Le déconfinement de l’Espagne et ses 47 millions d’habitants, confinés depuis la mi-mars, doit se faire par phases d’ici la fin juin.
Le déconfinement de l’Espagne et ses 47 millions d’habitants, confinés depuis la mi-mars, doit se faire par phases d’ici la fin juin.

Coronavirus: le déconfinement avance, bouffée d’air en Espagne

Laurence Boutreux
Agence France-Presse
MADRID — À mesure que le reflux de la pandémie se confirme en Europe et aux États-Unis, le déconfinement des populations cloîtrées chez elles s’y poursuit à des rythmes variés, l’Espagne redécouvrant ce samedi les joies du sport et de la promenade.

À Madrid, près du grand parc du Retiro, toujours fermé, de nombreux habitants sont sortis courir, parfois en groupes, a constaté l’AFP. «Merci de courir sur les trottoirs», disait par haut-parleur un policier municipal, pour dissuader les sportifs d’emprunter l’avenue du Prado, presque déserte.

«Sortir, courir, voir du monde...»

Vivant dans le quartier habituellement festif de Chueca, Marcos Abeytua, conseiller financier de 42 ans, a confié s’être levé très exceptionnellement à 7H00. «Après tant de semaines de confinement, j’avais très envie de sortir, courir, voir du monde. Hier (samedi) j’étais comme un enfant à la veille de Noël», disait-il.

Des tranches horaires devront toutefois être respectées, pour éviter la surfréquentation des rues et maintenir à distance enfants et personnes âgées, qui ne pourront pas sortir aux mêmes heures. L’après-midi est ainsi réservé aux enfants de moins de 14 ans, qui peuvent sortir accompagnés d’un adulte.
Le déconfinement de l’Espagne et ses 47 millions d’habitants, confinés depuis la mi-mars, doit se faire par phases d’ici la fin juin. À l’image d’autres pays d’Europe occidentale où, alors que le reflux de la maladie se confirme, les gouvernements imposent des déconfinements très progressifs et prudents pour éviter une nouvelle vague de contaminations.

La levée des restrictions est bien enclenchée en Allemagne, Autriche, dans les pays scandinaves,... qui imposent toujours néanmoins «mesures barrières» et distanciation sociale. La France et l’Italie se préparent activement au début de processus d’ici quelques jours. En Grande-Bretagne, le pic de la pandémie a été atteint selon le premier ministre Boris Johnson, qui a promis un plan de déconfinement la semaine prochaine.

La pandémie a fait près de 238 000 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un dernier bilan établi sur la base de sources officielles et admis comme largement sous-évalué. Plus de 3,3 millions de cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués dans 195 pays, dont 1,5 million pour la seule Europe. Les pays les plus touchés en nombre de morts sont les États-Unis avec plus de 64 7000 décès, l’Italie (28 236 morts), le Royaume-Uni (27 510 morts), l’Espagne (24 824 morts) et la France (24 594 morts).

La Russie (1.222 décès) est celui qui enregistre actuellement quotidiennement le plus grand nombre de nouveaux cas. Environ 2% des habitants de Moscou -- soit plus de 250.000 personnes -- sont atteints par le Covid-19, a indiqué samedi le maire de la capitale russe, citant le résultat de tests.

Aux États-Unis, malgré des bilans quotidiens toujours lourds, les États fédérés avancent dans la levée des mesures de restriction. Et le régulateur du médicament (FDA) a autorisé en urgence un antiviral expérimental, le remdesivir, qui d’après lui peut doper le rétablissement des malades.

C’est le président Donald Trump lui-même qui a annoncé vendredi le lancement de l’utilisation du médicament, qui doit permettre aux patients atteints du Covid-19 de se rétablir plus rapidement, à défaut de faire baisser leur mortalité.

Pays le plus lourdement frappé avec près de 65 000 morts, les États-Unis totalisent plus de 30 millions de demandes d’allocation chômage depuis la mi-mars, un record historique.

«Ouvrez la Californie!»

Pour relancer l’économie, plus de 35 des 50 États américains ont commencé à lever ou sont sur le point de lever les strictes mesures de confinement qu’ils ont instaurées, tandis que des manifestations pour «la réouverture de l’Amérique» se multiplient à travers le pays.

Le Texas a ainsi rouvert vendredi magasins, restaurants ou bibliothèques à condition qu’ils n’opèrent qu’à 25% de leur capacité. Attablé dans un restaurant de Houston, où les serveurs portent désormais masques et gants, Jack Sweed se dit «content de pouvoir soutenir les commerces locaux».

Les États-Unis continuent pourtant de déplorer en moyenne plus ou moins 2000 morts chaque jour (1883 vendredi), un plateau sur lequel ils sont bloqués depuis la mi-avril.

Pour exiger la levée du confinement en vigueur depuis six semaines dans leur État, des milliers de personnes ont manifesté vendredi en Californie avec des drapeaux des États-Unis.

«Ouvrez la Californie!», ont scandé les protestataires près des plages fermées de Huntington Beach. «Tous les emplois sont essentiels» ou «La liberté est essentielle», pouvait-on lire sur des pancartes.

Des manifestations similaires se sont aussi tenues à Los Angeles, à New York et à Chicago.

À New York, plusieurs milliers de locataires qui craignent de perdre leur logement après avoir perdu leur emploi et mènent une «grève des loyers» ont manifesté dans la rue vendredi.

Cité interdite autorisée

Les Chinois, qui ne rapportent pratiquement plus de cas, ont entamé vendredi leurs premières vraies vacances depuis le début de la crise.

La Cité interdite, notamment, a rouvert, mais de manière plus limitée qu’à l’ordinaire. Pour la plus grande joie de ceux admis à l’intérieur: «C’est génial, on peut vraiment en profiter», s’est émerveillée une jeune visiteuse.

Accusée par Washington d’avoir fait preuve de complaisance envers la Chine au début de la crise, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé à Pékin de l’associer aux enquêtes sur l’origine de la pandémie. Pour l’organisation, il s’agit de comprendre quel a été «l’hôte naturel» de ce virus et sa «transmission d’animal à humain».

Au Brésil, où le président Jair Bolsonaro --corona-sceptique notoire-- défend coûte que coûte la reprise de l’activité économique, le pire est peut-être à venir, alors que le pays est en passe de devenir le principal foyer de contamination au monde.

Selon les estimations du collectif de chercheurs Covid-19 Brasil, le Brésil comptait plus de 1,3 million de cas de coronavirus jeudi.

C’est 16 fois plus que les 85 646 cas confirmés officiellement ce jour-là, dans cet immense pays de 210 millions d’habitants où l’on ne dépiste presque pas, avec des populations vulnérables, indigènes ou dans les favelas, et une faible adhésion aux mesures de confinement. Le Brésil a par ailleurs le taux de contamination le plus élevé du monde (2,8), selon l’Imperial College of London.

Une réplique désinvolte du président d’extrême droite a suscité une énorme polémique nationale. Interrogé mardi sur le fait que le Brésil venait de dépasser le chiffre de 5000 morts, M. Bolsonaro avait répondu: «Et alors ?» Depuis, le bilan -officiel- est passé officiel à plus de 6300 morts.