Originaires du village de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, Fernande et Françoise Malenfant sont décédées aux Jardins d’Évangéline. Elles étaient atteintes toutes les deux de la COVID-19.
Originaires du village de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, Fernande et Françoise Malenfant sont décédées aux Jardins d’Évangéline. Elles étaient atteintes toutes les deux de la COVID-19.

Deux soeurs emportées par la COVID à 20 minutes d’intervalle

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Elles étaient religieuses et sœurs. L’une était centenaire, l’autre avait 98 ans, presque 99. Le 2 mai, elles se sont éteintes aux Jardins d’Évangéline, emportées par la COVID, à une vingtaine de minutes d’intervalle seulement. Comme si, après avoir été si proches de leur vivant, Fernande et Françoise Malenfant n’avaient pu envisager d’être séparées par la mort.

Ce double décès inusité a évidemment ébranlé la Congrégation des Sœurs servantes du Saint-Cœur-de-Marie qui a vu partir une douzaine des siennes depuis le début de la pandémie. En raison des mesures sanitaires sévères, aucun membre de la communauté n’était aux côtés des deux religieuses lors de leur ultime départ.

«En temps normal, nous entourons jour et nuit nos sœurs mourantes et les accompagnons jusqu’à leur dernier souffle, mais cette fois, nous n’avons pu le faire en raison de la COVID, explique Anne-Marie Richard, sœur supérieure de la congrégation. Heureusement, des laïcs ont généreusement prié auprès d’elles et chanté comme on le fait toujours.»

Originaires du village de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, Fernande et Françoise Malenfant ont, chacune à leur façon, laissé leur marque au sein de la congrégation fondée il y a 160 ans. Les deux sœurs avaient prononcé leurs vœux ensemble, il y a 77 ans, au milieu de la Seconde Guerre mondiale.

De sœur Fernande, qui a œuvré comme enseignante et directrice d’école, principalement dans la région de Portneuf, Mme Richard retient particulièrement «son ouverture aux autres», particulièrement à l’égard des jeunes.


« Elle disait souvent qu’on apprenait l’art de faire chanter la vie dans les familles. Elle avait un sens du leadership développé. Elle avait beaucoup d’écoute et de compréhension. »
Anne-Marie Richard, sœur supérieure de la Congrégation des Sœurs servantes du Saint-Cœur-de-Marie

Sœur Françoise, pour sa part, «est une femme qui a vécu dans la simplicité, avec beaucoup de dévouement», poursuit-elle. Elle a œuvré dans les tâches domestiques comme jardinière, cuisinière et couturière. C’était quelqu’un de souriant, disponible, qui a beaucoup travaillé pour la cause des missions. Elle venait d’une famille avec des liens tissés serrés. L’affection constante que lui portait sa sœur Fernande était très importante pour elle.»

Sœur Françoise Malenfant
Sœur Fernande Malenfant

Couvent vendu

La congrégation a vu mourir une 11e victime cette semaine au Centre de soins Oasis de la résidence Les Jardins d’Évangéline, mais «difficile de dire si la COVID est responsable de tous ces décès», croit Mme Richard. 

Plusieurs religieuses étaient déjà gravement malades lorsque l’éclosion s’est déclarée, à la fin d’avril.

Avec une moyenne d’âge dépassant les 80 ans, les membres de la congrégation ne sont plus qu’une quarantaine dans leur établissement de l’avenue des Cascades, dans l’arrondissement Beauport. Le couvent est inoccupé depuis l’automne 2018. 

Les religieuses ont emménagé dans un autre immeuble, sur la même rue, qui accueille également l’Externat Saint-Cœur-de-Marie, fréquenté par 550 élèves du primaire.

La maison provinciale, un bâtiment classé patrimonial par la Ville de Québec que la communauté avait acquis en 1940, sera cédée à un promoteur dans les prochaines semaines. 

«C’est en processus de vente» indique Mme Richard, hésitante à en dire davantage puisque le contrat n’est pas signé.