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Comment la pandémie de grippe de 1918 a changé le Québec
COVID-19
Comment la pandémie de grippe de 1918 a changé le Québec
Avec la crise de la COVID-19, le Québec vit un événement historique d’une rare intensité. Pour mieux comprendre notre brûlante actualité, nous proposons de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur du passé. Si l’on ne peut prédire exactement comment la pandémie de coronavirus modifiera notre existence, l’histoire nous montre que l’épidémie d’influenza de 1918, son point de comparaison le plus récent dans l’histoire, a été un important accélérateur de changements sociaux et politiques au Québec. Retour sur les conséquences historiques de celle que l’on nomme souvent la « grippe espagnole », bien que son origine ait été retracée aux États-Unis.
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La grippe de 1918 au Québec: les faits saillants

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La grippe de 1918 au Québec: les faits saillants

François-Olivier Dorais, UQAC
François Guérard, UQAC
Jusqu’à l’époque de la Première Guerre mondiale, l’Occident n’était pas étranger au phénomène des épidémies. Faut-il rappeler qu’au 19e siècle seulement, des épidémies de choléra, de typhoïde, de variole, de diphtérie et de grippe avaient déjà fait beaucoup de ravages, notamment à Montréal. Mais l’épidémie de 1918, de 10 à 30 fois plus létale que les grippes habituelles, est d’une tout autre ampleur. On estime qu’elle faucha en l’espace de deux ans entre 50 et 100 millions de vies à l’échelle de la planète, un bilan plus lourd que celui de la guerre de 1914-18.

Bien que moins touchés que des pays comme la Chine et l’Inde, le Canada et le Québec ne sont pas épargnés par ce virus, dont la rapidité de propagation découle surtout des déplacements massifs de personnes liés à la Première Guerre mondiale.

Centralisation du système de santé

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Centralisation du système de santé

François-Olivier Dorais, UQAC
François Guérard, UQAC
Lorsque survient l’épidémie de 1918, il n’existe pas encore de ministère de la Santé et la mise en œuvre des mesures d’hygiène publique relève des municipalités. Une autorité centrale, le Conseil d’hygiène de la province de Québec, surveille tout de même leur action à l’aide d’inspecteurs de district couvrant chacun une grande région sanitaire.

Depuis plusieurs années déjà, le directeur du Conseil d’hygiène de la province critiquait cette répartition des responsabilités. Dans bon nombre de municipalités, il notait le peu d’empressement des responsables locaux à faire respecter la loi d’hygiène. Les municipalités ne relevaient pas de son autorité, et il pouvait s’avérer difficile d’en obtenir une collaboration satisfaisante. C’est en bonne partie pour cette raison qu’en 1913, les premiers inspecteurs de district étaient entrés en fonction : ils devaient conseiller les autorités locales, mais aussi les surveiller et leur rappeler leurs obligations. Le constat de l’inefficacité d’une telle structure lors de l’épidémie de grippe contribuera probablement à ce que l’organisme central d’hygiène obtienne par la suite plus de pouvoirs et de moyens d’action.

Des conséquences sociales et politiques

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Des conséquences sociales et politiques

François-Olivier Dorais, UQAC
François Guérard, UQAC
La fin de la Grande Guerre et la grippe espagnole tendent à se confondre, sur le plan des conséquences, dans un même mouvement historique. Ces deux événements frappent surtout par la lourdeur du tribut en vies humaines. Ils viennent tout remettre en cause : la vie des individus, celle des peuples et même la science et la technique, dont on remet en doute leur capacité à incarner le progrès. Une historienne, Esyllt Jones, a d’ailleurs émis l’hypothèse selon laquelle le renouveau spirituel que l’on perçoit dans plusieurs familles de l’Ouest canadien de l’entre-deux-guerres serait directement lié à l’expérience collective des deuils de masse de 1918.

Au Québec, l’épidémie frappe de plein fouet les familles. Elle n’affecte pas directement la natalité, hormis dans le cas des femmes enceintes infectées qui accuseront plusieurs décès. Par contre, le nombre de mariages fléchit en 1918, résultat du nombre particulièrement élevé de morts chez les jeunes adultes. La grippe crée aussi des veufs, des veuves et des orphelins un peu partout dans la province, comme ailleurs. De nombreux foyers doivent se recomposer et, dans bien des cas, privilégier l’adoption de fait. Ainsi, n’est-ce pas un hasard si l’adoption fait l’objet d’une attention particulière en Occident au début des années 1920. Au Québec, c’est en 1924 qu’une première loi sur l’adoption est votée.