L’archipel compte près de 10 000 établissements de jeu dans lesquels les Japonais viennent s’entasser et jouer dans une atmosphère assourdissante et enfumée.
L’archipel compte près de 10 000 établissements de jeu dans lesquels les Japonais viennent s’entasser et jouer dans une atmosphère assourdissante et enfumée.

Au Japon, la dénonciation remplace le confinement

TOKYO — Comment faire respecter un état d’urgence qui n’impose pas de mesure de confinement? En s’appuyant sur une recette qui a fait ses preuves au Japon : montrer du doigt les entreprises récalcitrantes, principalement des salles de jeux proposant le très populaire «pachinko».

C’est tout du moins l’arme choisie par plusieurs gouverneurs de régions dans l’archipel afin de forcer les propriétaires de ces salles, qui regroupent souvent des dizaines de pachinko, ces machines qui vont d’un équivalent du flipper à des cousines des machines à sous, à fermer.

Car si le gouvernement a décrété un état d’urgence d’un mois jusqu’au 6 mai dans l’ensemble du pays pour lutter contre la pandémie de COVID-19, il ne peut imposer aux entreprises non essentielles de baisser le rideau, ce qui lui laisse peu d’options face à celles qui refusent de faire preuve de civisme.

La solution trouvée par les autorités locales : les forcer à obtempérer en les dénonçant.

Fer de lance de cette stratégie, le gouverneur d’Osaka, Hirofumi Yoshimura s’est défendu de faire injustement pression sur les commerces, disant estimer qu’il «est fort probable que l’épidémie de développe dans ces endroits».

«Je ne cherche pas à faire pression ou citer les mauvais exemples, je veux convaincre les résidents d’Osaka de ne pas s’y rendre, pour leur santé», a-t-il expliqué vendredi à la presse.

L’archipel compte près de 10 000 établissements de jeu dans lesquels les Japonais viennent s’entasser et jouer dans une atmosphère assourdissante et enfumée.

Les experts médicaux les ont régulièrement cités parmi les principaux lieux à risque pour la transmission du virus, au même titre que les salles de sport ou les bars, et si de nombreuses salles de jeu ont accepté de fermer durant l’état d’urgence, une minorité refuse de s’y soumettre.

Si le gouvernement a décrété un état d’urgence d’un mois jusqu’au 6 mai dans l’ensemble du pays pour lutter contre la pandémie de COVID-19, il ne peut imposer aux entreprises non essentielles de baisser le rideau, ce qui lui laisse peu d’options face à celles qui refusent de faire preuve de civisme.

C’était encore notamment le cas d’une trentaine d’établissements vendredi à Osaka, lorsque le gouverneur a fait le choix de les citer nommément, commençant par neuf d’entre eux, dont certains sont désormais fermés.

Un résultat qui semble avoir inspiré le gouverneur de la région voisine de Hyogo, qui a publié lundi le nom de six salles de jeux toujours ouvertes.

À Tokyo, la gouverneure Yuriko Koike a assuré mardi que l’ensemble des salles étaient fermées, alors que dimanche des représentants du gouvernement local comptabilisaient encore 156 établissements ouverts.

Du côté des salles, on avance la nécessité de protéger les emplois, Okaka Enterprise, une société basée à Osaka, parlant de plus de 600 emplois sur la sellette si elle fermait.

«Si nous suspendons nos opérations, nous déposons le bilan et nous ne pourrons faire face à nos responsabilités vis-à-vis de nos salariés et de nos partenaires», a expliqué l’entreprise dans un communiqué, selon le quotidien économique Nikkei.

Dénoncer n’est d’ailleurs pas toujours efficace : certaines salles ont vu leur fréquentation augmenter après avoir été citées, profitant ainsi d’une publicité bien involontaire.