Congréations religieuses: le gouvernement veut agir

Le gouvernement Legault a demandé un « portrait de la situation » dans les congrégations religieuses du Québec pour déterminer de quelle façon ces corporations, qui n’ont pas de statut particulier au ministère de la Santé et des Services sociaux, pourraient bénéficier des programmes annoncés depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Les communautés religieuses du Québec, qui assurent les services et soins d’hébergement à leurs membres, dont la moyenne d’âge est de 85 ans, ont lancé un appel à l’aide au gouvernement du Québec il y a pratiquement un mois. Lors de l’annonce du premier décès survenu à l’infirmerie des Antoniennes-de-Marie de Chicoutimi, la supérieure provinciale, soeur Ginette Laurendeau, s’était adressé directement au premier ministre François Legault afin que l’État supporte toutes les communautés du Québec.

Des informations transmises au Quotidien par le cabinet de la ministre responsable des Aînés Marguerite Blais et au député péquiste de Jonquière Sylvain Gaudreault par celui de la ministre de la Santé et des Services sociaux Danielle McCann indiquent clairement que le gouvernement a l’intention d’ouvrir la porte à ces communautés qui regroupent pas moins de 8000 personnes.

« J’ai contacté le directeur de cabinet de la ministre de la Santé Danielle McCann, Jonathan Valois (ex-député péquiste), et il m’a confirmé que le gouvernement voulait agir. Il m’a signalé qu’un portrait de la situation était en préparation à cette fin », a insisté le député de Jonquière.

Le Quotidien avait logé des appels et fait parvenir des courriels à différents ministères afin de connaître les raisons pour lesquelles les congrégations religieuses n’avaient pas été incluses dans le programme de bonification salariale offert par le gouvernement du Québec aux résidences privées dont le personnel prenait la direction du secteur public en raison des importantes différences de salaire.

Mercredi, le cabinet de la ministre responsable des Aînés Marguerite Blais a fait parvenir une réponse formelle. « Concernant les résidences pour religieuses, il faut savoir qu’elles ne sont pas certifiées. Elles ne sont donc pas sous l’égide du ministère de la Santé et des Services sociaux », stipule le courriel de l’attachée de presse Marjorie Côté-Boileau.

« Cela dit, les personnes hébergées dans ces communautés religieuses doivent aussi avoir une qualité de vie et de soins. Les établissements régionaux (CIUSSSS et CISSS) font tout ce qu’ils peuvent pour soutenir ce type de résidence. Nous explorons la possibilité d’accompagner celles qui embauchent des préposées aux bénéficiaires et le personnel affecté en première ligne (infirmières auxiliaires et infirmières). »

Interrogé la semaine dernière sur le caractère discriminatoire de ce programme qui avait exclu dès le départ les communautés religieuses, le député de Jonquière avait préféré garder le silence, le temps de faire des vérifications. Il s’est dit encouragé de la réponse obtenue auprès du bureau de la titulaire de la Santé, mais ne comprend toutefois pas pourquoi il est ici question de certification.

« Nous sommes dans une situation de pandémie. Des gens meurent tous les jours. Il y a dans les communautés religieuses des infirmières, infirmières auxiliaires et préposées aux bénéficiaires qui rendent exactement les mêmes services que ceux des résidences privées, et ces personnes n’auraient pas accès à un programme d’urgence. Ça ne fonctionne pas », affirme le député.

Sylvain Gaudreault est bien prêt à comprendre l’importance des certifications ou des normes en situation normale. Mais il plaide le caractère unique de la situation que nous vivons et aussi la spécificité historique des membres des communautés religieuses qui souhaitent finir leur vie au sein de ce qui est pour elles ou eux une famille.

« Autrement, ces personnes se retrouveraient dans les services publics alors qu’en ce moment, elles sont prises en charge par chacune des communautés. Aussi, il ne faut pas penser que parce que le Vatican est riche que chacune des communautés religieuses est riche. On ne parle pas ici d’accorder des primes à plusieurs milliers de personnes », a conclu le député de Jonquière, qui entend bien suivre de près cette situation afin d’assurer que les différents groupes soient traités avec équité.

Dans une lettre transmise au premier ministre François Legault par l’Association des trésorières et trésoriers des instituts religieux, les communautés demandent au gouvernement d’accorder un traitement équitable au personnel des infirmeries afin d’être en mesure de maintenir un niveau de service de qualité. Il s’agit des primes annoncées par Québec sur les salaires du personnel. L’association demandait également l’accès à des équipements individuels de protection.

« Vous comprendrez qu’il est de notre devoir, de nos responsabilités de faire en sorte que les religieuses et religieux puissent être rassurées-es de continuer à recevoir les bons soins et services par un nombre minimal d’employé(e)s et que les CISSS, les CIUSSS et le MSSS appliquent les mêmes primes et rehaussements salariaux aux milliers d’employé(e)s qui assurent les besoins quotidiens, aux repas, à l’entretien, au maintien de la salubrité et aux soins des milliers de personnes très âgées qui ont consacré toute leur vie, principalement au service de la population du Québec », a fait valoir la présidente de l’association, soeur Claire Houde, dans la missive.