Émilie Gaudreault et Jacquelin Drapeau, deux producteurs de bleuets, sont actionnaires de l’usine.

Congèlerie Héritier: grâce à la gourgane

Le regroupement de producteurs qui ont investi dans la Congèlerie Héritier a commencé à germer il y a plus de trois ans, lorsque Jacquelin Drapeau, un producteur laitier de Normandin, cherchait de nouveaux débouchés… pour la gourgane.

« La bougie d’allumage, c’est la gourgane, lance-t-il, d’emblée. Quand l’usine de Saint-Bruno a arrêté de congeler la gourgane, on a essayé de faire congeler notre production avec La Manne Bleue, une coopérative qui opère une usine de congélation avec Bleuets Fortin, mais ça n’a pas marché, parce qu’ils préféraient se concentrer sur le bleuet ».

Le producteur agricole, qui se considère avant tout comme un homme d’affaires, a tenté de trouver une solution avec les autres producteurs de gourganes du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Au même moment, l’homme, qui possède 55 acres de bleuetières, a également été interpellé par plusieurs producteurs de bleuets pour développer de nouveaux débouchés.

Il y a un peu plus de trois ans, Jacquelin Drapeau a rassemblé tous les intervenants intéressés à se prendre en main à participer à une assemblée de cuisine pour définir un projet concret. « On ne voulait pas juste faire de la gourgane, alors on a exploré les options pour construire une usine polyvalente », dit-il.

En creusant avec les équipementiers, ils ont découvert qu’un seul tunnel de congélation suffit s’ils modifiaient les entrées pour permettre à la gourgane d’être blanchie avant d’être congelée. En près de deux heures, l’usine peut changer d’approvisionnement de la gourgane au bleuet.

Au fil du temps, le groupe a grossi, même si certains producteurs se sont retirés, et c’est finalement le 19 juillet 2016 que l’entreprise a été officiellement créée. Par la suite, il aura fallu attendre trois années pour monter le projet d’usine et pour boucler le financement.

Cette année, Jacquelin Drapeau et Éloi Truchon, de la Ferme Éloïse, deux actionnaires de l’usine, comptent produire 500 000 livres de gourganes. Des discussions sont en cours pour vendre la production à un distributeur, ce qui permettrait de rendre la gourgane disponible à l’année sur le marché régional. « J’ai toujours dit qu’il faut transformer, mais c’est la faiblesse de la région, parce qu’on a les ressources, mais on ne les exploite pas à leur juste valeur », conclut Jacquelin Drapeau, fier de voir le projet de congélation se concrétiser.

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UNE TECHNOLOGIE HOLLANDAISE 

C’est grâce au fournisseur de la technologie de congélation utilisée dans l’usine que les promoteurs de la Congèlerie Héritier entendent réussir à percer les marchés internationaux.

« Construire une usine, c’est la partie facile, mais quand on a commencé à faire la mise en marché du bleuet, on se butait le nez partout, parce que les gens avaient développé des partenariats d’affaires avec les joueurs qui existent depuis 30 ans », explique Jacquelin Drapeau, un des actionnaires de l’usine de bleuets.

Mais tout a débouché lorsque quatre actionnaires du groupe sont allés visiter les équipementiers DTS et Key Technology aux Pays-Bas. « On est revenus tout enchantés, parce que le responsable des équipements nous a informés que des clients étaient à la recherche de bleuets produits avec ce genre de technologie », remarque ce dernier. 

Ce représentant, c’est Jean-François Sylvain, de Chisholm Machinery, qui distribue les équipements hollandais en Amérique du Nord. « Cette technologie-là, c’est un game changer, surtout pour les marchés japonais et asiatique, dit-il. Plusieurs clients seront attirés par l’idée d’avoir la chance d’acheter des bleuets provenant d’une nouvelle usine complètement modernisée. »

C’est en faisant cette première percée à l’international que les promoteurs ont fait une découverte. « On s’est aperçu qu’il y avait des parties du monde incapables d’avoir des bleuets du Lac-Saint-Jean, parce qu’il existe des ententes d’exclusivité dans plein de pays, et même au Québec et au Canada, remarque Carl Boudreault. Ça nous sécurise qu’il n’y aura pas de guerre de prix, parce qu’on va vendre à des clients différents. »

L’usine sera munie d’un tunnel de congélation fonctionnant à base de CO2 à la fine pointe de la technologie. Plus compact, ce système permet de bonnes économies d’eau et d’énergie, mentionne Jean-François Sylvain. De plus, l’automatisation a été maximisée pour limiter le besoin de main-d’oeuvre, tout en éliminant l’erreur humaine. Une douzaine de personnes seront embauchées pour travailler à l’année, et 24 personnes seront requises au total pendant la saison forte.