Durant l’enseignement à distance, les profs de français Kim Martel, Joëlle Tremblay et Nancy Rodrigue adoptent chaque vendredi une thématique vestimentaire différente. Pourquoi pas Noël en mai?
Durant l’enseignement à distance, les profs de français Kim Martel, Joëlle Tremblay et Nancy Rodrigue adoptent chaque vendredi une thématique vestimentaire différente. Pourquoi pas Noël en mai?

Écoles secondaires: «la COVID nous a amenés au 21e siècle»

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Le quotidien a bien changé pour les enseignants du secondaire, forcés du jour au lendemain d’offrir de l’enseignement à distance à des adolescents pas toujours disciplinés. Incursion dans un établissement maintenant vide d’élèves, mais plein d’électricité.

Vendredi, 9h. Très ensoleillé. Stéphane Gilbert, enseignant de secondaire 3 en Univers social (géographie et histoire) s’apprête à donner un cours sur la Révolution américaine en direct, avec l’application Teams, à plus de 200 élèves en même temps.

Dans sa classe de l’école secondaire Massey-Vanier, à Cowansville en Montérégie, deux écrans d’ordinateur lui permettent de s’adresser à la fois aux étudiants et de présenter des documents qui appuient ses propos.

«Garder l’intérêt des élèves est plus difficile à distance», reconnaît M. Gilbert lorsqu’interrogé par l’entremise du téléphone cellulaire de son directeur, Jean-Luc Pitre, qui a emmené La Voix de l’Est dans quelques classes de façon virtuelle (aucun visiteur n’est admis dans les écoles).

«C’est pas évident de se brancher quand il fait beau comme aujourd’hui», ajoute M. Gilbert.

Reste que la participation est «excellente» à Massey-Vanier: en moyenne, 85 % des élèves assistent aux cours en direct ou en différé et réalisent les exercices demandés.

Tuteurs

Comment est-ce possible? D’abord, l’école secondaire est, faut-il le rappeler, redevenue obligatoire le 11 mai, incitant bien des élèves — souvent encouragés par leurs parents — à reprendre le collier. Comme ailleurs, Massey-Vanier s’est aussi organisée pour que les profs soient équipés et assistés en fonction de classes souvent nombreuses.

À la commission scolaire du Val-des-Cerfs, 281 employés du secondaire, tout corps d’emploi confondu, prêtent main-forte à leurs collègues du primaire, dont 147 enseignants. À Massey-Vanier, c’est 42 des 150 employés de toute l’école qui sont présentement chez les plus petits. Les autres se partagent les élèves «orphelins».

Durant les cours à forte assistance, les enseignants sont donc flanqués de deux tuteurs, d’autres professeurs qui s’affairent à la «participation constructive d’élèves», c’est-à-dire noter les présences, répondre aux questions formulées par écrit et, immanquablement, à faire de la discipline.

En deux semaines, des élèves ont déjà été suspendus pour leur comportement virtuel fautif, dit Jean-Luc Pitre, soit la publication de commentaires désobligeants ou de photos inappropriées durant les cours. Mais il s’agit d’exceptions, souligne-t-il.

«Les fanfarons, on les décèle très rapidement.»

Plagiat

Ces employés peuvent également donner plus d’attention aux élèves en difficulté. Et quand ceux-ci s’absentent, ils leur écrivent. Il y a deux semaines, ils les ont tous appelés pour leur rappeler qu’il était temps de «revenir» à l’école...

Quant aux outils technologiques utilisés, ils permettent aux élèves qui occupent aussi un emploi, comme beaucoup le font en secondaire 5, de visionner leurs cours le soir. Ceux qui ont plus de difficulté à comprendre peuvent aussi les revisiter.

Ils ne permettent toutefois pas de s’assurer que les élèves écoutent tous attentivement — ils ferment leur caméra et leur micro, la plupart du temps — ni de s’assurer que ce sont bien eux qui font les travaux demandés. Leur rendement ne sera pas noté, sinon pour indiquer «réussite» ou «échec», sauf en secondaire 4 et 5. Et les efforts fournis peuvent éviter un échec.

N’empêche, l’utilisation de toute cette technologie est là pour rester.

«La COVID nous a amenés au 21e siècle, dit l’enseignant de français Sylvain Massé. On était en retard en éducation. L’école, c’est un vieux modèle. Mais le contact avec les élèves nous manque, ça c’est sûr.»

Jean-François Mailhot est le REAPO (ou Répondant école en application pédagogique de l’ordinateur) de l’école secondaire Massey-Vanier.

Énergie

Une solution serait une utilisation hybride d’enseignement à distance, pour la récupération et les élèves longtemps absents, et «en présentiel», dit M. Pitre. «On développe une expertise intéressante et ça amène une énergie nouvelle aux profs.»

Ceux-ci ont vite maîtrisé des outils qu’ils ne connaissaient parfois même pas. «C’est un beau défi technologique, dit Manon Paquette, enseignante de français. On apprend là-dedans, les élèves aussi et ils sont compréhensifs. Avant le 11 mai, je ne savais même pas comment faire une présentation Power Point!»

Mais elle admet que ça représente plus de travail. «Il faut tout repenser, tout monter. Je me sens comme si j’étais à ma première année d’enseignement!»

La plupart des établissements secondaires peuvent toutefois compter sur un REAPO (oui, le monde de l’éducation aime les acronymes), soit un Répondant école en application pédagogique de l’ordinateur. Bref, un enseignant plus ferré que les autres en informatique.

À Massey-Vanier, ce poste névralgique est tenu par Jean-François Mailhot, enseignant en science, technologie et robotique. Son aide est si précieuse que certains collègues n’hésitent pas à l’appeler «Dieu».

«C’est un gros travail d’équipe, mais on travaille avec des méthodes assez efficaces, dit-il. Personne n’a été récalcitrant, ici. De toute façon, on n’a pas le choix!»