Le site de compostage de Dolbeau-Mistassini vu du ciel.
Le site de compostage de Dolbeau-Mistassini vu du ciel.

Composter 17 000 tonnes de matières de 49 municipalités

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Au cours des prochaines semaines, la Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean commencera à composter les matières organiques des citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean (sauf à Saguenay). Au total, 17 000 tonnes de matières en provenance de 49 municipalités seront compostées. Le Quotidien a assisté à l’inauguration officielle du premier centre de compostage de la région, à Dolbeau-Mistassini, mercredi.

« La mise en place du service de collecte de bac brun détournera 17 000 tonnes de matières du centre d’enfouissement d’Hébertville-Station, ce qui représente environ 40 % du contenu de la poubelle », a mentionné le préfet de la MRC de Lac-Saint-Jean Est, André Paradis. En plus de prolonger la vie du site d’enfouissement, la collecte des matières organiques permettra de réduire les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre émis lorsque les déchets se décomposent en l’absence d’oxygène. Les techniques utilisées par la Régie des matières résiduelles (voir plus bas) permettent de bien aérer le compost, évitant ainsi l’émission de méthane.

La collecte des bacs bruns commencera le 5 octobre dans la MRC du Fjord-du-Saguenay, puis à compter du 19 octobre dans les trois MRC du Lac-Saint-Jean. Dans un premier temps, toute la matière en provenant des 49 municipalités sera acheminée vers le site de Dolbeau-Mistassini, qui a une capacité de 7500 tonnes. Un deuxième site de compostage sera aménagé à Hébertville le printemps prochain, avec une capacité de traitement de 12 000 tonnes, à compter de l’été 2021.

Comme c’est le cas pour la collecte des ordures et du recyclage, la RMR du Lac-Saint-Jean, qui gère l’ensemble des matières résiduelles des 36 municipalités du Lac-Saint-Jean, exploitera les sites en tant que propriétaire exploitant.

Inauguration du centre de compostage.

La RMR a investi près de 11 millions de dollars pour le compostage sur le territoire, se conformant ainsi à une obligation du gouvernement du Québec, qui souhaite valoriser les matières organiques partout dans la province. Des investissements de 2,7 et 3,7 millions de dollars ont été alloués à la construction des sites de Dolbeau-Mistassini et d’Hébertville, respectivement. Un montant de près de 4 millions a servi pour faire l’achat des bacs bruns et la balance a été investie dans l’acquisition de matériel roulant.

« À partir de maintenant, on remplit notre bac brun », a conclu André Paradis.

Plan du site.

COMPOST 101 (LE CHEMIN DU COMPOST)

La valorisation des matières organiques permettra de produire du compost, qui sera éventuellement redistribué aux citoyens. Voici comment les « déchets » seront transformés en engrais pour le sol.

Le chemin du compost commence dès la fin d’un repas, car tous les restes de table peuvent être transformés en compost, que ce soit des légumes, des fruits ou encore des os de poulet ou autre. Mais ce n’est pas tout, car toutes les matières compostables, comme les feuilles sur le terrain, le carton souillé, les mouchoirs, peuvent aussi être compostées.

Le bassin d’accumulation d’eau.

Une fois dans le bac brun, ces matières seront acheminées dans un centre de compostage, comme celui de Dolbeau-Mistassini. À leur arrivée, un triage sera effectué pour enlever les contaminants, comme les sacs de plastique ou du verre, explique Jonathan Sainte-Croix, directeur des opérations de la RMR Lac-Saint-Jean. Une fois trié, on ajoutera au compost des copeaux, une matière structurante, à raison d’une tonne pour chaque deux tonnes de matières organiques.

Le mélange sera par la suite mis en andins, de petites buttes, sur une dalle de béton étanche, qui permet de récupérer et traiter l’eau. Dans un premier temps, les matières seront déposées sous un dôme pour réduire les désagréments causés par le vent (éparpillement) et la pluie (qui peut causer des odeurs).

Les matières organiques seront transformées en compost.

Dans les andins, le compost entrera dans la phase « thermophile », alors que la température montera de 45 à 90 degrés Celsius, stimulant ainsi l’activité bactérienne. Une machine, qui sera achetée prochainement, permettra de retourner, de déchiqueter et d’aérer le mélange.

La matière sera déplacée à l’extérieur pour la phase de maturation, qui dure de cinq à six semaines. La matière est ensuite tamisée, dans un tamis rotatif, pour retirer les gros morceaux, afin d’obtenir de petits fragments d’un centimètre ou moins.

Quand le compost sera prêt, il sera distribué aux citoyens des municipalités participantes. En tout et partout, il faut compter 10 semaines pour produire un compost de qualité en été, mais le procédé est beaucoup plus long en hiver. Pour l’instant, toute la logistique entourant la distribution n’est pas encore définie, mais la première distribution devrait avoir lieu en 2022.

Jonathan Sainte-Croix, directeur des opérations de la RMR Lac-Saint-Jean

Toute l’eau qui coule sur la dalle de béton doit être récupérée, car elle est considérée comme étant contaminée. Un bassin d’accumulation a été construit à cet effet. L’eau, surchargée de nutriments comme le phosphore, sera diffusée par un système d’irrigation goutte à goutte dans une plantation de saules hybrides de quatre hectares. Cette plantation permettra de traiter l’eau, et après deux à trois années de croissance, les arbres seront broyés pour être mélangés au compost en tant que matière structurante.