COVID-19: un manque à gagner de 20 M$ en sylviculture

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Pour aider les entreprises sylvicoles à éponger les frais supplémentaires liés aux mesures pour lutter contre la COVID-19, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a pigé 20 millions de dollars dans le budget des appels d’offres en sylviculture, en attendant de recevoir des sommes supplémentaires du Conseil du Trésor. Si le budget n’est pas octroyé rapidement, les entreprises sylvicoles pourraient avoir 25 % moins de superficies à couvrir cette année, ce qui représente un manque à gagner de 4 millions de dollars, seulement au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

D’emblée, Jocelyn Lessard, le directeur général de la Fédération des coopératives forestières du Québec (FQCF), reconnaît que le MFFP travaille d’arrache-pied pour trouver des solutions afin de sauver la saison de travail. « Le ministère a démontré que l’industrie forestière était essentielle et il fait des pirouettes pour réussir à étirer ça jusqu’à la sylviculture ».

Le 7 avril dernier, le Bureau de mise en marché des bois a commencé l’évaluation des coûts additionnels liés aux mesures sanitaires, notamment pour l’hébergement et le transport. À titre d’exemple, la Coopérative forestière de Girardville a dû louer neuf camionnettes supplémentaires pour déplacer ses 118 reboiseurs.

« Les effets sont différents d’une région à l’autre, mais les impacts sont estimés de 15 à 20 millions de dollars, dont 4 millions de dollars au Saguenay-Lac-Saint-Jean », explique Jocelyn Lessard.

En sylviculture, environ 75 % des travaux sont prévus dans les ententes de réalisation de travaux sylvicoles (ERTS), lesquelles sont en fait les contrats de travaux garantis sur cinq ans. La balance est octroyée sous la forme d’appel d’offres. L’an dernier, le budget des ERTS était de 113 millions de dollars et celui des appels d’offres autour de 30 millions $.

Au total, le budget de la sylviculture sera maintenu à 230 millions de dollars pour la saison, tel qui était prévu, assure le MFFP. Cette somme inclut les montants alloués aux opérations sylvicoles non commerciales, comme le reboisement et la préparation de terrain, ainsi que les opérations sylvicoles commerciales, comme les éclaircies, la Paix des Braves et les plans spéciaux de récupération de bois.

Étant donné que le gouvernement Legault a annoncé un gel des nouvelles dépenses en cette période de pandémie, le ministère a pigé dans le budget des appels d’offres pour trouver une solution à court terme afin d’aider les entreprises à payer les surcoûts dus à la situation, explique Jocelyn Lessard. Pour un instant, tout le monde était rassuré, dit-il.

Cette décision a toutefois forcé le MFFP à geler le processus d’appel d’offres en attendant un budget supplémentaire du Conseil du Trésor.

En début de saison, le ministère a même tenté de geler certains contrats octroyés en appel d’offres l’an dernier, soutient Stéphane Gagnon, le directeur général de la coopérative de Girardville (CFG), avant de reculer sous la pression des entrepreneurs qui avaient déjà des équipes sur le terrain.

Mais le temps presse, car il faut un certain temps pour prévoir des travaux forestiers et déplacer des équipes de travail.

« Il faudrait que les sommes soient débloquées rapidement parce qu’une partie de la saison est en péril », note Jocelyn Lessard. Si la saison est écourtée, certains travailleurs saisonniers pourraient ne pas compiler suffisamment de semaines de travail pour être éligibles au chômage, déplore ce dernier. Et comme les marges bénéficiaires sont très minces dans le secteur, les entreprises amortissent généralement les frais en faisant plus de volume », dit-il.

À la CFG, c’est la saison de préparation de terrain qui pourrait être amputée, souligne son Stéphane Gagnon, qui est aussi le président de la FQCF, réduisant la charge de travail des entrepreneurs. Avec moins de terrains prêts pour le reboisement, les impacts pourraient se faire sentir encore l’an prochain.

Appelé à réagir à cette problématique, le MFFP soutient que « les effets de la pandémie imposent de réévaluer certaines décisions qui devront désormais s’inscrire dans un plan de relance dynamique. Oeuvrer à maximiser le plein potentiel des travaux sylvicoles demeure prioritaire et les représentations nécessaires se poursuivent à cet effet. Le résultat de ces travaux se traduira par la mise en œuvre de mesures qui feront l’objet d’annonces prochainement. »

Plus d’argent pour la sylviculture

Comme plusieurs secteurs de l’économie, la pandémie de COVID-19 est venue chambouler le secteur de la sylviculture à un bien mauvais moment.

Pourtant, l’année s’annonçait plutôt bien avec la mise sur pied de deux nouveaux programmes, financés par le Fonds Leadership du gouvernement fédéral et le Plan d’action sur les changements climatiques, qui viennent ajouter un budget de 12 millions de dollars de travaux sylvicoles à réaliser en 2020, explique Sylvain Lessard. Ces sommes, investies dans le cadre de la lutte aux changements climatiques, aideront à compenser une partie du manque à gagner si les appels d’offres ne peuvent pas reprendre à temps cette année.

De plus, pour une première fois depuis plusieurs années, la planification avait pris un peu d’avance dans plusieurs régions, assure ce dernier.

« J’espère que le ministre Dufour aura assez de poids pour convaincre le Conseil du Trésor de lui octroyer des budgets pour qu’on puisse avoir l’année la plus normale possible », conclut le directeur général de la FQCF.