Au Canada, les gens regardent d’un regard inquiet le virus se propager aux États-Unis.
Au Canada, les gens regardent d’un regard inquiet le virus se propager aux États-Unis.

La confiance sociale évolue pendant la pandémie de la COVID-19

WASHINGTON - Pendant la guerre, la vérité est la première victime, selon le dicton. Pendant une pandémie, il semble que la vérité ne se porte pas vraiment mieux.

À une époque marquée par les remarques assassines sur les réseaux sociaux et une baisse de la confiance du public envers des institutions comme le gouvernement et les médias traditionnels, le monde se retrouve en manque de vérité et de confiance au pire moment imaginable.

Et au même moment, le public doit accepter un message sans précédent - rester à la maison et loin les uns des autres afin de protéger sa santé et celle de tous. De plus, ces consignes seront en place pour encore quelques temps, affectant l’économie canadienne et la patience de tous les citoyens.

Cependant, certains observateurs croient que la crise liée à la pandémie de la COVID-19 pourrait restaurer une certaine civilité dans la société.

«Il y a une certaine renaissance du sentiment communautaire à travers le pays et ailleurs, a dit Bob Pickard, un expert en relations publiques et conseiller en communications de Toronto. En respectant les consignes, les gens expriment une sorte de sentiment communautaire et ils ont rétabli des contacts autant en ligne qu’à l’extérieur d’internet. Et je crois que c’est très nouveau comme phénomène.»

Au Canada et aux États-Unis, la critique politique a été largement mise de côté afin de lutter contre ce que Donald Trump a qualifié «d’ennemi invisible». Cependant, si le premier ministre Justin Trudeau et son équipe ont projeté une image d’Équipe Canada unie, le président américain n’a pas caché ses instincts partisans.

Au podium de la Maison-Blanche lors de ses conférences de presse, Donald Trump affiche la même attitude, oubliant parfois le décorum présidentiel et sortant les griffes face aux journalistes qu’il considère hostiles, tout en vantant les mérites de médicaments dont l’efficacité n’a pas été prouvée et prédisant un retour rapide à la normale malgré les conseils des autorités sanitaires.

S’il se vante aussi des cotes d’écoute de ses conférences, il semble que le public recherche des sources d’informations plus fiables, a dit Tom Bettag, un vétéran des réseaux d’informations américains.

M. Bettag a noté que les émissions de nouvelles de fin de soirée connaissent une hausse de l’auditoire rarement vue et sont plus regardées que celles aux heures de grande écoute.

«Ils ne tentent pas de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre, a mentionné M. Bettag. Ils tentent de présenter des reportages bien faits, bien montés et bien informés, laissant la partisanerie aux chaînes câblées - et les gens se tournent vers eux, comme s’il y avait un besoin d’obtenir des faits sans opinion.»

M. Bettag a aussi rappelé que les Démocrates et Républicains ont approuvé un plan de relance de 2000 milliards $ le mois dernier, démontrant une rare unité entre les deux partis.

«C’est comme si nous avions oublié qu’il était possible de trouver un terrain d’entente, a-t-il dit. Pourtant, il est possible de faire des compromis. C’est rafraîchissant de voir ça.»

Pendant ce temps au Canada, les gens regardent d’un regard inquiet le virus se propager aux États-Unis. Le nombre de cas a franchi les 460 000 aux États-Unis, avec plus de 16 000 décès. Au Canada, on parle de près de 21 000 cas et seulement 503 décès: des chiffres beaucoup plus faibles même quand ils sont ajustés proportionnellement à la population.

«Une chose qui nous unit est notre sens de supériorité condescendant envers les Américains, a dit M. Pickard. Et je crois que les Canadiens mesurent la qualité de leur réponse à la pandémie avec celle des Américains. Si ce n’était que de cette particularité culturelle canadienne, je crois que nous serions probablement plus divisés que nous le sommes.»

Aux États-Unis, l’épreuve décisive aura lieu le 3 novembre, quand les électeurs devront choisir entre Donald Trump et Joe Biden, le candidat présumé républicain.

«Parfois, ça prend le pire scénario imaginable pour que les gens aient une révélation», a dit le Dr Allen Zagoren, chirurgien et professeur en administration publique à l’Université Drake à Des Moines, en Iowa.

«Demandez-moi le 4 novembre si nous avons retenu des leçons dans ce pays.»