France Gagné n’a pratiquement jamais posé de questions sur les documents présentés aux commissaires et n’a jamais fait part de reproches à Chantale Cyr.

Congédiement de Chantale Cyr: les motifs ne tiennent pas

Les motifs invoqués pour résilier le contrat de travail de Chantale Cyr au poste de directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS) lui sont difficilement imputables ou reprochables selon son avocat.

La vice-présidente du conseil des commissaires, France Gagné, a revu les motifs invoqués qui ont mené au congédiement de Chantale Cyr en mars 2018, jeudi, lors du procès pour harcèlement psychologique et congédiement illégal devant le Tribunal administratif du travail du Québec (TATQ).

« Je me souviens qu’on lui reprochait les coûts du projet du Millénaire, de la lettre d’insatisfaction des cadres et des clans qui existaient parmi les gestionnaires. Il y a aussi eu le nombre de réaffectations des directions d’école et les coûts qui y étaient reliés », s’est remémorée Mme Gagné.

Elle a aussi parlé des frais juridiques occasionnés par la gestion de Chantale Cyr, qui se seraient élevés à 625 000 $ en 2016-2017 – et non un million $ comme mentionné par Liz Gagné – et du fait de ne pas avoir remis le document jury-comptable aux commissaires.

Contre-interrogée par Me Éric Lebel (avocat de Chantale Cyr), France Gagné a été confrontée à une autre réalité des faits.

Me Lebel lui a demandé si elle ou les commissaires avaient posé des questions sur les dépenses du Millénaire ou les autres dossiers à la directrice générale.

Chantale Cyr, ex-directrice générale de la CSRS, écoute attentivement ce qui se dit à son procès.

« J’ai demandé à Martin Deschênes le coût du Millénaire, mais je n’ai pas eu de réponses. Mais je n’ai jamais posé la question à Mme Cyr. On nous a dit que le coût final avait été de 1,3 million $, mais il n’y a eu aucune question », a dit France Gagné.

Me Lebel a plutôt fait valoir que le coût avait été de 395 000 $ pour le Millénaire et 474 000 $ pour la remise à niveau de l’école Georges-Vanier de La Baie.

Sur la lettre des cadres, Mme Gagné n’a pas posé de questions aux personnes concernées afin de comprendre. Au sujet des clans, la commissaire a mentionné avoir entendu dire que des gens étaient plus près de Mme Cyr, une situation qu’elle n’avait jamais remarquée auparavant.

« Concernant les affectations des directions d’école, Mme Cyr a dit que ça coûterait entre 5000 $ et 10 000 $, mais la facture s’est plutôt élevée à 430 000 $. Non, je n’ai pas posé de questions, car je me suis dit que les chiffres étaient vrais. Nous n’avons pas cherché à comprendre », a-t-elle repris.

Il a été démontré que le tableau présenté avait été falsifié, que les coûts de la réaffectation n’étaient pas aussi élevés que démontré.

Me Lebel a aussi fait dire à France Gagné que les frais juridiques concernant une poursuite de la Société de transport du Saguenay, des griefs et la poursuite des parents concernant les coûts du matériel scolaire ne pouvaient être imputés à Chantale Cyr.

Même chose sur le reproche de favoriser la firme d’avocats Langlois, alors que plusieurs contrats ont été octroyés à Gauthier-Bédard et surtout à la firme Morency, qui défend la CSRS.

+ CYR NE VOULAIT PAS DE LIZ GAGNÉ

Selon la commissaire France Gagné, l’ex-directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, n’était pas contente de l’arrivée possible de Liz Gagné à la présidence de l’organisation et suggérait de trouver une autre personne pour le poste. 

France Gagné, qui a occupé la fonction de présidente par intérim à la suite de la démission d’Antonin Simard, y est allée de ce commentaire lors de son témoignage au Tribunal administratif du travail du Québec. 

« Le 31 mars 2017, j’ai eu une rencontre avec Chantale Cyr, car Martin Deschênes et elle avaient des choses importantes à nous dire à propos du Carrefour environnement Saguenay. La réunion s’est tenue en matinée et nous avons convoqué les commissaires pour une réunion », se remémore Mme Gagné, qui n’a aucun lien de parenté avec la présidente Liz Gagné.

« Durant la rencontre, Chantale Cyr nous a avisés, Ruth Gagnon et moi, que Liz Gagné venait de déposer sa candidature au poste de présidente de la CSRS. Elle n’était pas contente et a dit qu’il fallait trouver quelqu’un pour lui faire face. Mais elle n’a pas identifié qui que ce soit et je n’ai pas posé de questions », a-t-elle poursuivi.

Questionnée à savoir si elle avait des choses à reprocher à la directrice générale, France Gagné a dit qu’elle aurait préféré que certaines choses se fassent autrement.

Elle a donné en exemple le remerciement de Paul Lalancette. L’annonce lui a été faite au téléphone alors qu’il se trouvait en Afrique.

« J’aurais préféré faire ça autrement. Je ne croyais pas que c’était si urgent. Nous aurions pu faire ça à un autre moment », a indiqué Mme Gagné.

« L’avez-vous mentionné à Chantale Cyr ? », a interrogé le juge Guy Roy.

« Non », a répondu la commissaire.

France Gagné a aussi précisé que les élus avaient retardé la remise de l’évaluation du travail de la directrice générale, car ils attendaient un développement sur une information des médias en lien avec le dernier emploi de Chantale Cyr à la Commission scolaire Val-des-Cerfs.

« Un commissaire avait entendu parler de problèmes à cet endroit. Mme Cyr nous a montré une lettre d’avocat voulant qu’elle avait été blanchie. De notre côté, nous n’avons pas fait de suivi, car nous n’en avons pas réentendu parler dans les médias », a laissé tomber France Gagné.

Les élus de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS) auraient voulu que des choses se passent autrement avec la directrice générale Chantale Cyr, mais encore une fois, personne n’aurait osé lui dire ou lui en faire part.

Durant le témoignage, il a été question du congédiement de Chantale Cyr et du mandat qui aurait été donné à la firme d’avocats Morency (Me Jean-Guy Girard, Me Bernard Jacobs et Me Pierre Bégin).

Mme Gagné a indiqué que les avocats devaient faire enquête sur le travail de la directrice générale et qu’un mandat avait été dûment donné.

Me Éric Lebel (pour Chantale Cyr) a fait valoir qu’il n’y a pas eu de résolution précise pour analyser le travail de la DG, alors que Me Girard a prétendu que des résolutions ont été adoptées pour obtenir un diagnostic organisationnel.