Le père Clément Charbonneau espère que la crise de la COVID-19 puisse nous faire grandir en tant que société.
Le père Clément Charbonneau espère que la crise de la COVID-19 puisse nous faire grandir en tant que société.

COVID-19 chez les moines: quand le pire fait ressortir le meilleur

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Les moments difficiles que l’on traverse en ce moment peuvent faire ressortir ce qu’il y a de meilleur au fond de chacun de nous, dont la solidarité, estime le père Clément Charbonneau, le supérieur de la communauté de moines trappistes de Mistassini, au Lac-Saint-Jean.

À quelques jours de Pâques, le père Clément, qui dirige la communauté, estime que les Jours saints sont une belle illustration de la crise que l’on vit en ce moment. Après la détresse, la crucifixion et la mort, il y a eu la résurrection. « En fin de compte, la vie est là », souligne le moine.

« La vie arrive toujours à faire son chemin, même à travers les moments les plus sombres, poursuit-il. Il suffit d’une petite craque dans l’asphalte pour qu’une graine puisse y germer. »

La crise de la COVID-19 laissera des marques durables sur la société, estime le père Clément. « La crise devrait nous permettre d’aller plus loin, de découvrir de nouvelles choses et de nous faire grandir. Sinon, on n’aura rien appris », dit-il.

Le père Clément Charbonneau espère que la crise de la COVID-19 puisse nous faire grandir en tant que société.

« Une telle épreuve peut être une occasion pour faire des changements positifs sur notre vie. Par exemple, ça peut permettre de reconnecter avec les membres de sa famille, de miser davantage sur l’entraide avec ses voisins. On a vu de beaux gestes de solidarité, où des voisins qui ne se connaissaient même pas ont commencé à s’entraider », dit-il, en ajoutant que les moments les plus difficiles peuvent faire ressortir ce qu’il y a de meilleur au fond de chacun de nous.

Le confinement pousse aussi à la réflexion. Ça permet de prendre du temps avec ses proches, de revoir ses priorités et de retrouver des valeurs que l’on a trop longtemps laissées de côté ou que l’on a oubliées. « Quand on est pris dans le tourbillon de la vie, on oublie parfois les choses fondamentales, estime le père Clément. La lenteur permet de retrouver une forme de quiétude. La crise va peut-être réapprendre aux gens qu’on peut vivre autrement qu’en étant toujours à la course. »

Il faut donc repenser notre mode de vie, et revoir nos occupations et nos loisirs, pour trouver une autre façon d’être comblé et de croître d’un point de vue personnel.

Tirer du positif

Changer complètement son quotidien en étant confiné à la maison est toutefois une période difficile pour plusieurs personnes, car il faut faire un deuil momentané sur une foule d’activité. « On doit être en mesure de tirer quelque chose de positif de cette période de confinement. Tout le monde peut, mais il faut commencer par avoir une attitude positive. Celui qui passe son temps à bougonner n’en tirera rien. »

Cette période de confinement permet aussi de développer une dimension spirituelle, même chez les non-croyants, estime le père Clément. « Quelque part, tout être humain a une dimension spirituelle, peu importe comment ça s’exprime, dit-il. Le calme et la réflexion peuvent être l’occasion de faire une introspection pour se reconnecter ».

Le confinement est aussi un bon prétexte pour réapprendre à apprivoiser l’ennui et mener une vie plus contemplative.

Le père Clément est aussi conscient que la situation amène beaucoup de stress pour plusieurs personnes, surtout d’un point de vue financier. « Nos prières sont avec tous les gens en difficulté, et surtout avec les personnes seules », dit-il.

Plus forts ensembles

Le père Clément a décidé à l’âge 37 ans de faire une conversion de vie complète, lorsqu’il est devenu moine. « Cette vie-là m’attirait », dit-il, en précisant que la vie monastique se fait en marge de la société, mais tout de même en communauté. « Quand je suis arrivé à Oka, on était 75 moines », ajoute l’homme qui est par la suite devenu le dirigeant de la communauté de Mistassini.

Retirés du monde, les moines vivent donc une vie solitaire, dans le silence et la méditation, mais aussi communautaire. « La communauté nous pousse à aller de l’avant », remarque le père Clément. « Par exemple, je ne me lèverais peut-être pas tous les matins avant 4h pour prier si j’étais seul », illustre-t-il.

Confinés, mais ensemble, les moines sont ainsi plus forts, à l’image de la société québécoise en ce moment, estime le moine trappiste.

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LE MONASTÈRE S'ADAPTE

Bien que les moines soient habitués à vivre isolés du reste de la société, la communauté a tout de même dû modifier certaines pratiques pour éviter la propagation de la COVID-19. Par exemple, l’hôtellerie du monastère et l’église ont été fermées pour une période indéterminée. Des mesures de distanciation sociale sont aussi en place. De plus, les contacts avec l’extérieur ont été minimisés pour éviter la contamination des neuf moines qui habitent sur les lieux et qui ont une moyenne d’âge de 74 ans. Ainsi, la cuisinière ne vient plus au monastère et deux frères ont été désignés pour préparer la cuisine. Seul un employé vient encore pour faire l’entretien ménager et pour désinfecter. Les sorties sont évitées à tout prix et la nourriture est commandée en ligne. 

De plus, l’horaire des offices (moments de prières en groupe) a été modifié pour permettre aux moines trappistes de suivre la conférence de presse du gouvernement diffusée à 13h tous les jours et pour écouter le téléjournal de 18h en cette période exceptionnelle. « Plusieurs frères n’utilisent pas ou très peu Internet et c’est important d’offrir la possibilité de s’informer », soutient le père Clément.