Guillaume Roy
Sans feu, un abri en appentis permet de se protéger du vent tout en offrant un réconfort psychologique. Pour minimiser les pertes de chaleur et se garder au sec, il faut tout de même mettre des billots de bois au sol et rembourrer l’abri de matériaux sec. Le sapinage est à éviter, car il contient 95% d’humidité.
Sans feu, un abri en appentis permet de se protéger du vent tout en offrant un réconfort psychologique. Pour minimiser les pertes de chaleur et se garder au sec, il faut tout de même mettre des billots de bois au sol et rembourrer l’abri de matériaux sec. Le sapinage est à éviter, car il contient 95% d’humidité.

Comment survivre une nuit en forêt l’hiver?

Que feriez-vous si vous deviez survivre une nuit en forêt l’hiver ? Si l’expérience paraît angoissante, c’est aussi un excellent moyen pour agrandir sa zone de confort, surtout lorsque l’on est accompagné par des professionnels de la survie, qui ont testé scientifiquement les meilleures techniques.

La semaine dernière, je suis allé me promener en raquettes dans la forêt Montmorency, la forêt d’enseignement et de recherche de l’Université Laval, située aux abords de la route 175. En suivant d’abord les sentiers balisés, j’ai finalement décidé de partir à l’aventure en sortant des sentiers battus.

Après une heure de liberté, je me rends compte que la neige a recouvert mes traces. En tentant de revenir à mon point de départ, je ne reconnais absolument rien. Force est de constater que je me suis perdu.

Manu Tranquard, professeur au LERPA, démontre comment allumer un feu sous la pluie.

Cette mise en scène est fictive, mais elle aurait très bien pu se produire. « On ne prévoit jamais de se perdre en forêt et ça peut arriver à n’importe quel moment », remarque Manu Tranquard, professeur au Laboratoire d’expertise et de recherche en plein air (LERPA) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Que ce soit sur un terrain de chasse où l’on va depuis 25 ans, en allant prendre une marche avec son chien, ou encore lors d’une randonnée en forêt, quelques incidents suffisent pour tout faire déraper. Plus on passe de temps en forêt, plus les risques sont élevés. C’est pourquoi tous les employés du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) qui réalisent des travaux en milieu isolé doivent suivre une formation de survie tous les dix ans.

Étant donné que je souhaite accompagner le MFFP lors de la réalisation des inventaires du caribou forestier qui se feront cet hiver, j’ai également suivi la formation de survie offerte à 22 fonctionnaires, la deuxième semaine de décembre, dans la forêt Montmorency.

Mon abri m’a gardé au chaud malgré une température de -20 C, tout en offrant un réconfort psychologique.

Course contre la montre

Dans une situation de survie, tout est une question de temps, explique Manu Tranquard, qui est accompagné des chargés de cours Alexandre Picard et Vincent Bouchard. D’une part, on doit s’arranger pour diminuer le temps des secours, en utilisant différents outils de communication… lorsqu’ils sont disponibles. Et d’autre part, on doit augmenter le temps de résistance, autant d’un point de vue physique que psychologique. « Les deux dangers principaux sont le froid et la panique », souligne le professeur, en ajoutant que la moyenne de température annuelle est de 0 °C en forêt boréale.

En gros, le but du cours était d’être en mesure de dormir en forêt sans équipement, mis à part un briquet, par une nuit froide d’hiver. C’est ainsi qu’à la deuxième journée de cours, tous les participants ont été dispersés vers 14 h pour passer une nuit dans le bois. Avec le soleil qui se couche vers 16 h 30, nous avions 2 h 30 pour ramasser assez de bois pour la nuit et pour construire un abri. « C’est le genre de situation réelle à laquelle les gens sont confrontés, et ça démontre qu’il faut s’y prendre assez à l’avance pour accumuler assez de ressources pour la nuit », a expliqué Manu Tranquard.

Trouver assez de ressources est la clé de la réussite. Avant de choisir l’emplacement pour passer la nuit, il faut donc faire un inventaire de celles disponibles : de l’amadou (matériaux secs pour démarrer le feu), du bois assez sec pour brûler, ainsi que des perches, du sapinage et tout autre matériau disponible pour construire l’abri.

Mon abri m’a gardé au chaud malgré une température de -20 °C, tout en offrant un réconfort psychologique.

Chaque minute compte avant le coucher du soleil et on doit travailler méthodiquement pour récolter du bois, tout en conservant au maximum son énergie. Il faut aussi éviter de suer, car la nuit sera désagréable avec des vêtements mouillés qui favorisent la perte de chaleur.

Il fait -15 °C et la température risque encore de baisser. Combien faut-il de bois pour passer une nuit confortable ? « Plus », nous avait avertis Manu Tranquard.

Avant la tombée de la nuit, pas question de prendre une minute de repos, car il faut stocker le maximum de bois.

Voici de quoi avait l’air mon abri lors d’une tournée réalisée le lendemain matin. Cette visite nous a permis de constater que le choix de l’emplacement était très important.

Même sous la pluie

Heureusement, nous avions pratiqué quelques techniques la veille. Rien de mieux qu’une journée pluvieuse pour tester nos aptitudes, car il faut savoir faire un feu, et ce, peu importe les conditions météorologiques, pour lutter contre le froid. Pour y arriver, la très grande majorité des gens auront besoin d’allumettes ou d’un briquet, car il faut énormément de pratique pour partir un feu sans allumettes, remarque Manu Tranquard. « Achetez-vous 10 briquets et cachez-en partout, dans vos manteaux et dans vos sacs à dos », suggère-t-il.

