Patrick Fortier, propriétaire de Miel des Ruisseaux, voudrait avoir accès à plus de points de vente pour ses produits alcoolisés.

Condamnés à ne pas vendre

Des producteurs de produits alcoolisés de la région dénoncent les difficultés liées à la commercialisation de leurs boissons. Ils revendiquent davantage de points de vente pour leurs bouteilles, eux qui estiment que les mesures en place ne sont pas adaptées à leur réalité.
«Ce n'est pas tout de produire, ça nous prend des points de vente.»
Donald Tremblay, propriétaire du Domaine Le Cageot où sont produits des boissons alcoolisées à base de petits fruits et des vins, se sent piégé. «On a le droit de produire, mais on n'a pas le droit de vendre», estime-t-il.
Selon le producteur, les obstacles sont nombreux sur le chemin de la commercialisation des produits alcoolisés artisanaux. Les conditions de la Société des alcools du Québec (SAQ) ne seraient pas adaptées à leur situation et il leur est interdit de vendre dans les épiceries. Il réclame des points de vente supplémentaires afin de permettre aux entreprises comme la sienne de croître à leur rythme.
Une opinion que partage Patrick Fortier, propriétaire de Miel des Ruisseaux, unique producteur d'hydromel dans la région.
«La SAQ, ce n'est pas fait pour le petit producteur qui veut croître tranquillement. Pour le miel, j'ai pu me rendre dans les épiceries de la région, une par une, et vendre mes produits. Je ne peux pas le faire pour l'hydromel», déplore-t-il. «Pour faire affaire avec la SAQ, ça prend quelqu'un qui a les reins solides. On doit envoyer des caisses à Montréal et la SAQ n'assume aucune perte. On ne peut pas cibler des succursales près de chez nous uniquement. Je ne veux pas entrer dans toutes les succursales de la SAQ. Je veux rayonner dans ma région en premier», affirme celui qui travaille à la mise sur pied d'un site Internet afin de vendre ses produits en ligne.
L'accessibilité aux bouteilles des producteurs régionaux serait grandement problématique, autant pour la clientèle régionale que pour les touristes.
«Les touristes aiment nos produits, mais on n'a pas d'endroit pour leur vendre», affirme Patrick Fortier, qui a plaidé sa cause lors d'un rassemblement du Parti québécois il y a quelques mois.
Des démarches entreprises lorsque Pauline Marois était au pouvoir laissaient penser aux producteurs que les choses pourraient s'améliorer. «On avait entrepris des démarches avec des libéraux. Ça semblait faire consensus aussi auprès des péquistes», affirme Donald Tremblay qui n'a reçu aucune nouvelle depuis les élections.
Campagne
Le propriétaire du Cageot estime que la nouvelle campagne de la SAQ mettant en valeur les produits québécois en succursale ne change en rien sa situation. «C'est pour les produits qui y sont déjà.»
Le projet d'implanter de petites succursales dans les épiceries ne l'enchante pas non plus. Il voudrait avoir accès aux tablettes des épiceries, sans l'intermédiaire de la SAQ.
«C'est une façon de nous contourner. On aimerait négocier directement avec les épiciers. On veut vendre nos vins dans les épiceries, à prix raisonnables. Ce n'est pas avantageux de négocier avec une multinationale», affirme celui qui gère son entreprise avec son fils Pierre-Philippe.
«On est dû au Québec pour une refonte des règlements qui permettrait aux petits producteurs de percer le marché. Ce serait un beau cadeau pour la relève.»
Amgravel@lequotidien.com