Cours accéléré de préposé: forcées à travailler à plus d'une heure de la maison

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Des préposées aux bénéficiaires du programme accéléré pour travailler en CHSLD se sentent flouées, après avoir obtenu un travail ou un stage dans une municipalité très éloignée de leur domicile. Deux personnes, rencontrées par Le Quotidien, ont d’ailleurs démissionné du programme pour cette raison, au cours des derniers jours, et s’attendent maintenant à recevoir un avis de remboursement de plusieurs milliers de dollars.

C’est le cas d’Élodie (nom fictif), qui a été sommée de travailler à 90 kilomètres de son domicile, dans une localité du Lac-Saint-Jean, alors qu’elle n’a jamais choisi cette option. « Avant de débuter la formation, on nous demande trois choix d’arrondissements ou de municipalités où aller travailler. J’ai mis trois choix, mais on m’a envoyé ailleurs. Je me suis dit que j’allais commencer, car on nous dit souvent que des opportunités vont se présenter et d’être patient. Mais après trois jours, je ne pouvais plus continuer. Sur deux de mes trois premières journées de travail, j’ai dormi sur le bord de la route. C’est un travail assez prenant physiquement, donc quand je suis obligée de faire 1h15 pour aller et 1h15 pour revenir, ça devient lourd », raconte Élodie, qui préfère garder l’anonymat.

Cette dernière a demandé aux autorités de la replacer ailleurs sur le territoire, mais ça lui a été refusé.

Même scénario pour Stéphanie (nom fictif), qui a décidé d’abandonner lorsqu’on lui a annoncé que son stage serait à Roberval, à 65 km de chez elle. 

« Avant l’entrée, on m’a demandé par ordre de priorité les trois secteurs où je voulais travailler, j’ai dit Alma, Jonquière, Chicoutimi. Et à la fin de mon entrevue, on m’a demandé, si j’avais à choisir entre Roberval ou Dolbeau, ce serait quoi, et j’ai dit Roberval, mais je ne veux ni un ni l’autre, pour des raisons évidentes. Le dimanche, la veille du début des cours, on m’appelle pour me confirmer que je suis prise et que ma formation est à Roberval. J’ai dit ben non, et on me précise que cela ne veut pas dire que mon stage aura lieu là. Mais en juillet, on m’informe que mon stage sera bel et bien à Roberval », déplore Stéphanie. 

Cette dernière n’a toutefois pas abandonné la formation. Elle l’a complétée et elle s’est même inscrite à la formation complète de préposé aux bénéficiaires, qu’elle poursuit à l’heure actuelle. Elle n’a cependant pas respecté son engagement de travailler un an en CHSLD à la fin de la formation accélérée et sera donc obligée de rembourser des milliers de dollars obtenus en bourse. 

« On se sent en quelque sorte floué. On nous a même dit au départ qu’on ne devrait pas travailler à plus de 50 km de notre domicile, car c’est dans la convention collective. Mais finalement, ça ne tient plus. Moi, j’ai adoré la formation et c’est le métier que je veux faire. C’est pour ça que je me suis inscrite immédiatement au cours régulier, pour avoir la formation complète. Car après la formation accélérée, on a deux ans pour terminer des cours et avoir nos “cartes” », précise Stéphanie. 

Ces deux femmes s’attendent à recevoir un avis de remboursement de la formation d’ici quelque temps. Elles pouvaient recevoir jusqu’à 9200$ pour la formation. 

Au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on prétend au contraire que les préposés qui ont été envoyés plus loin que leur domicile avaient été avisés dès le départ de cette possibilité. Ce que nient les deux préposées rencontrées par Le Quotidien. Quant à la règle du 50 km, qui fait partie de la convention collective, ça ne semble pas s’appliquer dans les cas de nouveaux préposés. Selon les informations fournies par le département des communications du CIUSSS, le 50 km serait calculé à partir du lieu de travail attribué, donc à partir de Roberval dans le cas de Stéphanie.

« La majorité des finissants ont obtenu un emploi en fonction de leur préférence. Chaque étudiant, à l’étape de la sélection, a été informé de cette possibilité et nous nous sommes assurés de valider leur intérêt. Pour nous, il est clair que des opportunités s’offriront à ces personnes à mesure qu’elles progresseront dans l’organisation et qu’elles auront l’occasion d’appliquer sur des postes qui leur permettront éventuellement de travailler dans la ville de leur choix », répond Joëlle Savard, porte-parole du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Cette dernière admet toutefois que moins de candidats étaient intéressés à travailler au Lac-Saint-Jean.

« Comme les inscriptions ont été plus nombreuses à Saguenay, il n’était pas possible, en fonction de nos besoins sur le terrain, d’assurer un emploi dans le secteur de résidence de tous les candidats. Certains centres d’hébergement se seraient retrouvés dans une situation de main-d’oeuvre extrêmement difficile. C’est notre responsabilité d’assurer une répartition équitable des ressources sur l’ensemble du territoire pour assurer des soins et des services de qualité auprès de notre population. »

Au total, près de 25 personnes au Saguenay-Lac-Saint-Jean ont échoué ou abandonné leur cours pendant la formation. Ils s’exposent tous à un remboursement des sommes versées par le gouvernement. Ceux qui ont échoué, malgré des efforts importants, ne devraient pas recevoir un avis de remboursement.

Au départ, près de 231 personnes se sont inscrites à cette formation, mais 13 candidats se sont désistés dès le début. Ces derniers n’ont pas reçu d’argent, donc il n’y a pas de remboursements à effectuer. 

Sur les quelque 193 diplômés, 84 intégreront les CHSLD du Lac-Saint-Jean. À Saguenay, près de 113 personnes viennent prêter main-forte aux différents établissements.