Pierre-David Gagné et Catherine Dubois travaillent aux soins intensifs dans une zone chaude à l’hôpital Santa Cabrini, à Montréal.
Pierre-David Gagné et Catherine Dubois travaillent aux soins intensifs dans une zone chaude à l’hôpital Santa Cabrini, à Montréal.

COVID-19: Travaillant en zone chaude, il dénonce ses conditions de travail

Pierre-David Gagné, assistant-infirmier-chef originaire de La Baie, a fondé le groupe Facebook « Mobilisation des anges gardiens » afin de créer un effet de soulèvement dans le réseau de la santé. Il désire ainsi que les travailleurs qui côtoient la COVID-19 fassent front commun devant les injustices qu’ils subissent.

M. Gagné travaille aux soins intensifs avec les patients atteints de la COVID-19 depuis la fin mars à l’hôpital Santa Cabrini dans le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. En dix jours, 15 000 membres se sont ajoutés à son groupe Facebook, qui s’adresse à tous les professionnels du réseau de la santé, qu’ils soient infirmiers, préposés aux bénéficiaires ou préposés à l’entretien.

« J’ai senti que nous étions abandonnés par nos syndicats et nos ordres professionnels et qu’il y avait un épuisement généralisé au travers le réseau. Je ne comprenais pas pourquoi personne ne se battait contre ça. C’est vrai que nos syndicats se sont fait imposer un décret, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent plus défendre nos conditions de travail », a expliqué Pierre-David Gagné, à l’occasion d’une entrevue téléphonique.

Selon le Baieriverain d’origine, le décret imposé par le gouvernement a fait en sorte que les travailleurs de la santé ont perdu plusieurs acquis dans leur convention collective.

« Il arrive régulièrement que des travailleurs du réseau de la santé doivent travailler durant leurs vacances, mais ils sont habituellement payés à temps supplémentaire lorsque la situation se produit. Le décret élimine ce privilège qui était inscrit dans la convention collective. Ils doivent maintenant travailler à temps simple durant leurs vacances qui ont été refusées. C’était inadéquat de nous enlever des acquis et de faire semblant devant les médias que les primes comblent ce manque. Ce que le gouvernement nous donne dans une main est au final plus petit que ce qu’ils nous enlèvent de l’autre».

Iniquité des primes

Selon M. Gagné, les primes offertes pour les travailleurs du milieu de la santé divisent le réseau. « En Ontario, la prime d’inconvénient COVID-19 donne 4 $ de l’heure de plus pour tous les travailleurs. C’était logique de statuer sur un chiffre fixe, puisque nous subissons tous le même inconvénient. Au Québec, les primes sont de 4 % ou de 8 % selon les zones où nous travaillons, mais nous la perdons dès que nous nous absentons une seule journée et que nous n’avons plus un temps complet, que ce soit pour cause de maladie ou autre. »

La prime de la personne qui travaille dans une zone chaude et qui gagne 50 $ de l’heure est donc de 4 $, comme en Ontario. Cependant, celle qui gagne 20 $ de l’heure n’atteindra pas la moitié de ce montant, et ce, pour le même niveau de risque, selon l’assistant-infirmier-chef. « Lorsque je lave un patient aux soins intensifs dans la zone chaude avec un préposé aux bénéficiaires, qui a parfois plus de 20 ans d’expérience, sa prime est beaucoup moins élevée que la mienne alors que nous nous retrouvons dans une zone où le risque est le même. C’est complètement illogique », déplore Pierre-David Gagné.

Une autre prime accorde un certain montant de plus à ceux qui travaillent dans les zones chaudes, explique l’infirmier. « Nous reprochons au gouvernement de ne pas être totalement transparent devant les médias, puisque les gens ne savent pas nécessairement que la prime COVID de 1000 $ dans les centres hospitaliers est immédiatement enlevée à ceux qui s’absenteraient une journée ou qui seraient transférés vers une zone froide à la fin du mois. Ils perdent le montant complet. »

Moyens de pression

M. Gagné explique qu’il est difficile de trouver des moyens de pression qui conviennent à tous. « Si justice n’a pas été rendue et que de meilleures conditions n’ont pas été ajoutées au décret dans les mois à venir, notre plus grande façon de se mobiliser actuellement est de menacer de ne pas renouveler notre permis d’exercice en 2021 », prévient-il.

Selon l’infirmier, la mission des ordres professionnels n’est pas de défendre les travailleurs, mais plutôt de protéger le public. « Nous décidons d’un peu prendre les ordres professionnels en otage, puisque nous pensons qu’en ne se prononçant pas en notre faveur, l’ordre risque de faire en sorte que nous finirons par nous épuiser et par tomber au combat et ce sera le public qui finira par être en danger. Nous aimerions que les ordres professionnels s’invitent dans le débat et protègent ses membres », conclut Pierre-David Gagné.