Comment réussir son télétravail ?

Thomas Dufour
Le Quotidien
Le télétravail a donné du fil à retordre à plusieurs entrepreneurs depuis le début de la pandémie. Mais il se pourrait qu’ils ne s’y prennent pas de la bonne façon. Petit guide des bonnes pratiques pour bien réussir son télétravail.

« Certaines entreprises ont pensé qu’il suffisait de réaliser les mêmes tâches qu’au bureau, mais à partir de la maison. Mais non, le télétravail change plusieurs choses », affirme Diane Lépine, coach en entrepreneuriat depuis 15 ans.

Il ne suffit pas de fournir un ordinateur et une paire d’écouteurs à ses employés pour que le travail s’effectue comme avant : c’est toute la philosophie d’entreprise qui doit s’adapter.

Certains l’ont compris. Ils ont adopté des comportements qui, dans certains cas, fonctionnent si bien qu’ils pourraient se poursuivre après la crise. Les entreprises qui connaissent du succès en télétravail ont quelques points en commun.

Elles réservent des moments pour la socialisation entre collègues, évitent les longues journées saturées de rencontres, définissent clairement les tâches à accomplir et offrent des outils clairs et simples d’utilisation à leurs employés.

La regrettée machine à café

Dans une journée normale au bureau, un employé ne travaille pas huit heures. « On va à la machine à café, on parle avec un collègue dans le cadre de porte, on se déplace entre les réunions », explique Diane Lépine.

Un employé normal serait productif la moitié du temps, selon la coach.

Avec la pandémie, les gens peuvent passer huit heures par jour assis devant leur ordinateur, parfois sans pause. Il faut garder du temps pour relaxer dans une journée pour « aller prendre une petite marche, jouer avec ses enfants, sortir prendre le l’air », affirme Mme Lépine.

« Les entreprises qui prévoient réunion sur réunion sont celles qui voient plusieurs de leurs employés tomber au combat », affirme-t-elle.

À trop chercher la productivité, c’est le contraire qui se produit.

Un peu partout au Québec, des entreprises tentent de recréer la fameuse pause café, notamment via un groupe, où l’on peut envoyer des photos de son chien, de son café ou de son environnement de travail.

À l’école Coaching de gestion, un 5 à 7 en ligne avec 160 étudiants dans sept pays différents a été organisé. « On avait de petits groupes de six et toutes les vingt minutes, on changeait », expose Diane Lépine.

Les bons outils

Les compagnies qui avaient déjà entamé un virage numérique ont eu une longueur d’avance.

« Dans certaines petites et jeunes entreprises, les employés vont utiliser toutes sortes d’outils gratuits sur le Web. Ça s’éparpille et on sait plus quel outil utiliser », explique Marc Moffatt, directeur général de la Corporation d’innovation et développement Alma Lac-Saint-Jean-Est (CIDAL).

Le groupe d’aide aux entreprises possédait déjà de bons outils avant la pandémie. Par exemple, il avait mis sur pied une application pour centraliser l’information et la partager entre les différents départements.

Même son de cloche du côté de Vigie Coaching, à Québec, l’entreprise de Diane Lépine. « On a tout numérisé il y a huit ans et on donne des cours en ligne depuis plusieurs années. »

Détresse psychologique

En parlant avec des entrepreneurs pendant la crise, Mme Lépine a constaté la détresse de plusieurs. Elle se souvient d’une femme qui, exténuée, s’était enfermée dans les toilettes chez elle pour appeler sa mère. Elle pleurait et ses enfants frappaient à la porte.

Les femmes qui occupent de hauts postes de gestion étaient particulièrement à risque de faire un épuisement professionnel pendant le confinement, estime Diane Lépine. « Surtout si elles ont de jeunes enfants. »

C’est une situation qu’elle a observée plusieurs fois au cours des derniers mois. Dans les faits, les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à se tourner vers le télétravail - au Canada, 46 % des femmes et 32,1 % pour les hommes.

Les employeurs devraient être particulièrement attentifs à la santé mentale de leurs employés, femmes ou hommes. « Il faut se remettre dans les souliers des employés, explique Marc Moffatt. Il faut être à l’écoute. »

Le gestionnaire a organisé des rencontres journalières pour discuter avec ses employés. La CIDAL a aussi créé une infolettre quotidienne pour informer ses travailleurs.

« On demandait souvent aux gens comment ça allait dans leur environnement personnel. Certains n’avaient pas d’espace de travail ; d’autres étaient seuls », explique Michel Fortin, directeur général de l’École des entrepreneurs du Québec.


« Les entreprises qui prévoient réunion sur réunion sont celles qui voient plusieurs de leurs employés tomber au combat. »
Diane Lépine