Le Jonquiérois Serge Tremblay a réalisé un grand rêve en effectuant un convoi entre la gare de La Baie et l'Usine Laterrière.

Conducteur d'un jour

Serge Tremblay était haut comme trois pommes quand il a vu rouler sur les rails la dernière locomotive à vapeur du Roberval Saguenay derrière la résidence familiale de la rue Saint-David, à Jonquière. L'homme de 62 ans a toujours nourri un intérêt hors du commun pour les trains et, mardi, il a réalisé un rêve qui n'est pas à la portée de tous. Il a pris place dans la locomotive jaune et verte pour réaliser le trajet de la gare de La Baie jusqu'à l'Usine Laterrière.
L'initiative a été proposée par l'ambulancier à la retraite et fondateur de Tous pour un rêve, Gilbert Poitras, supportée par la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec. Il voulait que ce dernier puisse vivre une expérience hors du commun alors qu'il se relève d'une intervention chirurgicale au cerveau pour l'ablation d'une tumeur. Les médecins ont fait cette découverte alors que le Jonquiérois était opéré après avoir été terrassé par trois ACV consécutifs.
«C'est capoté. C'est vraiment capoté», a lancé au Quotidien Serge Tremblay quelques heures après avoir réalisé ce rêve. Il n'aurait jamais cru avoir l'occasion de vivre en réalité une passion qui l'anime depuis tant d'années et de le faire pleinement puisque le chef de train et le conducteur de la locomotive lui ont permis de faire des manoeuvres bien supervisées.
«Ils m'ont expliqué ce que je devais faire. C'est assez facile, mais le conducteur et le chef doivent communiquer régulièrement», a ajouté Serge Tremblay qui a été en mesure de réaliser cette tâche sans éprouver de malaise physique en raison de son état.
Le paysage qui a défilé sous ses yeux entre la gare des installations portuaires et l'Usine Laterrière «valaient le déplacement» en raison de la beauté des différents sites, principalement dans les zones de pont qui traversent les rivières. Serge Tremblay a pris quelques secondes pour s'imaginer ce que devait être ce paysage pendant l'automne alors que les feuilles des arbres sont multicolores.
Masse impressionnante
Les trains sont constitués de locomotives et de wagons. L'ensemble constitue une masse impressionnante qui se déplace sur les rails et qui nécessite une grande puissance.
Serge Tremblay affirme qu'il a très bien senti toute la puissance du convoi ferroviaire dans lequel il prenait place pendant la montée du dénivelé de 4 %. «On sent les vibrations quand le conducteur doit augmenter la puissance pour monter la pente et le bruit qui change. C'est assez impressionnant», a poursuivi Serge Tremblay.
Collection
Le «conducteur d'un jour» a été à même de constater que les manoeuvres et déplacements des convois sont entourés de mesures de sécurité bien structurées. Il s'agit d'un aspect qu'il connaissait moins bien du monde des trains.
Serge Tremblay possède sa collection de trains électriques. Il doit monter dans une pièce de la maison une maquette pour faire circuler ces petites merveilles qui sont des reproductions identiques aux trains qui ont roulé sur les rails des réseaux ferroviaires dans le monde.
Cette collection est composée de pas moins d'une douzaine de locomotives et de 500 wagons. Il a déjà refusé de se départir de ces pièces qui lui permettent aujourd'hui de passer du temps avec la réalisation d'une maquette pour faire rouler les convois. Les trains de Serge Tremblay sont des répliques parfaites et à l'échelle des vrais trains.
Sa conjointe Johanne Montreuil et son fils Benoît étaient aux premières loges mardi matin pour saluer le passage de la locomotive devant la petite gare située à l'intérieur des installations portuaires de Rio Tinto. Tel un vrai conducteur de locomotive, Serge Tremblay a lancé la main au petit groupe en attente sur le bord de la voie ferrée (à une distance sécuritaire), pour regarder passer le convoi.
Serge Tremblay a définitivement réalisé l'une des plus belles expériences de sa vie. Maintenant qu'il a conclu ces quelques heures de pur bonheur et qui lui ont permis d'oublier l'espace d'un instant ses problèmes de santé, il aimerait bien réaliser un autre petit rêve, toujours en lien avec cette passion.
