Un sondage réalisé par Culture Mauricie permet à son directeur général Éric Lord de faire un sombre constat de la situation du secteur de la culture dans la pandémie que nous connaissons.
Un sondage réalisé par Culture Mauricie permet à son directeur général Éric Lord de faire un sombre constat de la situation du secteur de la culture dans la pandémie que nous connaissons.

COVID-19: un impact énorme en culture

Trois-Rivières — Culture Mauricie a rendu publics jeudi les résultats d’un sondage mené auprès de ses membres sur les impacts financiers, sociaux et psychologiques de la pandémie de COVID-19. Ces chiffres révèlent une situation très préoccupante et des impacts de grande envergure sur le monde de la culture dans la région.

C’est 90 répondants qui ont participé au sondage, individus comme organismes. Ceux-ci ont estimé à 6 378 000 $ leurs pertes pour la période entre le 12 mars et le 10 juillet 2020. Il va sans dire que les artistes/travailleurs autonomes ont vu leur situation financière sérieusement impactée avec des pertes de revenus de 137 587 $ qui témoignent d’une baisse moyenne de 3200 $ par artiste jusqu’ici et si on extrapole jusqu’au 10 juillet, ces pertes s’élèveront à 350 250 $ pour une moyenne de 7148 $ par individu. On calcule que cela représente une coupure de 34 % du revenu annuel des artistes.

Les pertes proviennent non seulement de l’annulation de spectacles et de manifestations culturelles mais aussi d’activités s’y rattachant: spectacles, projets/contrats de création, ateliers de création/formations/cours, activités-bénéfices, etc. Par exemple, la fermeture des écoles implique la perte de contrats via, notamment, le programme La culture à l’école du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur qui a un impact sur 18 % des répondants.

Du début de la crise jusqu’au 10 juillet, Culture Mauricie estime à plus de 3000 le nombre d’activités annulées ou reportées. Sur cette période, on enregistrera une diminution des revenus de l’ordre de 5 141 211 $ pour les organismes culturels ce qui représente une perte moyenne de 35 % du revenu annuel de ces organismes.

Des coupes dans le personnel ont été rendues nécessaires: 39 % des organismes ont déjà procédé à des mises à pied et 21 % devront le faire d’ici au 10 juillet pour un total de 500 pertes d’emploi à temps plein et à temps partiel.

Pareille situation a forcément un impact psychologique sur les individus et le sondage indique que 32 % des artistes/travailleurs autonomes qualifient leur état psychologique de mauvais ou neutre. Plusieurs disent éprouver de l’anxiété et/ou de l’inquiétude, certains manifestant même le besoin de recourir à de l’aide psychologique.

Le directeur général de Culture Mauricie Éric Lord estime que le sondage est hautement représentatif de la situation dans le milieu culturel régional et qualifie d’énorme l’impact de la crise. «Ce n’est pas une surprise parce qu’on s’en doutait mais les chiffres sont impressionnants. Quand on parle de pertes de 6,3 millions $ entre le 12 mars et le 10 juillet et de 500 pertes d’emplois, c’est très gros. Le nombre d’activités annulées ou reportées est aussi énorme.»

Plus inquiétant encore: pour plusieurs organismes, les mois les plus importants de l’année sont juillet et août et ils ne sont pas comptabilisés dans ce sondage. «On ne l’a pas fait devant l’incertitude qui plane sur l’avenir même proche. Est-ce que les salles demeureront toutes entièrement fermées, y aura-t-il des spectacles de rue, certains musées ou salles d’exposition pourront-ils ouvrir leurs portes? On ne le sait pas.»

«Notre objectif est de conserver tout l’écosystème culturel intact au sortir de la crise car ce serait extrêmement désolant qu’on y perde définitivement le tiers de notre activité. C’est pour cela que nous sommes à l’affût de ce qui se passe sur le terrain. Nous demeurons en contact avec les autorités de la culture et je suis en mesure d’acheminer des préoccupations et de suggérer des interventions.»

«Pour les clientèles régulières du CALQ, de la SODEC ou du ministère de la Culture et des Communications, on pense que l’État va faire ce qu’il faut et jusqu’ici, les mesures publiques semblent plutôt adéquates mais d’autres clientèles ne sont pas déjà soutenues et peuvent échapper aux mesures mises en place. On est donc à l’affût de ces situations pour les rapporter aux autorités.»

Culture Mauricie est déjà à la tâche d’inventer des solutions et de sensibiliser les intervenants pour obtenir des mesures d’accompagnement. «Il est certain que ça va prendre des mesures publiques, estime Éric Lord. Quand un organisme dépend essentiellement de financement privé, de revenus de philanthropie ou de billetterie et que tout ça s’effondre complètement d’un coup, ça prend de l’argent public pour le soutenir.»

Il faudra aussi que des mesures viennent permettre la future relance même si, à l’heure actuelle, il est difficile de se projeter dans l’avenir. «Il y a des mesures d’urgence générales mais il faudra aussi faire une lecture plus fine de la situation pour adapter les interventions aux besoins spécifiques et c’est là-dessus que nous nous concentrons. J’ai commencé à proposer des pistes d’intervention que je fais remonter vers le ministère via le réseau des Conseils de la culture. Je constate que les gens sont très à l’écoute des besoins et très réactifs présentement. C’est donc encourageant.»

Par ailleurs, Éric Lord affirme que Culture Mauricie est très préoccupée par les 12 % de gens du milieu culturel qui disent ne pas se sentir bien psychologiquement et s’assure de faire un suivi auprès d’eux pour les soutenir.