Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, se retrouve sur la première page du plus récent numéro du magazine Al13, lancé mercredi.

Coupes à l'UQAC: le scientifique en chef confiant

Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a bon espoir que le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, va régler rapidement la situation qui a vu l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) subir une coupe de budget de 4,2 M $ de la part de Québec.

Il a fait cette déclaration au Quotidien alors qu’il était de passage à Chicoutimi, mercredi soir dernier, pour assister au lancement du 49e numéro de la revue Al13, dont il fait d’ailleurs la page frontispice.

« Je pense que c’est presque fait. C’est un gouvernement qui est très pragmatique. Je pense que M. Roberge va être très ouvert. Ils ont changé la formule de financement des universités, et je pense qu’il y a du bon dans les changements qui ont été apportés avec la nouvelle formule qui vient de l’ancien gouvernement. Quand on fait ce genre de choses-là, c’est difficile d’appliquer sur tout le territoire les mêmes conditions, et là on l’a vu ici, il arrive que, ouf ! ça affecte une université plus qu’une autre et qu’il faut rectifier le tir. Je pense que M. Roberge, avec son équipe, va être assez ouvert, parce que, ça peut paraître un peu stupide de dire ça, mais 4 M $ pour le gouvernement du Québec ce n’est pas énorme, mais pour l’université ici c’est énorme », a-t-il mentionné, soulignant le travail de sensibilisation fait par la rectrice Nicole Bouchard.

Son opinion a une bonne valeur, car il occupe un poste crucial dans l’organigramme du gouvernement. « Le rôle principal, c’est aviseur au gouvernement du Québec sur tout ce qui est recherche et innovation. Et moi, je relève du ministre qui est en charge de la recherche, de la science et de l’innovation, Pierre Fitzgibbon. C’est mon patron principal, mais comme la science et la recherche c’est assez transversal, c’est partout dans la société, donc j’ai des interactions avec la majorité des ministères et le bureau du premier ministre assez régulièrement. C’est des avis sur à peu près tout ce qui est stratégie de recherche, d’innovation pour le Québec, que ce soit dans le domaine minier, dans l’environnement, les changements climatiques ou la santé bien sûr, l’éducation », a-t-il d’abord indiqué.

Cependant, il joue un autre rôle crucial, soit dans l’attribution des fonds de recherche au Québec. « Là où je contrôle le budget, c’est que je suis PDG des trois fonds de recherche du Québec. Il y en a dans le domaine de la santé (FRQS), un dans le domaine des sciences et du génie, qu’on appelle Nature et technologie (FRQNT) et un dans le domaine des sciences sociales, sciences humaines, qu’on appelle Société et culture (FRQSC). Présentement, le budget annuel des trois ensemble est d’à peu près 250 millions $ », a poursuivi celui qui en est à la deuxième année d’un second mandat de cinq ans. Son mandat a d’ailleurs cette durée pour le soustraire aux enjeux plus immédiats d’un gouvernement qui est en place pour quatre ans.

Rémi Quirion travaille également à la mise en place des stratégies de recherche. Encore sur ce point, il avait des bons mots pour le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec. « Avec le gouvernement précédent, on a mis en place la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI). Là, on est au début de l’an 2. La première chose que le gouvernement caquiste a dit, c’est de dire que “ç’a été bien fait, il n’y a pas de raison de recommencer ça, mais on va essayer d’aller plus loin” », a-t-il raconté.

LE DANGER DE TRUMP

Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, est très inquiet des impacts que peut avoir l’habitude qu’a Donald Trump de dénigrer la science, comme lorsqu’il a dit ne pas croire un rapport du gouvernement sur le réchauffement climatique la semaine dernière. 

« C’est quand même dangereux, comme c’est quelqu’un avec un poste extrêmement important. Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais il y a des dangers aussi avec monsieur Ford en Ontario. Quand quelqu’un dit “moi je n’y crois pas” (NDLR : aux avis scientifiques) et qu’on répand des fausses nouvelles, donc là il y a un travail à faire pour les chercheurs, que ce soit au niveau collégial ou universitaire. Je pense qu’il faut être plus sur la place publique, mais pas tous les chercheurs, ils ne sont pas tous bons communicateurs. Mais pour ceux qui veulent le faire, il faut leur donner plus de ressources et mieux le reconnaître dans une carrière académique et que ce ne soit pas basé uniquement sur les publications », s’est-il exprimé. 

M. Quirion vise aussi certains scientifiques qui pensent que certains de leurs collègues devraient passer moins de temps à parler aux citoyens, par le biais des médias par exemple, plutôt que d’être plus souvent dans les laboratoires. 

Cependant, M. Quirion croit que la place faite aux sciences, et la valeur qui leur est accordée, est assez bonne au Québec. Il aimerait cependant que les médias s’attardent moins à ce qu’il qualifie « du résultat du jour », mais plus à la méthode scientifique. « Moi, quand j’étais à McGill, je travaillais du côté des maladies mentales, de l’Alzheimer. J’ai guéri l’Alzheimer à plusieurs reprises, d’après les communiqués de McGill, car ils voulaient avoir des donateurs avec ça et faire une première page, mais ce n’était pas vrai, je ne la guérissais pas. Donc là, ça ne nous aide pas dans ce temps-là, parce que le public dit “pas encore, une histoire qui n’est pas vraie, vraie, vraie” », a-t-il conclu.

IMPRESSIONNÉ PAR LE RÉSEAU DE L'UQ

Issu de l’Université McGill où il était un chercheur en santé, Rémi Quirion est impressionné de voir la force des universités du réseau de l’Université du Québec. 

« J’ai été presque 30 ans à McGill et je connaissais mal le réseau universitaire québécois. Avec le réseau de l’UQ, quand on va en région c’est incroyable, de voir implantées des universités de bon niveau presque partout sur le territoire québécois. De plus, les universités ne se sont pas contentées de reproduire ce qui se fait à Montréal, elles ont pris la couleur de la région, comme ici avec l’aluminium. De plus, ici les acteurs se connaissent mieux. Par exemple, c’est plus facile de discuter avec la mairesse », a-t-il donné comme exemple. 

Plus tard, il a expliqué que cet enracinement plus profond facilite la tâche de la rectrice de l’UQAC lorsque vient le temps de convaincre la population d’être derrière l’université quand survient un épisode comme la coupe de 4,2 M$