Même avec un briquet, allumer un feu sous la pluie n’est pas de tout repos. Alors qu’il pleuvait depuis près de 24 heures, ce dernier nous a demandé de faire ce qu’on pouvait pour partir un feu. Je récolte alors des petites branches, de petits billots et de l’écorce de bouleau, que je déchire finement. Je prépare mes branches minutieusement. Puis, j’allume. Les flammes émergent, mais après quelques instants, le feu s’éteint.

« Il faut être très méthodique pour démarrer un feu sous la pluie, explique le chercheur du LERPA. Il faut séparer les couches de l’écorce de bouleau pour utiliser seulement la partie sèche. Lorsque le feu est bien pris, on ajoute ensuite l’étage suivant. »

Dans le cadre du cours offert par le LERPA, trois différents types de feux de détresse ont aussi été testés, soit la technique du sapin de Noël (embrasement rapide), du nid-d’oiseau (possibilité de recharger) et du tipi (qui produit une fumée épaisse).

Après trois tentatives, je réussis finalement à démarrer mon feu sous la pluie. Bien que j’étais confiant de réussir, je n’avais jamais tenté l’expérience par une journée de pluie en hiver. Un bon test à faire pour améliorer sa confiance.

Technique du banc de parc

Manu Tranquard nous avait aussi présenté ses résultats de recherches sur l’efficacité des abris de survie. Bien que la plupart des livres et les Forces armées canadiennes préconisent l’utilisation d’un abri en appentis, son équipe a démontré, avec un détecteur de chaleur, que la technique du banc de parc était beaucoup plus efficace, lors d’un projet de recherche réalisé avec un inspecteur en bâtiment.

En gros, la technique du banc de parc permet de se surélever du sol humide, permettant à la chaleur du feu de circuler et de réchauffer l’occupant d’environ 15 °C. Bien que sa construction nécessite beaucoup de ressources et d’énergie, elle offre tout de même un bon ratio coût/bénéfice, car cet abri augmente le temps de résistance et permet de se reposer réellement, soutient le professeur.

Dans le cadre du cours offert par le LERPA, trois différents types de feux de détresse ont aussi été testés, soit la technique du sapin de Noël (embrasement rapide), du nid d’oiseau (possibilité de recharger) et du tipi (qui produit une fumée épaisse).

Lorsque je me suis retrouvé seul en forêt, ces techniques m’ont permis de travailler en toute confiance. Malgré une température qui a atteint les -20 °C, l’abri m’a maintenu au chaud et m’a permis de me reposer. Reste à trouver un moyen de gérer la boucane lorsque le vent virevolte…

Étant donné que l’on avait une autre journée de cours le lendemain, l’expérience de survie s’est terminée vers 23 h 30.

Après avoir vécu cette aventure, je constate que le camping d’hiver est un luxe assez confortable.

Manu Tranquard, professeur au LERPA, explique comment allumer un feu sous la pluie.

Dormir sans équipement en pleine forêt l’hiver m’a définitivement sorti de ma zone de confort. Mais ça m’a permis de croître en améliorant ma confiance en moi, car je sais que je serai en mesure de survivre si jamais je suis confronté à une telle situation… à condition d’avoir du feu sur moi !

« Allez vous acheter 10 briquets et mettez-en partout ! »

L'AUTONOMIE AVANCÉE 

Au cours des dernières années, le concept de survie s’est transformé avec la diffusion de vidéos sur YouTube et une offre de cours grandissante, pour devenir une activité de loisir, souligne Manu Tranquard. « Mais la vraie survie, ce n’est vraiment pas cool, parce que c’est une question de vie ou de mort », dit-il. Personne ne souhaite se perdre en forêt, surtout en hiver. Pratiquer des techniques de camping sans équipement et d’autonomie avancée est toutefois une excellente idée pour augmenter son temps de résistance. 

Laboratoire unique

Le Laboratoire d’expertise et de recherche en plein air (LERPA) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) est le seul laboratoire universitaire qui fait des expériences sur l’autonomie avancée en milieu éloigné, en développant notamment les concepts de psychologie de la survie et du processus de prise de décision. 

Selon Manu Tranquard, professeur au LERPA, les livres de survie parlent tous des mêmes techniques en tirant leurs conclusions d’expériences personnelles. « C’est un peu léger comme contenu. Pour dire des choses vérifiables qui peuvent vraiment sauver des vies à des étudiants, je préfère travailler avec mon ami la science », dit-il. 

Au cours des dernières années, le LERPA a donc réalisé plusieurs études scientifiques sur différents sujets en lien avec le potentiel de survie en forêt boréale, dont la possibilité de se nourrir exclusivement de plantes en forêt boréale dans un contexte de survie, les meilleures techniques d’allumage de feu sans allumettes, les meilleures techniques de maintien d’un feu selon les essences de bois de la forêt boréale, l’efficacité thermique des abris de survie et la gestion des risques en tourisme d’aventure.

Sécurité aérienne

Le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) utilise différents types d’aéronefs pour réaliser des inventaires fauniques. Tous les fonctionnaires qui réalisent de tels inventaires doivent suivre une formation en sécurité aérienne pour connaître les dangers potentiels, lors de l’embarquement ou du débarquement de l’appareil, mais aussi pour connaître les mesures pour assurer leur sécurité et leur survie dans l’attente de secours, en cas d’accident. 

Par exemple, on apprend l’importance de circuler par l’arrière de l’avion, ou par l’avant d’un hélicoptère, car les hélices en mouvement sont invisibles. De plus, le cours, offert par Centre québécois de formation en aéronautique (CQFA), basé à Saint-Honoré, explique quels sont les équipements de sécurité à bord. Il est aussi important de respecter les limites du pilote et d’éviter de vouloir terminer une mission à tout prix lorsque les conditions météorologiques sont défavorables