Depuis le mois de mai, Daniel Gobeil assume la présidence de la Fédération des producteurs de lait du Québec. Il entame son mandat alors que les producteurs laitiers canadiens doivent composer avec une ouverture du programme de gestion de l’offre, laquelle permet aux producteurs des États-Unis et de l’Europe d’occuper 8 % de la demande interne canadienne, soit l’équivalent d’un mois de production laitière pour une ferme au Canada.
Depuis le mois de mai, Daniel Gobeil assume la présidence de la Fédération des producteurs de lait du Québec. Il entame son mandat alors que les producteurs laitiers canadiens doivent composer avec une ouverture du programme de gestion de l’offre, laquelle permet aux producteurs des États-Unis et de l’Europe d’occuper 8 % de la demande interne canadienne, soit l’équivalent d’un mois de production laitière pour une ferme au Canada.

Compensation pour les producteurs laitiers : « Nous n’avons encore rien obtenu»

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les producteurs laitiers du Québec ont perdu 8 % de leur marché dans trois ententes internationales et n’ont jusqu’à maintenant obtenu qu’un seul versement monétaire en guise de compensation.

Le Chicoutimien Daniel Gobeil, de la Ferme du Fjord, arrive à la tête de la toute puissante Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) au moment où les discussions vont se corser avec le gouvernement canadien, qui a autorisé ces nouvelles ententes. Elles ont été conclues à tour de rôle par les gouvernements conservateur et libéral.

La dernière, qui permet aux producteurs laitiers américains de mettre la main sur 3,5 % du marché canadien, a été mal digérée par les producteurs. « Depuis le début des ouvertures du marché, nous avons obtenu une seule compensation financière et il était prévu que l’on obtienne des compensations pendant huit ans. Nous n’avons encore rien obtenu pour l’entente avec les États-Unis. Pour le producteur laitier, ça représente des parts de marché qui se traduisent par le lait produit pendant un mois. C’est énorme. »

Heureusement, poursuit Daniel Gobeil, le lait a repris sa place dans le panier d’épicerie des Canadiens. Le lait de consommation comme breuvage subit une rude concurrence de toutes les autres boissons, mais le beurre, la crème, le yogourt et les fromages ont la cote.

Au cours des dernières années, la Fédération des producteurs de lait a inondé le marché de campagnes publicitaires originales afin de redonner au lait ses lettres de noblesse. « Il y a aussi plusieurs émissions de télévision avec des chefs cuisiniers réputés qui utilisent beaucoup de beurre et de crème. Les Québécois boivent moins de lait, mais en mangent beaucoup plus », reprend le nouveau président de la fédération, élu en mai par voie électronique.

Les producteurs laitiers se retrouvent malgré tout dans une situation particulière, selon leur nouveau président.

Le gouvernement du Québec met de l’avant depuis le début de la pandémie l’importance de l’achat local, du « fabriqué au Québec », selon l’expression consacrée par le premier ministre François Legault, tandis que dans la capitale fédérale, le gouvernement canadien a prôné une certaine ouverture des marchés dans des productions sous la gestion de l’offre afin de calmer le jeu chez nos voisins du sud.

Des marges de profit trop minces

Le prix offert aux producteurs fait toujours partie des grands enjeux de l’industrie laitière. En ce moment, le prix est de plus ou moins 75 $ l’hectolitre de lait. Dans le système de la gestion de l’offre, ce prix doit permettre au producteur de couvrir ses coûts de production.

Daniel Gobeil affirme que les marges sont devenues très serrées pour les producteurs laitiers, lesquels doivent investir sans arrêt pour robotiser les exploitations et contrer la pénurie de main-d’oeuvre, tout en augmentant la production (achat de quotas), pour rentabiliser les opérations.

7 millions de litres de lait jetés pendant la pandémie

La pandémie a aussi apporté son lot de frustrations, même si l’agriculteur considère que d’autres secteurs économiques ont été beaucoup plus pénalisés.

« Nous avons jeté sept millions de litres de lait et nous ne jetons jamais du lait par plaisir. C’est toujours très difficile. Dans une exploitation comme la mienne, un peu plus grosse que la ferme familiale, le problème d’arrimage de la production et du système de transformation et distribution a représenté une perte de 10 000 $ pour la paie du mois d’avril », précise l’agriculteur, pour bien faire comprendre que lorsque les agriculteurs doivent jeter du lait, il y a un prix à cette opération.

Il n’y avait pas d’autres solutions, puisque les usines de transformation (beurre et poudre) fonctionnaient à plein rendement. Le lait frais ne se garde pas longtemps et la Fédération a aussi donné des quantités additionnelles de lait aux différentes banques alimentaires. Cette situation problématique a été amplifiée par la pénurie de main-d’oeuvre.

