Même en temps de COVID-19, certaines travailleuses du sexe doivent continuer pour des raisons financières.
Même en temps de COVID-19, certaines travailleuses du sexe doivent continuer pour des raisons financières.

Des travailleuses du sexe toujours actives pendant la crise

La crise de la COVID-19 n’épargne pas les travailleuses du sexe. Alors que certaines ont préféré cesser de travailler, d’autres ont malgré tout décidé de poursuivre leurs activités, car elles ne cadrent dans aucun programme d’aide du gouvernement et se trouvent en situation de précarité. Et les clients sont toujours au rendez-vous.

Une recherche maison effectuée par Le Progrès a permis de constater que plusieurs annonces sont encore actives et que d’autres sont ajoutées quotidiennement. Plusieurs escortes ont cependant décidé de modifier les services qu’elles offrent, notamment en se tournant vers le Web. « Confiné ? Rejoins-moi dans mon nouvel univers sensuel », peut-on lire sur une page d’une travailleuse du sexe, qui ajoute qu’en raison des conditions actuelles, elle ne donne aucun rendez-vous. Une autre indique qu’« avec le corona, je [ne] rencontre pas, mais live et premium, all the way ».

Une escorte qui n’a pas cessé de rencontrer malgré la crise a accepté de se confier au Progrès. Selon elle, la première semaine a été très tranquille, mais après quelques jours, le téléphone a recommencé à sonner.

Celle qui est travailleuse du sexe depuis un an et demi avoue avoir des problèmes pulmonaires. Mais financièrement, pour Marie (nom fictif), c’était impossible d’arrêter de travailler.

« Il y a des gens que ça ne dérange pas pantoute. En fin de semaine, en un soir, j’aurais pu avoir quatre ou cinq gars en pas long. La première semaine, c’était mort, mais les gars s’écoeurent et la libido monte », a-t-elle dit, d’entrée de jeu.

S’il n’y a pas vraiment eu de changements liés à la COVID-19, Marie admet que certains hommes ont demandé à la rencontrer, mais sans avoir de contacts physiques avec elle. Sa présence et quelques gestes posés à distance ont suffi pour les satisfaire. Et ce n’est pas dans ses plans, comme certaines autres escortes, d’organiser des séances virtuelles.

Mais si elle continue de rencontrer chez elle ou de se déplacer, est-ce que des choses ont changé ? « Je leur demande d’où ils arrivent, s’ils sont allés à l’extérieur de la région. Ce qui m’inquiète, c’est que certains me cachent la vérité », avoue-t-elle, ajoutant que « c’est justement arrivé récemment ».

Aide demandée

Maude Dessureault, intervenante sociale à la Maison ISA – Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), admet que l’on constate actuellement une hausse de la précarité chez les femmes qui oeuvrent dans l’industrie du sexe.

« Certaines étaient déjà en situation de survie avant même que la COVID-19 n’arrive, ajoute-t-elle. Elles ont besoin d’argent pour combler leurs besoins. »

Mme Dessureault confirme que l’absence de traces de revenu les empêche d’avoir accès à l’aide gouvernementale, ce qui oblige certaines femmes à maintenir les contacts avec les clients ou, dans certains cas, avec leur proxénète, qui peut mettre de la pression. Elle appuie donc le CALACS de l’Estrie, qui a demandé au gouvernement, plus tôt cette semaine, d’intervenir pour aider les travailleuses du sexe.

En attendant cette aide, si elle est confirmée, Mme Dessureault invite les escortes, qu’elles continuent de travailler ou non, à se tourner vers les ressources du CALACS. Elles pourront les aider à trouver les bons organismes pour leurs besoins alimentaires et de logement.