Mathieu Poirier et Karine Boulianne habitent Weehawken depuis trois ans avec leurs enfants Kelly-Ann, 17 ans, et Samy, 14 ans.
Mathieu Poirier et Karine Boulianne habitent Weehawken depuis trois ans avec leurs enfants Kelly-Ann, 17 ans, et Samy, 14 ans.

La vie au coeur de la pandémie

Depuis la mi-mars, une famille de Québécois qui vit entre New York et le New Jersey adapte au mieux son nouveau quotidien dans l’épicentre de la pandémie de la COVID-19 aux États-Unis.

Mathieu Poirier et Karine Boulianne habitent Weehawken depuis trois ans avec leurs enfants Kelly-Ann, 17 ans, et Samy, 14 ans. La municipalité du New Jersey de seulement 15 000 habitants est située aux abords de la rivière Hudson avec vue sur Manhattan. 

En temps normal, le secteur est magnifique. Mais comme tout le monde le sait, un mal profond ronge la grosse pomme. En date de samedi, l’État de New York comptait 113 700 personnes infectées à la COVID. Le New Jersey arrive second parmi les états américains avec plus de 26 000 cas. À eux deux, ils totalisent une population de 28,4 millions d’habitants.

«Nous travaillons tous les deux sur l’île de Manhattan. Heureusement, notre employeur respectif a réagi rapidement. Dès le 10 mars, il nous a demandé de ne plus se présenter au bureau et de faire du télétravail», raconte M. Poirier, Gaspésien d’origine, qui travaille dans le domaine pharmaceutique.

«La ville est méconnaissable. J’y suis retourné une fois pour aller chercher des documents. À une intersection, vers 17h30, au moment où il y a habituellement 20 piétons de large chaque côté de l’avenue, il y avait seulement une personne», ajoute-t-il.

En général, les restrictions sont les mêmes qu’au Québec. En plus, Weehaken impose un couvre-feu. Ce qui change, surtout, c’est le niveau d’anxiété lié au risque de contracter le virus compte tenu de la densité de population.

«C’est assez particulier. Ça fait peur un peu. Dans notre coin, ça continue d’augmenter de façon phénoménale, observe Mme Boulianne, originaire de Québec. Surtout quand c’est le temps d’aller à l’épicerie. On n’a pas le choix parce qu’on ne peut rien commander. Les services de livraison sont surchargés. Maintenant, il y a des files d’attente à l’extérieur, comme au Québec, je crois. Chaque fois qu’on sort, on se dit qu’on s’expose encore un peu plus.»

S’il félicite les mesures rapides mises en place par les autorités de la Ville de New York, M. Poirier estime que le gouvernement fédéral aurait dû être plus prompt à réagir. «Trump a été un peu lent à répondre. Il semble un peu improviser. Il n’était pas prêt pour ce genre de menace.»

+

New York

+

Retour au Québec

Les quatre membres de la famille sont citoyens canadiens. Ils auraient donc pu revenir au Québec. Une idée qui leur a traversé l’esprit.

«Nos parents ont plus de 70 ans. On ne voulait pas les exposer. Nous n’avons pas d’assurance maladie et nous n’avons plus aucune propriété au Québec parce que nous avons passé huit ans à Dubaï avant d’arriver aux États-Unis», explique Mme Boulianne. 

«En plus, le bloc où on habite est bien réputé et organisé. Ils ont mis des mesures d’hygiène supplémentaires. On se sent en grande sécurité. Ça nous a convaincus de rester ici», ajoute-t-elle.

Malgré la situation difficile, le couple ne se plaint pas. Il se considère comme choyé. Les deux font du télétravail et les enfants poursuivent leur apprentissage en «classe virtuelle». «On a tous une vie normale de 8h à 17h, mais chacun devant son ordinateur», rigole M. Poirier.

S’ils s’entendent pour traverser cette épreuve aux États-Unis, ils divergent d’opinion sur la date de sortie de crise. «J’ai l’impression que ça va aller un peu plus vite. J’essaie de lire le moins possible là-dessus», reconnait le Gaspésien.

«C’est bien d’avoir de l’optimiste, mais je suis plus réaliste. Je regarde la courbe et c’est impossible que ça recommence rapidement. D’après moi, pas avant l’automne», estime pour sa part Mme Boulianne. Les paris sont ouverts.