« Nous avons eu des rencontres régulières avec les gouvernements pour procéder à des ajustements. On se retrouvait dans la situation où il manquait de lait dans les épiceries et on devait jeter du lait. Il a fallu quelques semaines pour être en mesure de rétablir la situation. »

Daniel Gobeil explique qu’il y a eu un transfert des volumes destinés à la restauration et à l’hôtellerie vers les épiceries.

Aujourd’hui, la consommation québécoise de lait pour les différents produits est sensiblement la même qu’avant la pandémie et les bouleversements dans les marchés de distribution.

La crise sanitaire a aussi eu des impacts directs pour plusieurs exploitations laitières qui ont recours à de la main-d’oeuvre étrangère. D’autre part, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a limité le bassin de la main-d’oeuvre locale.

Après sa rencontre avec Le Progrès, en début de semaine, Daniel Gobeil devait quitter le Saguenay pour la première fois depuis son élection, qui remonte au mois de mai. Il assistera à des rencontres de la Fédération des producteurs de lait en compagnie des administrateurs et des gestionnaires de l’organisation.


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La robotisation à la rescousse

La disparition de 15 fermes laitières par année en moyenne au Saguenay–Lac-Saint-Jean n’a pas encore d’impact sur les volumes de lait produits, puisque certains producteurs investissent massivement dans la robotisation et de nouvelles installations pour augmenter leur capacité de production.

Le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), Daniel Gobeil, est évidemment préoccupé par cette situation, mais comprend aussi la réalité des agriculteurs qui veulent profiter d’une retraite bien méritée et qui décident de fermer leur exploitation, faute de relève. 

« La travailleuse de rang est occupée à temps plein », affirme le patron de la Ferme du Fjord.

Pendant un certain temps, ce sont les petites exploitations familiales qui cessaient la production. Aujourd’hui, des fermes qui dépassent largement l’entreprise moyenne (70 vaches en lactation) arrêtent leurs activités. 

La pression est forte, selon Daniel Gobeil, et les marges de rentabilité sont fragiles. Et c’est sans parler de la pénurie de main-d’oeuvre permanente, laquelle fragilise les entreprises.

La région compte toujours 270 fermes laitières. Celles-ci produisent, sur une base annuelle, pas moins de 160 millions de litres de lait. Les usines et les fromageries artisanales qui ont poussé depuis une vingtaine d’années transforment pas moins de 90 millions de litres de lait en différents produits alimentaires.

« On a connu une bonne progression pour la transformation du lait dans la région. Quand j’ai commencé à m’intéresser aux affaires de la Fédération en 2008, les entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean transformaient sur une base annuelle 70 millions de litres de lait. Nous avons obtenu cette progression avec nos entreprises régionales, dont Nutrinor, Boivin, Saint-Laurent et les petites fromageries », insiste Daniel Gobeil.

Ce dernier considère que la stabilité des chiffres de la production à la ferme confirme que le noyau d’entrepreneurs agricoles qui souhaitent avoir de la croissance au cours des prochaines années est encore solide. Il a lui-même choisi de réaliser des investissements de l’ordre de 2,5 M $ à l’âge de 45 ans.

Une ferme ultramoderne

La Ferme du Fjord est aujourd’hui installée dans un bâtiment neuf avec deux robots pour gérer la traite des 90 vaches en lactation. En prévision de l’implication de sa fille et de son garçon, qui s’intéressent à l’agriculture, et de l’intégration de son neveu, le bâtiment principal a été conçu pour accueillir un troisième robot et passer à 130 ou 140 vaches en lactation.

Daniel Gobeil a décidé d’investir 2,5 M$ dans sa ferme à l’âge de 45 ans.

« Ce n’est pas une question d’être gros ou de faire de l’argent. C’est une façon de vivre. Avec les robots, nous travaillons à l’étable jusqu’à dix heures. Nous ne sommes plus obligés de revenir le soir. C’est différent. Mon père, qui travaille encore avec nous, a connu toutes les époques, de celle où les agriculteurs tiraient les vaches à la main jusqu’à celle des robots », reprend le nouveau président de la Fédération des producteurs de lait du Québec.

Daniel Gobeil met aussi l’accent sur le lien entre l’agriculture et la terre. L’expérience Pangéa au Lac-Saint-Jean a démontré que le métier d’agriculteur dépassait la simple équation du rendement économique dans cette industrie.

La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean produit plus ou moins 5 % de tout le lait du Québec. 

De son côté, la production de lait biologique a attiré plusieurs agriculteurs puisque la région représente 15 % de cette production, laquelle permet d’obtenir 20 $ de plus l’hectolitre.

Pour le moment, Daniel Gobeil ne croit pas que 100 % de la production laitière de toute la région deviendra biologique. Mais il a tout de même décidé d’ériger son nouveau bâtiment devant de grandes prairies, étant donné que l’une des contraintes de la production biologique est de laisser les animaux à l’extérieur.