Maintenant, pour voir sa conjointe, Ghislain Langevin doit aller à la fenêtre de sa chambre du CHSLD de la Colline.
Maintenant, pour voir sa conjointe, Ghislain Langevin doit aller à la fenêtre de sa chambre du CHSLD de la Colline.

Contraint de fréquenter sa conjointe par la fenêtre du CHSLD

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
Ghislain Langevin partage sa vie avec sa conjointe Denise Cubaynes depuis 58 ans, mais pour la première fois, il ne peut pas la visiter quand bon lui semble. Atteinte de la maladie de Parkinson, elle habite au CHSLD de la Colline de Chicoutimi-Nord depuis maintenant deux ans et demi. Et comme dans tous les établissements du genre au Québec, les visites sont interdites en raison de la COVID-19.

Auparavant, M. Langevin passait voir sa conjointe tous les jours de la semaine, et ce, pendant plusieurs heures. Maintenant, pour la voir, il doit aller à la fenêtre de sa chambre. Ils se donnent rendez-vous lorsqu’elle est disposée à le faire parce qu’« avec le Parkinson, ce n’est jamais pareil ». Les préposées l’installent près de la fenêtre et les laissent tous les deux. La vitre étant teintée, il doit s’approcher le plus possible pour réussir à la voir.

« Tu veux voir ton épouse, lui faire du bien, mais en même temps, tu as un sentiment partagé. Tu as la joie de la voir, mais ça te fait de la peine de voir sa tristesse », explique M. Langevin.

Dans toute cette histoire, le couple a quand même de la chance, si on peut appeler ça ainsi. Le CHSLD de la Colline est l’un des foyers d’éclosion de la COVID-19 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais pour le moment, il n’y a pas de cas dans l’unité de Mme Cubaynes et cette dernière n’a ressenti aucun symptôme lié au virus. Et comme M. Langevin ne peut plus la visiter, la direction du CHSLD fait un suivi chaque jour sur son état de santé. Par exemple, il y a quelques jours, elle a chuté dans sa chambre et M. Langevin a été avisé.

« Ils vont m’appeler tous les jours pour me donner des nouvelles, pour me rassurer, parce que je ne peux pas constater comment elle va moi-même. »

Il y a aussi des préposées, le soir, qui leur offrent un petit privilège en leur permettant de se parler et de se voir par FaceTime ou, tout simplement, de discuter au téléphone.

« Nous y allons un jour à la fois. Je pense qu’elle a accepté, qu’elle s’est abandonnée à la situation. Elle comprend qu’elle ne peut pas me voir régulièrement. Elle est très courageuse et raisonnable. Quand j’ai un sourire d’elle, ça me réconforte. Vous savez, Denise a toute sa tête. C’est peut-être ça le côté le plus difficile de la maladie. Si elle était atteinte d’Alzheimer, elle ne se rendrait pas compte que je ne peux pas aller la voir. »

Est-ce que cette situation inquiète M. Langevin ?

« J’ai l’habitude des inquiétudes, dit-il, car ça fait 30 ans qu’elle est malade. Et l’inquiétude, présentement, elle court les rues. Il y en a qui sont plus mal pris qu’on peut l’être », dit-il avec philosophie.

L’homme, chez qui on sent une grande résilience, s’en remet beaucoup à la foi. Il a eu le malheur de perdre son garçon du cancer il y a 10 ans, alors qu’il n’avait que 33 ans, et lui-même a dû combattre un cancer de la prostate.

« J’ai eu la chance d’avoir du courage et j’espère pouvoir vivre ça de façon aussi sereine. J’ai toujours eu une relation spirituelle ; la foi, ça ne se trouve pas, ça s’éprouve. Et quand les moments sont plus difficiles, la foi est efficace. Denise et moi étions sur la même longueur d’onde dans notre foi. Ça nous a permis de nous rendre là où nous sommes aujourd’hui. »

Des préposées formidables

Malgré les nombreux cas de COVID-19, Ghislain Langevin assure ne pas avoir perdu confiance envers le CHSLD de la Colline et encore moins envers les préposées qui y travaillent. Selon lui, elles sont formidables et tout ce qu’elles font est exceptionnel.

« C’est de l’admiration que j’ai envers elles. Je leur lève mon chapeau. Ma femme a développé une belle relation avec elles et j’ai appris à les connaître. J’ai un gros merci à leur donner. Ça prend de l’amour pour faire ce qu’elles font », souligne en terminant M. Langevin.