L'application nécessite des téléphones Apple ou Android fabriqués au cours des cinq dernières années et un système d’exploitation relativement nouveau.
L'application nécessite des téléphones Apple ou Android fabriqués au cours des cinq dernières années et un système d’exploitation relativement nouveau.

L'accessibilité de l'application Alerte COVID critiquée

Nick Wells
La Presse canadienne
L’application de recherche des contacts de la COVID-19 du gouvernement fédéral est critiquée pour ses exigences de téléchargement, qui empêchent certains Canadiens d’accéder à l’application et de l’utiliser.

L’application gratuite «Alerte COVID», qui est disponible depuis vendredi, est conçue pour suivre l’emplacement des téléphones les uns par rapport aux autres, sans recueillir de données personnelles de manière centralisée.

Les utilisateurs sont avertis si leur téléphone a récemment été à proximité du téléphone d’une personne qui, par la suite, a déclaré volontairement qu’elle a été testée positive à la COVID-19.

Mais l’application nécessite que les utilisateurs aient des téléphones Apple ou Android fabriqués au cours des cinq dernières années et un système d’exploitation relativement nouveau.

Christopher Parsons, associé de recherche principal au Citizen Lab, qui fait partie de la Munk School of Global Affairs and Policy de l’Université de Toronto, affirme que cela rend l’application inaccessible à des Canadiens plus âgés et à d’autres groupes marginalisés.

«Les plus touchés par [la pandémie] sont les Noirs, les Autochtones, les personnes de couleur, des personnes qui sont souvent dans une tranche socio-économique inférieure. Qui ne pourra pas installer l’application ? Ce même groupe... c’est un problème», a-t-il fait valoir.

M. Parsons estime que les critiques devraient être adressées au gouvernement fédéral, et non à ceux qui ont conçu l’application.

Il croit que les aspects techniques de l’application, comme sa facilité d’utilisation et sa performance dans les deux langues officielles, ont été bien exécutés.

«Sur le plan technique, les développeurs doivent être félicités, a-t-il déclaré. C’est un échec de la politique. Le gouvernement aurait dû voir cela [...] et il aurait dû faire quelque chose pour essayer de le réparer.»

L’enjeu de la nécessité d’une application qui fonctionne avec les plus anciens modèles de téléphones intelligents était connu depuis le début, a-t-il ajouté.

Pour qu’une application de recherche des contacts fonctionne correctement, 65 à 80% de tous les Canadiens doivent l’utiliser, a-t-il souligné. La version actuelle de l’application rend cela impossible.

Le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada a renvoyé des questions sur les exigences techniques de l’application à Google et à Apple, mais a souligné que l’application n’est qu’un outil parmi d’autres pour ralentir la propagation de la COVID-19.

Le Secrétariat n’a pas répondu à une question sur un échéancier potentiel pour résoudre le problème.

La députée du NPD à l’Assemblée législative de l’Ontario Marit Stiles a relayé sur Twitter la frustration de ses parents en essayant de télécharger l’application.

Les parents de Mme Stiles, tous deux âgés de 70 ans, ont essayé de télécharger l’application sur leurs anciens iPhone, mais cela n’a pas fonctionné.

Mme Stiles a déclaré que cela soulève des inquiétudes quant à l’accessibilité pour les Canadiens plus vulnérables.

«Je pense que tout le monde convient que l’application n’est pas une mauvaise idée, a-t-elle déclaré. Nous savons que les personnes âgées, les nouveaux Canadiens, les personnes racialisées sont les plus susceptibles de contracter ou d’être touchés par la COVID-19 […] alors il pourrait être problématique que l’application ne fonctionne qu’avec les nouveaux téléphones les plus à la fine pointe ou les plus coûteux.»

Pour le moment, l’application pour téléphone intelligent est uniquement liée au système de santé de l’Ontario, les provinces de l’Atlantique devant être les prochaines à se relier au réseau.

Ni Apple ni Google n’a répondu aux demandes pour commenter les enjeux d’accessibilité.