés fédéraux de Québec Jean-Yves Duclos et Joël Lightbound. 

«Vous êtes en mesure de protéger nos anciens combattants en assignant le personnel médical militaire au renfort immédiat pour accompagner les usagers à la Maison Paul-Triquet et les autres endroits qui requièrent des forces additionnelles», écrit M. Charron dans sa lettre. 

Après avoir affirmé lundi qu’il n’en était pas là, le gouvernement Legault envisage maintenant de faire appel à l’armée. Lors de son point de presse quotidien, mardi, le premier ministre François Legault a affirmé en anglais que des «discussions» ont eu lieu avec le gouvernement fédéral pour savoir «combien de personnes avec une expertise en soins de santé peuvent nous être envoyées».

Dans une déclaration écrite envoyée la veille au Soleil, l’attaché de presse de François Legault, Ewan Sauves, disait pourtant que ce «n’est pas un scénario qui est envisagé pour le moment». 

Pénurie de main-d’oeuvre

Jusqu’à maintenant, tout près de la moitié des personnes décédées de la COVID-19 au Québec habitaient dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée.

Au CHSLD Paul‐Triquet, où le père de M. Charron a été pour le moment épargné par la COVID-19, dix usagers et douze membres du personnel ont contracté le virus et une personne en est morte. L’éclosion a contraint 41 membres du personnel de ce CHSLD de Sainte-Foy à se placer en isolement préventif.   

À l’heure actuelle, au Québec, les CHSLD font face à l’absence de 1250 employés et à une pénurie de préposés aux bénéficiaires qui existait déjà avant la crise.

Le personnel de l’armée pourrait en partie combler ce manque, croit Gilles Charron. «Il faut trouver des solutions immédiates, parce qu’il y a des personnes âgées qui vont mourir», dit M. Charron en entrevue. Les membres du personnel médical de l’armée, ajoute-t-il, «ils sont tous en attente, pourquoi on ne va pas les chercher?»

«En cas d’urgence ou de besoin»

Chez les Forces armées canadiennes (FAC), on réitère être toujours prêt à intervenir «en cas d’urgence ou de besoin, à la demande du gouvernement du Canada».

«Afin de garantir que notre personnel, nos ressources et notre équipement sont maintenus à un haut niveau de préparation pour répondre aux demandes d’aide que nous pourrions recevoir de nos partenaires fédéraux, les FAC se livrent à une planification prudente et aux préparatifs connexes en prévision des missions possibles qu’elles peuvent être appelées à mener à l’appui des efforts globaux du gouvernement du Canada», écrit dans un courriel au Soleil une porte-parole du ministère de la Défense, Jessica Lamirande.

Ces activités, précise-t-elle, incluent «l’identification et la préparation des forces, des éléments habilitants et des réservistes qui seront nécessaires pour contrer la pandémie de COVID-19, pour intervenir en cas d’incendies, d’inondations et de catastrophes naturelles ainsi que pour fournir de l’aide humanitaire».

«Ces efforts nous aideront à mettre en place les conditions nécessaires pour déployer efficacement nos capacités à l’appui des efforts globaux du gouvernement du Canada pour s’attaquer à ces problèmes tout en protégeant la santé et la sécurité de notre personnel», ajoute Mme Lamirande.

La porte-parole du ministère de la Défense rappelle du reste que les Forces armées canadiennes constituent «une entité de dernier recours». «Comme elles forment la dernière ligne de défense, elles ne sont appelées que quand les capacités civiles des administrations municipales, provinciales et fédérales sont débordées».

«Pour l’instant, nous continuons de surveiller la situation en collaboration avec nos partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux et de nous préparer pour faire en sorte que les bonnes ressources soient envoyées au bon endroit au bon moment», écrit Jessica Lamirande.

L’armée déjà en renfort au pays

Le 30 mars, le ministre de la Défense nationale et le chef d’état-major de la Défense ont annoncé la mobilisation de 24 000 membres de la Force régulière et de la Réserve servant au sein de l’Armée canadienne, de l’Aviation royale canadienne et de la Marine royale canadienne pour faire face à la crise de la COVID-19. Des Rangers canadiens ont notamment été déployés au Nunavik, mentionne Mme Lamirande.

«Le gouvernement du Canada a aussi demandé aux FAC de fournir des moyens de transport pour rapatrier les citoyens canadiens qu’il emploie à l’étranger et les personnes à leur charge. En outre, il a été demandé aux FAC d’assurer au cas par cas une liaison médicale aux ambassades régionales touchées, selon les approbations données par les hauts fonctionnaires du gouvernement. Ce soutien mettrait l’accent sur une liaison médicale entre les citoyens canadiens et les installations du pays hôte et sur la communication de conseils aux fonctionnaires compétents du gouvernement du Canada», ajoute-t-elle.

À l’heure actuelle, les membres des FAC travaillent avec la gestion des urgences de l’Agence de la santé publique du Canada à Ottawa et à Toronto pour aider à préparer les expéditions d’équipement de protection individuelle pour la distribution à travers le pays.