Le Frequencer, appareil développé par Dymedso et les Entreprises Bold Capital.
Le Frequencer, appareil développé par Dymedso et les Entreprises Bold Capital.

COVID-19: une technologie québécoise en renfort à l’hôpital de Chicoutimi

Marc-Antoine Côté
Marc-Antoine Côté
Le Quotidien
Une nouvelle technologie québécoise, utilisant les ondes acoustiques pour le traitement des maladies respiratoires et des infections pulmonaires, viendra prêter main-forte à 12 établissements de santé de la province, dont l’hôpital de Chicoutimi, dans leur combat contre la COVID-19, notamment.

Le Dr Simon Phaneuf, médecin urgentologue et directeur médical chez Dymedso, la compagnie montréalaise qui a développé le Frequencer avec les Entreprises Bold Capital, raconte que c’est un patient atteint de fibrose kystique, dans la région de Sherbrooke, qui a initialement remarqué les bienfaits des fréquences graves sur les voies respiratoires.

« Il avait découvert que lorsqu’il allait dans un party et se tenait proche de haut-parleurs avec des fréquences graves, ça lui permettait de se libérer de ses sécrétions. Il s’est associé avec d’autres et ils ont développé l’appareil. Ils ont fait des études à l’Université de Sherbrooke, à Polytechnique, pour découvrir justement qu’à la fréquence de 40 hertz, on mettait les petites bronches en résonnance, on les faisait vibrer à la bonne fréquence et ça permettait de dégager les voies respiratoires. »

Une arme contre la COVID-19

Traditionnellement utilisée chez certains patients atteints de fibrose kystique, la méthode est aujourd’hui étendue aux patients de tous âges qui composent avec des problèmes respiratoires associés à une accumulation de mucus dans les poumons. À commencer par les infections reliées à la COVID-19.

Si aucune étude clinique contrôlée n’a encore été menée pour démontrer l’efficacité de la technologie sur les patients atteints du virus, celle-ci est déjà mise de l’avant pour le traitement de la COVID-19 dans des environnements cliniques à Montréal et en Allemagne. En plus d’avoir fait ses preuves au Koweït.

« La COVID-19, c’est un virus qui est nouveau. Parmi toutes les techniques utilisées pour son traitement, il n’y en a pas beaucoup pour laquelle on a des études présentement. Le Frequencer a été utilisé à Montréal, en Allemagne. Des patients très sévères ont été traités avec succès au Koweït, bien que ce fût parmi un paquet d’autres modalités de traitement. »


« Souvent, on n’est pas prophète dans son pays, alors la majorité des appareils sont utilisés en Californie. C’est une technologie qui gagne à être connue, mais malheureusement la médecine est assez réfractaire au changement. »
Dr Simon Phaneuf, médecin urgentologue et directeur médical chez Dymedso

D’une durée d’environ vingt minutes, le traitement entraîne des résultats appréciables immédiatement. Il est de plus une alternative non invasive à la physiothérapie pulmonaire, que le Dr Simon Phaneuf dit irremplaçable, lorsque combiné à d’autres traitements.

« Par exemple, les bébés en néonatalogie, ce sont des patients avec qui on peut difficilement faire de la physiothérapie. Ce qu’on appelle le “clapping”, où l’on donne des tapes, on ne peut pas le faire avec de tout petits bébés. C’est utilisé en transplantation de coeur et de poumons en Californie, parce qu’encore là, on ne peut pas faire du “clapping” avec quelqu’un qui a eu une thoracotomie », souligne-t-il.

Déploiement à grande échelle

La distribution de 24 appareils dans le réseau de la santé québécois est financée par le ministère de la Santé et des Services sociaux, ainsi que le ministère de l’Économie et de l’Innovation, dans le cadre d’un projet de démonstration en situation réelle de soin, soutenu via le Programme innovation.

Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean précise que les deux appareils à l'Hôpital de Chicoutimi ont été acquis par la Fondation de ma vie, suite à une demande logée par le corps médical. Ils seront utilisés dans le contexte d'une étude clinico-économique menée par Dymedso, et seront évalués en fonction de la réduction du temps d'exposition des professionnels aux patients contagieux, de la durée des séjours hospitaliers, de l’admission aux soins intensifs et du besoin de ventilation mécanique (respirateurs), notamment.

La technologie profitera également au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, au Centre universitaire de santé McGill (site Glen), au Centre universitaire de santé McGill, à l’Hôpital général de Montréal, l’Hôpital de Verdun, l’Hôpital du Sacré-Cœur, l’Hôpital de Saint-Jérôme, l’Hôpital Charles-Le Moyne, l’Hôpital Pierre-Boucher, l’Hôpital Honoré-Mercier, l’Hôpital de Gaspé, ainsi qu’au CHSLD Monseigneur-Ross (Gaspé).

Cette liste pourrait éventuellement être bonifiée puisque Dymedso souhaite étendre l’utilisation du Frequencer à tout le Québec et à l’Ontario. Mais aussi à l’international, où l’appareil est présentement distribué dans 53 pays.

« Souvent, on n’est pas prophète dans son pays, alors la majorité des appareils sont utilisés en Californie. C’est une technologie qui gagne à être connue, mais malheureusement la médecine est assez réfractaire au changement. Ça prend souvent une trentaine d’années entre le développement d’une innovation et son acceptation comme standard de soins par la communauté médicale. Sauf qu’on est rendu là. La COVID-19 met un peu le projecteur sur les maladies respiratoires, qui est une des indications du Frequencer. »

Le directeur médical de Dymedso précise que les appareils trouveront tout autant leur utilité au lendemain de la pandémie, pouvant servir auprès de patients qui ont des atélectasies (affaissement d’un poumon), des pneumonies, ou qui composent avec des maladies pulmonaires obstructives chroniques, notamment.