«J'aimerais bien ajouter à ma collection de trains électriques une locomotive aux couleurs du Roberval Saguenay. Je sais que ces locomotives ont déjà existé. Il s'agissait de reproductions des locomotives au diesel en service avant les changements pour les locomotives mues par des moteurs électriques.»
Le conducteur de locomotive du Roberval Saguenay Serge Tremblay a accueilli avec beaucoup de soin son «conducteur d'un jour. Lui et le chef de train Simon Villeneuve out permis à leur invité de faire certaines manoeuvres afin de lui faire goûter pleinement cette expérience unqiue.
Il ne manquait que le tapis rouge
Il ne manquait que le tapis rouge pour accueillir le conducteur de train d'un jour, Serge Tremblay, et sa famille à la gare du Roberval Saguenay de Rio Tinto à La Baie. Il a été accueilli par le chef de service Christian Godbout et son équipe qui avaient minutieusement préparé ce grand jour pour celui qui lutte avec beaucoup de courage contre un cancer.
Ceux et celles qui connaissent bien les mesures de sécurité qui entourent les opérations industrielles de l'entreprise comprennent qu'il n'est pas simple d'accueillir dans une locomotive un passager hors norme accompagné d'une ambulancière prête à intervenir en cas de problème. Malgré la tâche, le véritable conducteur du train, qui s'appelle comme par hasard Serge Tremblay, et son chef de train, Simon Villeneuve, semblaient savourer tout autant ces moments magiques pour l'invité et les membres de sa famille.
Dans un bref entretien, le conducteur Serge Tremblay a raconté les expériences vécues avec de jeunes écoliers une fois par année. Ces derniers passent la journée en compagnie de l'équipe.
« À la fin de la journée, il y a un souper à l'école. Nous profitons du souper pour raconter aux parents et élèves l'expérience de la journée. C'est vraiment spécial comme expérience. »
C'est le chef de service qui s'est adressé à la famille et à l'équipe du Quotidien pour donner les grandes lignes de l'activité planifiée. Le choix de l'itinéraire du train avait pour objectif de montrer au passage un très beau paysage en plus de lui faire découvrir dans la réalité toute la puissance qui se dégage des deux locomotives de 5000 HP qui vont tirer les citernes d'alumine vers l'aluminerie de Laterrière.
« Le trajet entre La Baie et l'Usine Laterrière est celui qui offre le plus beau paysage. C'est aussi celui où le train doit monter la plus importante pente à 4 % de dénivelé. Ce qui est beaucoup pour un train. M. Tremblay va vraiment sentir toute la force des locomotives qu'il faut déployer pour gravir la pente », a expliqué le chef de service.
Le superviseur du site du port a pris la relève. Il a alors tenu une rencontre formelle de sécurité avec le conducteur de locomotive et le chef de train ainsi que le conducteur d'un jour. Ils ont fait le tour des consignes de sécurité et des difficultés à prévoir comme la chaleur et donc l'importance d'avoir de l'eau en quantité suffisante.
La seule situation différente pour cette tache était évidemment la présence dans la locomotive de l'invité et de son accompagnatrice.
Le départ du convoi a eu lieu vers 7 h et la même équipe prévoyait revenir aux installations portuaires vers 10 h. L'arrêt à l'aluminerie de Laterrière devait durer 20 minutes, le temps de détacher le convoi et faire le branchement avec les citernes vides pour les ramener au site de transbordement des installations portuaires.
Un réseau avec des particularités
Le réseau de chemin de fer du Roberval Saguenay présente des particularités. Les locomotives exploitées sur ce chemin de fer ne peuvent avoir plus de quatre essieux. Les locomotives modernes sont munies de six essieux. Ces systèmes à six essieux sont trop longs pour permettre de négocier les courbes très prononcées à certains endroits du réseau du Roberval Saguenay. C'est ainsi que l'entreprise doit procéder au changement de ses locomotives en procédant à l'achat d'engins à quatre essieux qui sont reconstruits en neuf d'un bout à l'autre puisque les manufacturiers ne fabriquent plus ces modèles.
La dernière locomotive à vapeur exploitée sur le réseau du Roberval Saguenay est toujours dans la région. Elle a été installée sur le site de La Pulperie de Chicoutimi. Aujourd'hui, les locomotives sont équipées d'un moteur diesel qui est couplé à un générateur qui alimente les moteurs électriques de traction qui sont également munis d'un frein moteur qui consiste à inverser la polarité.