Martine Bilodeau est directrice des programmes jeunesse au CISSS de l’Outaouais. Selon ce qu’elle constate depuis le début de la crise, les éducateurs en centre jeunesse font preuve d’une grande créativité dans la façon d’interagir avec les jeunes en ces temps de confinement.
Martine Bilodeau est directrice des programmes jeunesse au CISSS de l’Outaouais. Selon ce qu’elle constate depuis le début de la crise, les éducateurs en centre jeunesse font preuve d’une grande créativité dans la façon d’interagir avec les jeunes en ces temps de confinement.

Le confinement vu par la DPJ: «Nos jeunes sont des petits héros»

En Outaouais, comme ailleurs au Québec, les programmes jeunesse des Centres intégrés de santé et de services sociaux sont déployés sur tout le territoire et permettent à des milliers de jeunes d’obtenir des services et de la protection. Des enfants qui, malgré le confinement, doivent de continuer à recevoir les services auxquels ils ont droit et surtout, auxquels ils ont besoin.

Un total de 70 lits sont disponibles et sont répartis dans quatre centres de réadaptation et autant de centres de protection de l’enfance et de la jeunesse en Outaouais. À cela s’ajoutent les familles d’accueil et de dépannage qui viennent en soutien au réseau. Au-delà de 160 éducateurs et intervenants sont liés à ces centres dans la région.

Confinement

Les mesures de confinement et de distanciation sociale ont forcé les éducateurs et tout le personnel de ces centres à s’ajuster aux directives du gouvernement. Mais pour ceux et celles qui œuvrent auprès des jeunes, rien n’était simple.

« Dès le début de la crise, on a dû ajuster nos méthodes de travail, explique Martine Bilodeau, directrice des programmes jeunesse du CISSSO. Que ce soit les visites des parents, les interventions auprès des jeunes, les relations entre collègues de travail, bref, nous devions tout adapter en fonction de ce que le ministère nous imposait comme mesures. »

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Il a donc fallu, comme dans les CHSLD du Québec, interdire les visites dans les centres jeunesse. Les enseignants ne pouvant plus venir dans les centres, on a dû également faire des ajustements à ce niveau. « On a mis en place des visites virtuelles en se servant des technologies de communication. »


« Nous sommes en contrôle et nos jeunes acquièrent en ce moment de belles compétences d’autonomie »
Martine Bilodeau

Le CISSSO a équipé les éducateurs de tout le matériel de protection individuelle requis, mais il fallait bien plus que des masques et des gants.

« Nos équipes ont été très innovantes et créatives afin de mettre en place des programmations complètement ajustées à la situation, poursuit Mme Bilodeau. Le sport et la culture ont pris beaucoup de place. Les éducateurs ont élaboré une routine qui diminue l’anxiété et favorise la créativité. »

Par exemple, on a créé des ateliers de rap où les jeunes expriment ce qu’ils vivent en confinement par la musique et la poésie. Des balades accompagnées et des activités sportives adaptées ont aussi été mises en place rapidement à la suite des mesures de confinement.

« Les jeunes ont reçu des consignes très strictes dès les premières heures du confinement. Ils ont rapidement compris qu’ils devaient se plier à ces règles, non pas juste pour leur propre santé, mais aussi celles des autres. Et dans cette perspective, on s’est rapidement rendu compte que certains jeunes se sont révélés être de véritables influenceurs positifs. Ces jeunes sont nos petits héros du quotidien. Et ce sont des petits miracles comme ceux-là qui nous donnent l’énergie de continuer en ces temps difficiles. »

Inquiétudes

La directrice Bilodeau avoue qu’elle avait de grandes inquiétudes quand les écoles ont été fermées. En plus de voir les jeunes à risque disparaître du radar social, elle craignait que la stabilité des familles vivant avec des jeunes en difficultés d’adaptation éclate, faisant grimper en flèche le nombre de crises et de signalements.

« J’étais inquiète lorsqu’on a fermé les écoles, dit-elle. Mais, le travail des intervenants sur le terrain et des éducateurs en centres de réadaptation fut d’une telle efficacité que mes craintes se sont rapidement estompées et je dirais même qu’elles se sont transformées en admiration pour nos équipes.»

Martine Bilodeau travaille déjà sur la sortie de crise. Sans savoir ce qui les attend ni quand les mesures de confinement et de distanciation seront levées, elle estime que le réseau a pris son « erre d’aller. »

« Nous sommes en contrôle et nos jeunes acquièrent en ce moment de belles compétences d’autonomie, se rassure-t-elle. Je suis confiante. »