Les grands festivals comme Osheaga à Montréal, le Festival de montgolfières à Gatineau ou le Bluesfest à Ottawa subiront longtemps les contrecoups de la crise du coronavirus.
Les grands festivals comme Osheaga à Montréal, le Festival de montgolfières à Gatineau ou le Bluesfest à Ottawa subiront longtemps les contrecoups de la crise du coronavirus.

Après-crise de la COVID-19: encore loin des grands festivals

Les grands festivals comme Osheaga à Montréal, le Festival de montgolfières à Gatineau ou le Bluesfest à Ottawa subiront longtemps les contrecoups de la crise du coronavirus.

Difficile de discuter avec Yvan Sauvé sans aborder la crise de la COVID-19 et ses effets sur les événements culturels.

Ici comme ailleurs, tous les événements prévus cet été tombent les uns après les autres. Et le sonorisateur d’expérience ne voit pas comment et surtout quand tout reviendra à la normale.

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Dès sa sortie de l’école secondaire Mont-Bleu dans le secteur Hull de Gatineau, Yvan a fait sa place dans le monde de la sonorisation en étant engagé chez Spec Audio, une compagnie hulloise. Après cinq ans chez Spec, il a migré vers la métropole où il a rapidement trouvé un job. 

« Cette époque fut très formatrice, se souvient-il. J’ai travaillé avec beaucoup d’artistes comme Roch Voisine, Zachary Richard, Isabelle Boulay, pour ne nommer que ceux-là. Ensuite, j’ai pris la route avec Our Lady Peace pendant plusieurs années avant d’être embauché par Le Cirque du Soleil sur leur première tournée d’arénas pour le spectacle Délirium, c’était en 2005. »

Ces expériences de tournées internationales l’ont également amené à travailler avec Joe Cocker en 2010. « J’ai été le soundman de moniteurs à Joe jusqu’à sa mort en 2014, confie-t-il. Ce fut un moment difficile pour moi et pour tout son entourage. J’ai ensuite travaillé avec différents artistes, dont Arcade Fire. Et l’automne dernier, je suis devenu chargé de projet sur les tournées internationales chez Solotech. J’étais pigiste jusqu’au début de la crise. »

Avenir incertain

La sortie de crise ne semble pas poindre à l’horizon et le sonorisateur ne voit pas quand la machine repartira.

« Chez Solotech, on est une très grosse famille. Environ 3000 personnes sont employées par l’entreprise. C’est une énorme machine, explique Yvan Sauvé. On a des bureaux partout au Canada, aux États-Unis et en Europe. Alors, je peux vous dire qu’on n’est pas à la veille de retourner au boulot. »


« Pour le Canada, ça pourrait repartir avant la fin de l’année, mais aux États-Unis, ce sera une autre paire de manches. »
Yvan Sauvé

Les fermetures des frontières et les différentes réglementations quant aux transports outre-mer compliquent grandement les choses pour l’organisation et la production de tournée internationale.

« Je me souviens qu’à l’annonce des mesures de confinements et de distanciation sociale, on venait de mettre des conteneurs sur un bateau pour la tournée de Harry Styles, raconte-t-il. Il fallut tout débarquer et retourner l’équipement dans nos entrepôts. Ce n’est pas rien. Ce sont de grosses tournées qui impliquent des millions de dollars. »

Quant à l’après-crise, Sauvé prévoit d’énormes changements dans les façons de faire de l’industrie. «Seulement concernant les assurances, ce sera la folie. Vous pouvez déjà imaginer combien les compagnies d’assurances ont dû débourser à la suite de toutes ces annulations, prévient-il. Alors, il faut prévoir que les assureurs voudront combler toutes ces pertes de différentes manières ».

Les grandes tournées et les gros festivals ne se montent pas en quelques semaines, c’est bien connu. Puisque tout a été annulé ou retardé, il faudra des mois avant que tout soit revenu au niveau d’avant la crise. Selon Sauvé, on devra attendre à la fin de 2020 avant de retourner dans les arénas pour assister à de grands spectacles. Quant aux grands festivals, l’été 2021 est l’horizon le plus probable, mais rien n’est certain.

« Pour le Canada, ça pourrait repartir avant la fin de l’année, mais aux États-Unis, ce sera une autre paire de manches, analyse-t-il. C’est plus compliqué à savoir si la politique actuelle et les élections à venir retarderont le retour à la normale. Alors, aujourd’hui, ils sont pris avec une crise beaucoup plus grave que chez nous. On n’est pas à la veille de voir des artistes américains se produire au Québec. Rien ne se fera dans ce sens avant 2021, selon moi. Pour nos festivals, c’est une véritable catastrophe. On espère que ces événements auront les reins assez solides pour supporter ces annulations. Il y a des pertes financières énormes à absorber par les producteurs. Il est clair dans mon esprit que notre industrie ne sera plus la même. Il y eut un avant et il y aura un après-COVID-19 ».