Un sondage dévoilé par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec révèle que 87% des entreprises pourraient voir leur année financière s’écrouler si les chantiers demeurent fermés au-delà du 13 avril.
Un sondage dévoilé par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec révèle que 87% des entreprises pourraient voir leur année financière s’écrouler si les chantiers demeurent fermés au-delà du 13 avril.

Le clou dans le cercueil pour de petites entreprises de la construction ?

On parle souvent d’un boom de la construction lorsque les affaires vont bien, mais depuis l’arrêt de la majorité des chantiers pour limiter la propagation de la COVID-19, on fait plutôt face à un crash dont les entreprises de l’industrie, particulièrement les plus petites, pourraient difficilement se relever.

Un sondage dévoilé mercredi par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) indique que 73% des entrepreneurs interrogés — on en compte 405 à la grandeur de la province — ont vu des contrats annulés. «Pour deux entrepreneurs sur trois, ceci s’est traduit par une baisse immédiate du chiffre d’affaires annuel, allant de 10 % à 50 %», précise l’association.

Pire, révèle l’enquête, 87% des entreprises pourraient voir leur année financière s’écrouler si les chantiers demeurent fermés au-delà du 13 avril et 80% ne s’en remettront pas sans aide au-delà des trois prochains mois.

« Les résultats sont éloquents : la crise sanitaire que nous vivons risque de perturber l’industrie de la construction. Il est important que ce secteur reprenne ses activités au plus vite. Le secteur résidentiel, particulièrement du côté de la rénovation, est l’un de ceux qui peut réagir le plus rapidement dans un contexte de reprise économique et en présence d’incitatifs», estime François Bernier, vice-président principal Affaires publiques à l’APCHQ.

Pour une jeune entreprise comme Revêtement métallique EMB, à Granby, la suite des choses sera déterminante pour son avenir, estime son copropriétaire Samuel Lavallée.

«On commence à se faire une place dans le domaine. On venait de traverser notre première année depuis le lancement de l’entreprise, mais si cet arrêt s’éternise, il va falloir réfléchir, confie-t-il. On va se relever, mais ça représente une autre année de sacrifices. On va se remonter les manches encore une fois.»

La situation est aussi difficile du côté de MSA Pro Construction, entreprise de Saint-Alphonse-de-Granby. «Cet hiver, on s’était fait prendre par l’hiver hâtif en novembre. Certains de nos projets avaient été mis, sans mauvais jeu de mots, sur la glace. Là, il arrive autre chose, alors on n’a pas pu les reprendre», raconte la propriétaire France Alix Dussault.

La femme d’affaires est d’avis que «ce qui est perdu est perdu». «On ne pourra pas rattraper ces pertes-là», estime-t-elle, d’autant plus que notre climat ne permettra pas de prolonger l’été et l’automne pour compenser le retard occasionné par la fermeture des chantiers.

Selon le sondage, plus de trois entreprises sur quatre (76%) dans le secteur de la construction ont dû procéder à des mises à pied pour garder la tête hors de l’eau. En moyenne, par entreprise, ce sont cinq ouvriers qui retournent sur le chômage.

C’est le cas de l’entreprise de Mme Dussault. «Normalement, j’engage des ouvriers à la mi-mars, mais je ne l’ai pas fait cette année», explique-t-elle.

Effets à long terme

Même si les chantiers sont rouverts et que les travaux reprennent, les conséquences de cette pause se feront sentir longtemps. Selon les données de l’APCHQ, plus de 10 000 logements devaient être livrés ce printemps dans la province, mais ils ne pourront pas l’être.«Tous les délais de livraison vont être repoussés, annonce M. Lavallée. Il suffit de penser aux nouveaux propriétaires qui devaient avoir une maison neuve livrée pour juin et qui vivent en appartement. Si la maison n’est pas prête à temps, ils devront se trouver un toit à la fin de leur bail.»

C’est sans compter une possible flambée du coût des matériaux ou une rareté de ceux-ci à la reprise des chantiers, ce qui pourrait plomber davantage les coffres des entrepreneurs. Et la poursuite des travaux, alors que bon nombre de clients ont peut-être perdu leur emploi et les moyens financiers d’aller de l’avant.

«On va recontacter les gens pour qui on a fait des soumissions, pour savoir s’ils veulent toujours qu’on fasse les travaux, poursuit Mme Dussault. Si c’est le cas, est-ce que ce sera cette année ou bien ce sera reporté à l’année prochaine? Nos coûts fixes continuent à s’accumuler entretemps.»

D’ailleurs, l’année financière de son entreprise pourrait être compromise si la fermeture imposée des chantiers perdure.

«On va voir l’impact réel après coup. On va être dans une situation précaire, reconnaît Mme Dussault. On n’a aucun revenu qui entre, mais on a encore de l’argent qui sort pour le loyer, l’Internet, les autres paiements et nos équipements, par exemple. Tout reste là.»