La crise sanitaire et économique de la COVID-19 a un impact majeur sur les finances du diocèse de Chicoutimi et sur les fabriques du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
La crise sanitaire et économique de la COVID-19 a un impact majeur sur les finances du diocèse de Chicoutimi et sur les fabriques du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Conséquences de la pandémie au Diocèse de Chicoutimi: un impact financier majeur

Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
La crise sanitaire a un impact majeur sur les finances du diocèse de Chicoutimi. Des fermetures d’églises et la fusion de fabriques pourraient être précipitées dans la prochaine année, alors que plusieurs paroisses devront puiser dans leurs réserves pour traverser la pandémie.

Pendant la période d’arrêt des services religieux dans les églises, fermées de la mi-mars au 22 juin, les fabriques ont perdu trois mois de revenus tirés de la quête. À la perte des dons récoltés lors des célébrations catholiques s’ajoute le report, à l’automne, de la période de capitation. Cette contribution volontaire annuelle est habituellement demandée en mai aux paroissiens.

Ces deux entrées d’argent représentent la principale source de financement des fabriques. Elles totalisent 60% de leurs revenus, précise Richard Perron, économe du diocèse de Chicoutimi.

Les pertes de revenus connues par les 65 fabriques du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont à leur tour un impact direct sur les finances du diocèse, qui perçoit un tribut diocésain auprès des paroisses. Cette somme, qui doit être versée de façon périodique au diocèse par les fabriques, représente 60% des revenus du diocèse de Chicoutimi.

«C’est sûr que si on se prive de 60% de nos revenus, il faut nécessairement aller puiser dans nos réserves, dans nos liquidités autres. C’est sûr que ç’a un impact majeur», explique M. Perron. La situation, qualifiée de «précaire», inquiète le responsable des finances du diocèse.

La quête et la capitation représentent 60% des revenus des fabriques.

60% des fabriques prévoyaient déjà un déficit

Les versements du tribut diocésain des fabriques ont été suspendus au printemps, mais devront s’ajouter aux versements prévus dans les prochains mois. «On va être assez accommodants, parce qu’on est conscients que la pandémie a un impact majeur sur les finances des fabriques», précise Richard Perron.

Lors des prévisions budgétaires 2020 déposées à l’automne 2019, 60% des fabriques du diocèse prévoyaient déjà faire un déficit. «C’est énorme», souligne l’économe, qui s’attend à voir cette proportion augmenter en raison des impacts de la pandémie de COVID-19.

Les revenus tirés de paiements préautorisés, qui permettent aux fidèles de faire un don périodique à leur paroisse, ont cependant permis d’assurer une certaine stabilité pendant la crise. Cette façon de faire, qui existait déjà avant la pandémie, permet aux paroissiens de soutenir financièrement leur paroisse, même si leur présence aux célébrations varie.

L’économe souligne d’ailleurs la générosité des croyants, dont certains ont tenu à faire un don supplémentaire pendant la crise.

Des choix difficiles

La crise porte un autre coup dur aux finances des fabriques et du diocèse, qui s’ajoute à la baisse de la fréquentation des églises et du nombre de catholiques pratiquants.

Richard Perron s’attend à ce que les fabriques doivent précipiter des décisions difficiles, dans la prochaine année, afin de ne pas épuiser leurs liquidités. «Les assemblées de fabrique auront à prendre des décisions sur leurs temples, sur leurs églises, pour savoir si elles les conservent, si elles les maintiennent, et à quel coût. Ça ne fait qu’amplifier la prise de décision à ce niveau-là.»

Pour le diocèse et les fabriques, puiser dans les liquidités pour faire face à la crise représentera aussi une perte de revenus à plus long terme, en diminuant, par exemple, la valeur de placements et les revenus d’intérêts.

La vente d’églises pourrait être une solution permettant d’obtenir rapidement des liquidités. Des paroisses aux prises avec des difficultés financières trop importantes pourraient également devoir s’annexer à d’autres.

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UN DÉFICIT STRUCTUREL DE LONGUE DATE

Le diocèse de Chicoutimi est aux prises avec un déficit structurel depuis une dizaine d’années. Une situation qui n’est cependant pas unique à la région, alors que la majorité des diocèses du Québec connaissent des difficultés financières.

Des 21 diocèses que compte l’Église catholique au Québec, 18 font face à un déficit structurel, précise Richard Perron, économe au diocèse de Chicoutimi.

Si de faibles surplus ont parfois pu être dégagés dans le diocèse qui couvre le territoire saguenéen et jeannois, la majorité des années financières depuis une dizaine d’années se sont soldées avec un déficit.

Richard Perron assure toutefois que les finances du diocèse ne sont pas menacées dans les prochaines années, dans la situation actuelle.

Recours collectif

Le diocèse de Chicoutimi fait face à un recours collectif de 14 M $ intenté par les victimes de l’abbé pédophile Paul-André Harvey. Ce dernier a été condamné en 2015 à six ans de pénitencier pour avoir fait 39 victimes. Il est mort en prison en mai 2018.

Les victimes demeurent en attente de procès, alors que le diocèse de Chicoutimi, qui souhaitait obtenir une entente à l’amiable avec les victimes, est en litige avec sa compagnie d’assurance dans ce dossier depuis plusieurs années.