Le président d’EOTTM, Camille Estephan, estime que la boxe et les autres sports de combat sont victimes d’une injustice qui pourrait sonner le glas de cette industrie au Québec.
Le président d’EOTTM, Camille Estephan, estime que la boxe et les autres sports de combat sont victimes d’une injustice qui pourrait sonner le glas de cette industrie au Québec.

La pire crise de l’histoire de la boxe québécoise, selon Estephan

Le promoteur montréalais Camille Estephan d’Eye Of The Tiger Management (EOTTM) ne mâche pas ses mots: il estime que la boxe québécoise traverse présentement la pire crise de son histoire parce que le gouvernement du Québec envisage de maintenir l’interdiction des sports de combat jusqu’à ce qu’un vaccin ou un traitement contre la COVID-19 soit découvert.

«On ne sait pas si ça prendra un an, deux ans, deux ans et demi... Le fait qu’on nous empêche comme ça de tenir des galas à huis-clos, ça pourrait tuer carrément l’industrie. C’est comme si on disait qu’on bannit la boxe!», a-t-il déclaré mercredi en entrevue téléphonique avec Le Soleil.

«Pour le développement des jeunes, cette décision serait injuste et incohérente. Je pense qu’on a des préjugés contre notre sport. Comment deux gars et un arbitre dans un ring pourraient être plus à risque que 22 joueurs de soccer ou de football sur un même terrain? Nous avons déposé un protocole de reprise très strict qui s’inspire de ce que font des organisations comme Top Rang et UFC aux États-Unis et le gouvernement nous a félicités pour cette initiative. Pourtant, plus d’un mois plus tard, nous sommes toujours en arrêt!», déplore-t-il.

Estephan demande donc immédiatement la mise sur pied d’un comité de travail impliquant la direction de la santé publique, la Régie des alcools, des courses et des jeux et des représentants du monde de la boxe afin de discuter des enjeux et des solutions envisageables. «Le contact est établi depuis un bon bout de temps, mais ils ne veulent pas s’asseoir avec nous. Mais nous, on va continuer à pousser pour les 680 000 personnes au Québec qui aiment la boxe», indique-t-il en citant des chiffres tirés du réseau social Facebook.

Inquiétudes

L’entraîneur François Duguay, de Québec, partage les inquiétudes de Camille Estephan et a poussé un cri du coeur sur les réseaux sociaux mercredi en déplorant l’impact de l’arrêt des activités pour les jeunes qui veulent aller aux Jeux olympiques ou tenter une carrière professionnelle. 

«On ne gagne pas beaucoup d’argent dans la boxe et on n’a pas droit à la prestation canadienne d’urgence. Je pense à des gars comme Lexson Mathieu, qui devait se battre pour une ceinture NABF le 25 juillet, mais le gala ne pourra être tenu parce qu’on n’a pas eu le feu vert. Je déplore l’improvisation qu’on sent du côté de la santé publique», a déclaré Duguay au Soleil.

«Nous avons été le premier sport confiné et, pourtant, chez nos athlètes, il n’y a pas eu de première vague. Il faut un plan d’attaque pour présenter des galas en circuit fermé où tous les participants sont dans le même hôtel durant une semaine et sont testés. C’est mon métier et je dois pratiquer mon métier pour gagner ma vie», explique celui qui appuie à 100% le plan de match de Camille Estephan.

Mathieu sans mot

Quant au boxeur Lexson Mathieu, on sentait dans le ton de sa voix un certain découragement face à la situation actuelle. «Je suis déçu de ce qui se passe et je ne sais vraiment pas quoi dire. Je suis sans mot», a-t-il affirmé au Soleil. «C’est une programmation complète qui est freinée. J’avais une opportunité et le gouvernement l’a tuée. C’est ma carrière, celle de mon jeune frère et des autres boxeurs amateurs qui est en jeu», poursuit-il.

«Si ça continue comme ça, je ne sais pas ce que je vais faire. Présentement, je vis au jour le jour», a conclu celui qui avait battu Rolando Paredes au Centre Bell en décembre pour remporter le titre junior NABF chez les super-moyens.