Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Fini les gants... blancs: 3 morts de plus et près de 1000 cas en 24 heures [VIDÉO]

En annonçant la mort de trois autres Québécois de la COVID-19 et près de 1000 nouveaux cas en seulement 24 heures, jeudi, François Legault avait ôté ses gants blancs. Expression à propos, alors qu’États et pays du monde entier se livrent une guerre sans merci pour accaparer l’équipement de protection médical, comme les gants.

«On doit faire comme si on l’avait, le virus, puis que chaque personne qu’on rencontre avait le virus. C’est ça que tout le monde doit faire au Québec! [...] Si quelqu’un pense encore que ce n’est pas sérieux, c’est le temps de se réveiller!» a clamé le premier ministre du Québec,à son 22e jour de points de presse quotidiens.

Afin de démontrer son sérieux, le gouvernement Legault a plus tard annoncé un investissement de 287 millions $ pour hausser les salaires des quelque 300 000 travailleurs de la santé qui livrent cette bataille au coronavirus, des «primes COVID» limitées dans le temps.

De plus, les policiers n’hésiteront plus à décerner des contraventions de 1000 à 6000 $ aux individus qui continuent de se rassembler et même aux entreprises non essentielles qui s’obstinent à demeurer ouvertes.

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Bas taux de mortalité

Le nombre de cas confirmés au Québec est maintenant de 5518, en hausse de 38 % dans les trois derniers jours. Une part d’explication réside dans le fait qu’on a pas mal vidé l’inventaire de tests en attente d’analyse.

N’empêche que 907 cas de plus, c’est une augmentation de 20 % par rapport à la veille. Les trois nouveaux décès portent le compte à 36, un taux de mortalité de 0,7 % jusqu’ici.

Des 365 personnes hospitalisées à cause de la COVID-19, 6,6 % des cas avérés, 96 sont traités aux soins intensifs (1,7 %). Ces deux statistiques font dire au premier ministre Legault, au directeur national de la Santé publique du Québec, Horacio Arruda, et à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, que l’épidémie demeure sous contrôle au Québec.

«Il faut considérer que partout il y en a. C’est comme ça qu’on va être capables de ne pas passer à côté», a affirmé le Dr Arruda, insistant lui aussi sur l’hypervigilance à observer dans les lieux d’hébergement pour personnes âgées.

«Ne faites pas confiance à ceux qui font la désinfection. Lavez-vous les mains si vous y avez touché, touchez à un bouton avec votre coude, considérez tous les milieux à risque. Ne devenez pas paranos, en psychose, mais posez les bons gestes.»

«Au Québec, on a quatre décès par million habitants», a analysé M. Legault, un comptable de profession. «En Espagne puis en Italie, ils sont à 200 décès par million d’habitants. On n’est pas dans la même situation. Ce qu’il faut, c’est de s’assurer qu’on ne se rende pas là.

«Mais il y a encore beaucoup, beaucoup de chemin puis il y a des mesures qu’on a prises. Et nos hôpitaux, contrairement à ce qui est arrivé en Italie, sont prêts. On a 6000 lits disponibles, on a des respirateurs pour tout le monde», même dans le pire des scénarios, a-t-il lui-même assuré.

La guerre des masques

Au rayon de l’équipement de protection médical, «c’est vrai que ça joue dur dans certains pays. On ne les nommera pas», a ensuite commenté le premier ministre québécois, au fait de reportages évoquant des détournements de cargaisons de matériel au profit des États-Unis.

«Mais on joue, nous aussi, les règles du jeu. Ça veut dire que des fois, il faut arriver avec de l’argent comptant, il faut avoir des policiers, des gens qui suivent tout le transport. Mais inquiétez-vous pas, on fait tout ce qu’il est possible de faire pour que les commandes qu’on passe se rendent jusque dans nos hôpitaux ici, au Québec.»

M. Legault s’émeut peu des 10 000 masques N95 arrivés à Montréal, mais ensuite perdus pour Cincinnati, comme rapporté jeudi par les médias de Québecor.

«Pour donner un petit ordre de grandeur, on utilise des centaines de milliers de masques par jour. Donc, oui, quelqu’un qui m’appelle pour me dire : “J’ai 100 masques ou j’ai 200 masques” , c’est gentil. Mais on utilise des centaines de milliers de masques par jour. Les commandes qu’on cherche, c’est des commandes de millions. [...] Les gants, c’est des millions de gants qu’on utilise chaque jour. Il faut que ça soit des commandes de presque de dizaines de millions de gants.

«Comme ce matin [jeudi], on parlait d’une commande qui avait passé par je ne sais pas trop où sur la Rive-Sud pour aller dans l’Ohio, on parlait de 10 000 masques. Je comprends, on ne refuse rien. Mais 10 000 masques, par rapport à notre consommation journalière, c’est une petite quantité.»

Après avoir parlé de trois à sept jours mardi, il atteste depuis mercredi que le Québec possède l’équipement nécessaire pour une pleine semaine.

«Donc, oui, s’il faut payer comptant, on paie comptant. Puis, oui, les prix ont augmenté. Mais ça n’a pas de valeur, pour moi, la vie des Québécois. On est prêts à payer ce qu’il faut, le prix qui est demandé. Quand je dis : “On joue le jeu”, s’ils veulent être payés en comptant, on va les payer en comptant si c’est nécessaire», résume M. Legault.

Plus d’argent pour les travailleurs

Autre dépense salée, mais le gouvernement était plus heureux d’annoncer la mise en œuvre de «primes COVID» dans le réseau de la santé.

Les 69 000 professionnels de la santé qui travaillent directement auprès de la clientèle infectée au coronavirus, que ce soit aux urgences, aux soins intensifs, dans les centres de confinement, les cliniques de dépistage ou les CHSLD, empochent 8 % de plus sur leur salaire du 13 mars au 1er mai, avec possibilité de prolonger.

Les 200 000 travailleurs de deuxième ligne, c’est-à-dire les techniciens en laboratoire et spécialisés, préposés à l’entretien ménager et le personnel de la ligne téléphonique 8-1-1, reçoivent quant à eux une prime salariale de 4 % pour la même période.

Quant aux 34 000 préposés aux bénéficiaires, que le gouvernement Legault avait déjà promis de gâter, ils verront un surplus de 4 $ de l’heure apparaître sur leur chèque de paie durant les 16 semaines correspondant au programme d’urgence fédéral. Ce programme d’Ottawa fournira 2000 $ par mois pendant quatre mois aux Canadiens dans le besoin, ce qui s’avérait plus que ce que plusieurs préposés aux bénéficiaires gagnent.

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