Formateur chez Cordex, Patrice Tremblay explique que, selon les endroits où le travail s’effectue, des combinaisons différentes et parfois lourdes doivent être portées.
Formateur chez Cordex, Patrice Tremblay explique que, selon les endroits où le travail s’effectue, des combinaisons différentes et parfois lourdes doivent être portées.

Cordiste, un métier méconnu

Mariane Guay
Le Quotidien
Après avoir été au coeur des flammes, la semaine dernière, à Sainte-Rose-du-Nord, les cordistes de Cordex, une entreprise saguenéenne, ont maintenant la tâche de veiller à la maintenance du grand tracel (pont à chevalets) du Parc des sentiers de la nature du Zoo sauvage de Saint-Félicien.

Depuis lundi, leur travail consiste à entretenir les tréteaux du pont, soit les supports en trapèze sous le tracel. « On vient de changer des blocs de bois pour que la structure soit très stable et que le lien entre les tréteaux et le tablier du pont soit bien fait. On met du bois traité. On fait le traitement sur les morceaux qu’on coupe et on les installe pour que ce soit solide et durable dans le temps », explique Louis-Philippe Rivest, cordiste chez Cordex.

Les deux cordistes sur le chantier du Zoo sauvage, M. Rivest et son collègue Patrice Tremblay, considèrent que les travaux sur corde sont une bonne alternative aux grands échaudages. « On se sert de l’équipement présent, de la structure. Nous faisons notre travail et on répare ce qui doit l’être. Puis, on ramasse nos affaires et on est repartis », observe M. Tremblay.

M. Rivest ajoute qu’il s’agit d’une solution peu coûteuse et pratique. « Ici, par exemple, si nous n’étions pas intervenus, il aurait fallu prendre une nacelle, mais il n’y aurait pas eu vraiment d’endroit sécuritaire. On pense à échafauder, mais cela coûte très cher et peut prendre des semaines, alors que nous sommes ici pour une semaine. »

Parois rocheuses

Dans le cas des feux de forêt, les cordistes arrivent sur les lieux avec beaucoup d’équipement et posent des encrages temporaires pour exécuter leur travail sur la paroi rocheuse. Ils creusent et installent leurs encrages et leurs cordes au-dessus de la paroi pour pouvoir descendre. Louis-Philippe Rivest mentionne qu’il est également possible d’utiliser des arbres d’un diamètre d’au moins 14 pouces afin d’attacher les deux cordes qui les soutiennent, ajoutant qu’ils travaillent toujours en équipe de deux.

L’aide des cordistes, également appelés « hommes-araignées », sera nécessaire lorsqu’il y a un risque pour les pompiers de chuter ou que l’intervention doit se faire directement sur la paroi rocheuse. Les hommes-araignées peuvent former les pompiers sur les lieux afin de les conduire à l’incendie, mais lorsque le feu est dans un endroit très difficile d’accès, les cordistes ont les compétences et les formations pour éteindre le feu.

Profession émergente

M. Tremblay est un fier représentant de ce métier, qu’il pratique depuis de nombreuses années. « C’est un travail de précurseur. Peu de gens connaissent les cordistes, malheureusement. Moi, ça fait 15 ans que je fais ce travail et je vois l’évolution faite pour démontrer que c’est sécuritaire, rapide et que ça n’a pas une grande incidence sur le travail autour. »

Depuis lundi, le travail des deux employés de Cordex consiste à entretenir les tréteaux du pont, soit les supports en trapèze qui soutiennent le tracel.

Ce métier émergent au Québec exige une grande forme physique, étant donné que les cordistes peuvent être déployés dans toutes sortes de situations. « Faut aussi être en mesure de faire des sauvetages, ce qui est très demandant. Nous devons supporter la victime », a expliqué M. Rivest.

Également formateur chez Cordex, M. Tremblay ajoute que selon les endroits, des combinaisons différentes et parfois lourdes doivent être portées. « Quand nous allons dans les usines, ils savent déjà quels agents peuvent être dangereux, s’il y a un risque de contamination avec un produit et quel habit de protection est nécessaire. »

Lors d’un feu comme celui survenu récemment à Sainte-Rose-du-Nord, les cordistes portent un habit ignifuge. Pour leur travail de maintenance au Zoo sauvage de Saint-Félicien, alors que la température et le soleil sont favorables, ils peuvent se permettre de porter un simple chandail.

Formation

La formation initiale des cordistes s’appuie sur quatre jours. Une cinquième journée d’évaluation s’ajoute au compte. Selon leurs qualifications et leur nombre d’heures effectuées, les cordistes ont trois niveaux de classement. Après 500 heures, il est possible de passer au 2e niveau. Le travailleur sur corde peut alors exécuter des sauvetages et des déplacements plus complexes. Le cordiste de 3e niveau sera en mesure de présenter des plans de déplacement sur corde. Tous les trois ans, leurs compétences sont vérifiées à nouveau, peu importe le niveau du cordiste.

« Même si c’est moi qui donne la formation, chaque trois ans, je me refais former. Je n’ai pas de passe-droit, et c’est bien comme ça, car on a toujours de nouveaux défis et il y a de nouvelles techniques qui s’ajoutent. On a pas le choix de s’ajuster », a conclu M. Tremblay.