Malgré l’absence de clients, des commerces ont choisi de demeurer ouverts. C’est le cas de Champagne Chocolatier.

COVID-19: Québec, ville (quasi) fantôme

Cartier, Saint-Jean, Maguire ou Saint-Joseph. Faute de clients ou par mesures sanitaires, les fermetures d’entreprises se multiplient sur les principales artères commerciales de la ville. Avec elles, c’est toute une vie de quartier qui s’éteint et l’incertitude financière qui s’éveille.

Mardi, 11h, rue Saint-Joseph. On pourrait croire que la neige épaisse qui s’accumule sur Québec empêche les résidents et travailleurs de sortir. Mais il n’en est rien.

Ce qui frappe en premier, c’est les trottoirs quasi déserts et les stationnements vides en bordure des rues. Depuis l’annonce samedi de l’état d’urgence sanitaire par le gouvernement du Québec, de nombreux commerces sont dans l’obligation de fermer boutique. 

D’autres, les restaurants en tête de liste, ont choisi de le faire par mesure préventive et parce que ça ne devient plus du tout rentable de poursuivre ses activités.

«Êtes-vous ouverts ce midi», demande Le Soleil en pénétrant dans la microbrasserie Le Noctem, rue du Parvis dans Saint-Roch. «Oui, mais c’est la dernière fois. On ferme», obtient-on en guise de réponse.

«C’est une responsabilité civile de suivre les recommandations du gouvernement», explique Brian Pierce, copropriétaire de l’entreprise qui retire 40 % de son chiffre d’affaires de la vente de nourriture.

De toute façon, soutient-il, «la clientèle n’aurait possiblement pas été au rendez-vous», comme le prouve l’absence de clients. L’endroit est pourtant couru. Le problème est que les bureaux environnants sont pour la plupart vides de leurs employés, la majorité en télétravail. 

Le plus difficile est de gérer les mises à pied temporaires. «On est là-dedans. C’est un sujet sensible», admet M. Pierce. Noctem compte 30 employés en restauration. Le microbrasseur poursuivra ses activités de brassage pour la vente au détail dans les dépanneurs.

Il est loin d’être le seul dans cette situation. Son voisin d’en face, Le Phoenix du Parvis, a aussi fermé ses portes, tout comme Les Sales Gosses sur la rue Saint-Joseph.

Payer le loyer

Malgré l’absence de clients, d’autres ont choisi de demeurer ouverts. C’est le cas de Champagne Chocolatier. À l’arrivée du Soleil, la propriétaire est seule assise à une table. Elle réussit à nous accueillir chaleureusement même si elle est rongée par la tristesse. «J’ai le goût de pleurer et dire «merci» lorsque je vois quelqu’un entrer», reconnaît Nathalie Déchène, propriétaire depuis 18 ans du commerce fondé il y a 30 ans.

«Pâques arrive. C’est ma grosse période et je prévois faire 10 % de mon chiffre d’affaires. J’ai dû mettre à pied six employés et je vais faire du sept jours sur sept», explique-t-elle. 

«Les conséquences sont… Je ne sais même pas comment on va faire pour payer le loyer, mon prêt, si on va avoir de l’aide. Si tout le monde est en arrêt de travail, personne ne va pouvoir dépenser», craint-elle.

La proprio croit possible de faire du commerce si les gens suivent les recommandations du gouvernement sans céder à la panique. «M. Legault nous dit de ne pas nous déplacer inutilement, mais il ne nous dit pas d’arrêter de vivre et de semer la panique.» Pour elle, la peur ne doit pas empêcher les citoyens de consommer des produits vendus dans leur quartier. Sinon, c’est la survie même des commerces qui est en jeu.

Plusieurs commerces au détail ont fait le choix de cesser temporairement leurs activités. C’est les cas des boutiques Mango et Urban Outfitter, toujours sur Saint-Joseph. Des affiches avisent la clientèle. Certains ont resserré leurs heures d’ouverture. D’autres encore ne font aucun changement, mais pour combien de temps?

«On est ouvert… pour le moment», insiste Lucie Morisset, propriétaire de Laliberté, entreprise qui en a vu bien d’autres depuis 1867. «On est atteint au cœur de nos activités, poursuit-elle. On est en pleine réflexion. On est seulement au début de quelque chose. On ne sait rien. On attend les mesures gouvernementales et on ne sait pas le temps que ça va durer.»

La situation est la même sur la 3e Avenue dans Limoilou. Un arrêt à la populaire Boîte à pain confirme qu’il y a baisse de clientèle. Coin de la 6e Rue, le restaurant Les Fistons a bien tenté de rester ouvert, mais ce n’est tout simplement pas rentable. 

«On voulait demeurer ouvert les fins de semaine avec la popularité des déjeuners. Mais les restrictions nous obligent à diminuer notre clientèle de 50 % et je n’arrive pas à une masse critique pour être rentable», analyse le propriétaire Edner Bernard.

Depuis lundi, il teste les repas pour sortir. «On passe par Facebook. Nos clients commandent un dîner et viennent le chercher. On va voir s’il y a un intérêt.»

En mode lecture

Parmi les seuls «gagnants» de la pandémie, mises à part épiceries et pharmacies, il y a… les librairies. «Les bibliothèques sont fermées et les gens ne semblent pas savoir quoi faire. Ils viennent donc nous voir.»

Élisabeth Morency, de la librairie du même nom, a observé une augmentation de sa clientèle depuis quelques jours. «J’ai parlé à un autre propriétaire de librairie et c’est la même chose chez lui», confie-t-elle, visiblement heureuse, d’autant plus que son secteur d’activités a connu des périodes troubles.

«La vente de livres se porte bien, mais je vends aussi des jeux de société et des casse-têtes, ajoute-t-elle. On demeure ouvert, c’est sûr. La clientèle est là et on prend des précautions», conclut la dame, tout en espérant que le gouvernement ne resserre pas davantage ses mesures de confinement. 

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BÉNÉVOLES RECHERCHÉS

La Ville de Québec recherche des bénévoles pour aider les organismes communautaires d’aide alimentaire frappés par la COVID-19.

«On planche sur l’aide aux plus démunis. On a des employés qui étaient disponibles, payés par la Ville, qui travaillent pour des organisations communautaires, particulièrement dans le domaine alimentaire», a expliqué le maire de Québec mardi lors de son point de presse quotidien.

Le matin même, des organismes lançaient un appel à l’aide dans les pages du Soleil. Parmi eux, Stéphane Paradis, directeur général de La Baratte, expliquait que la plupart des bénévoles sont confinés à domicile parce qu’ils sont âgés et vulnérables au virus. Il lui devient donc difficile, voire impossible de livrer repas et paniers de nourriture à domicile.

La Ville répertorie sur son territoire 95 organismes qui fournissent une aide alimentaire. Elle a décidé de les soutenir dans leur recherche. «On a besoin de bénévoles. Contactez le 2-1-1, lance Régis Labeaume. On va nous-mêmes tenter d’en envoyer quelques dizaines d’autres, mais ça ne sera pas suffisant. Par exemple, ça pourrait être les étudiants des cégeps et des universités qui auraient du temps actuellement», suggère-t-il.