Le microbiologiste Roger Savard considère qu’il faudra être très attentif à la circulation du virus dans la région, au cours des prochaines semaines, afin de protéger les personnes vulnérables ainsi que les CHSLD.
Le microbiologiste Roger Savard considère qu’il faudra être très attentif à la circulation du virus dans la région, au cours des prochaines semaines, afin de protéger les personnes vulnérables ainsi que les CHSLD.

Le déconfinement signifie la fin de la récréation, selon le CIUSSS

Le microbiologiste-infectiologue Roger Savard considère que le déconfinement signifie que « la récréation est terminée » et à moins que la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean ne soit protégée par un gène « de bleuet », il y aura inévitablement une circulation du virus dans la communauté dans les prochains mois qui va nécessiter une très grande vigilance pour protéger les personnes âgées en général ainsi que les CHSLD qui s’embrasent dès que le coronavirus parvient à s’y engouffrer.

C’est du moins ce qu’a laissé entendre le médecin spécialiste dans le cadre du point de presse sur la situation du coronavirus dans la région. Son collègue à la santé publique, le docteur Donald Aubin, juge que la fenêtre est idéale pour entreprendre ce déconfinement malgré le fait que la situation au CHSLD de la Colline a confirmé la précarité du bassin de ressources humaines au CIUSSS quand il faut affronter une éclosion majeure.

Le microbiologiste fait l’équation qu’il y aura de plus en plus de cas dans la région et qu’il faudra nécessairement plus de mesures pour la protection des personnes les plus vulnérables au coronavirus.

« C’est vrai pour la population aussi. Vous avez vu les taux de mortalité grimper en haut de 65 ans. Il faut que les petits-enfants et les enfants protègent les aînés. La santé publique aura du travail et on va devoir faire des tests, mais je ne pense pas que l’on se retrouve avec des hécatombes comme on a vu en Europe. »

Roger Savard a bien aimé le terme « forteresse » utilisé par la PDG du CIUSSS, Julie Labbé, pour décrire la transformation qui s’opère dans ces milieux de vie en ce moment. En plus des mesures d’hygiène déployées, le microbiologiste lance un appel à la responsabilisation du personnel des CHSLD. Il estime que ces personnes devront être attentives à ce qui se passe dans leur milieu sur la transmission communautaire et confirme qu’il y aura des tests à répétition, et ce, même pour les personnes asymptomatiques.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, ce sont ces porteurs qui n’ont pas de symptômes pendant un certain nombre de jours qui ont été à l’origine des éclosions importantes. Les tests auprès des personnes asymptomatiques permettent d’identifier d’éventuels porteurs du virus et le laboratoire de l’hôpital de Chicoutimi a déployé dans les autres hôpitaux de la région des équipements qui permettront d’augmenter le nombre de tests.

Roger Savard estime que le réseau régional des hôpitaux devrait être en mesure de réaliser plus ou moins 700 tests sur une base quotidienne. Il faut prendre note que la région doit également traiter les tests réalisés sur la Côte-Nord et en Abitibi.

Avec une seule éclosion majeure au CHSLD de la Colline, le réseau régional de la santé a été mis à rude épreuve alors que les services hospitaliers fonctionnaient au ralenti (120 lits inutilisés en moyenne à Chicoutimi et La Baie seulement). Le directeur de la santé publique a reconnu pendant le point de presse de mercredi que la précarité du bassin de ressources humaines du CIUSSS faisait partie de l’équilibre qu’il faudra préserver pendant les prochaines semaines.

Le docteur Donald Aubin a ainsi précisé qu’il s’agissait d’une reprise progressive des activités hospitalières avec la possibilité de moduler dans le temps cette reprise. Tout sera tributaire de la circulation du virus dans la communauté et du nombre de personnes qui devront recevoir des soins pour traverser cette vilaine grippe. Ou même de dégager des ressources vers un CHSLD si la situation l’exige.

« C’est difficile de voir pour le futur comment ça va se passer. Mais au moins, on part avec une expérience sur laquelle il y a eu beaucoup d’apprentissages », a insisté le docteur Aubin en référence au CHSLD de la Colline, tout en précisant qu’il est impossible de maintenir le confinement encore trop longtemps puisque cette situation génère également d’autres problèmes de santé.

Le défi évoqué régulièrement par le patron de la santé publique n’est pas simple. Il consiste à maintenir la capacité de soins pour les personnes atteintes de COVID-19 dans les prochains mois, de poursuivre les soins réguliers pour les personnes atteintes d’autres pathologies et d’éviter que le virus s’installe dans les CHSLD ou les résidences pour personnes âgées.

Le directeur de la santé publique s’attend à ce qu’il y ait d’autres éclosions dans les prochaines semaines dans des écoles ou des milieux de travail. Le CIUSSSS déploiera alors les ressources qui travailleront à l’intérieur des paramètres gagnants qui ont été identifiés au CHSLD de la Colline depuis le début du mois d’avril afin de bien cerner les milieux infectés.

Ceux et celles qui s’attendent à une reprise normale de l’activité devront patienter encore longtemps. Le directeur de la Santé publique régionale a insisté sur le caractère quasi permanent de la gestion de l’équilibre entre les différents besoins du système de santé. Il a parlé de semaines et de mois. Comme tous ses collègues médecins, Donald Aubin est incapable de prévoir le comportement du virus ni même le temps qu’il faudra pour en arriver à des solutions de protection de masse comme la vaccination ou des médicaments qui permettent d’adoucir la forme la plus virulente de la maladie.