Samuel Larouche s'est auto-diagnostiqué, alors même que l'accident au gymnase venait de se produire. Il donnait les ordres aux gens autour en attendant l'arrivée des ambulanciers.

Comme un stage dans son propre corps

Samuel Larouche est thérapeute en réadaptation physique. Mais depuis le 11 février, à 19h50, c'est dans son propre corps qu'il fait «un stage», comme il le dit.
Ce stage-là ne prendra pas fin avec une tape dans le dos et un emploi à la clé. Ce stage-là, il durera pour le reste de la vie de Samuel.
«La dernière chose que je veux, c'est de faire pitié. Je souhaite simplement que les gens se rendent compte que ça peut vraiment arriver à n'importe qui. Moi, avant, j'étais dans le bureau et j'aidais les patients dans leur réadaptation. Maintenant, je suis sur le lit. Les rôles sont complètement inversés», explique-t-il, d'emblée.
Samuel est un gymnaste reconnu. Il a participé à de nombreuses Coupes du Québec ainsi qu'aux Championnats canadiens de l'Est. Le 11 février, il était à Sherbrooke, où il étudiait jusque-là en ergothérapie à l'université, et s'entraînait au gymnase. «Il était 19h50 et j'avais le choix entre aller m'entraîner un dernier 10 minutes avec les garçons plus jeunes, ou aller m'étirer. Le gymnase fermait à 20h. Ç'a été une minute décisive. Je suis allé avec les garçons. J'ai fait un ''arabian'', un saut que j'ai fait de nombreuses fois auparavant, sauf que cette fois je suis rentré tête première dans le tapis.»
Il s'est cassé le cou. Il n'a pas perdu conscience. «Je donnais les ordres. Je disais aux gens présents que j'avais la C6 et la C7 touchées, que mon cou était cassé. ''Ça prend de la stabilisation pour mes cervicales'', que je leur expliquais. Quand je suis arrivé à l'hôpital, ils ont évalué ma condition neurologique, mais je m'étais déjà diagnostiqué.»
Samuel savait donc qu'il ne remarcherait pas.
«Mes parents, qui étaient au Saguenay, ont été joints par l'hôpital. En raison de la confidentialité, les infirmières et médecins ne pouvaient pas vraiment leur dire ce que j'avais, sauf leur demander de s'en venir le plus rapidement possible. Je les ai appelés. C'est moi qui leur ai dit ce que j'avais», explique le jeune homme de 20 ans.
Le Jonquiérois a subi deux opérations et passé un total de 10 heures sur la table. Deux tiges de métal et une greffe osseuse plus tard, il s'est réveillé, mais la vie n'était pas redevenue comme elle l'était à 19h49, ce 11 février. Sa moelle épinière a subi une lésion complète lors de la chute. Dans les premières semaines suivant l'événement, il était maintenu en vie par des respirateurs artificiels. Encore aujourd'hui, il n'a que 40 à 45% de ses fonctions respiratoires. Son corps ne lui offre plus la possibilité de bouger ni ses mains ni ses jambes. Ses bras lui permettent de pousser sa chaise roulante. Quant à sa tête, visiblement, elle n'a rien perdu de ses facultés.
«Je suis affirmé. Le fait que je sois en chaise roulante, je suis passé à un autre chapitre. Je comprends que les gens veulent savoir pourquoi, savoir comment je vais, me posent des questions. Par contre, moi, je suis passé à une autre étape. Je vis.
«Je ne voulais pas une vie comme celle-là, mais tant qu'à être obligé, je vais vivre du mieux que je peux. Je vais avoir une qualité de vie agréable.»
Progression fulgurante
Samuel a passé les derniers mois à l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (anciennement Institut François-Charron). La semaine dernière, il était en «congé» au Saguenay. À partir d'août, et pour un an, il habitera dans la région. Cela lui permettra de s'adapter à son environnement et de faire le point sur ce qu'il veut faire pour la suite.
«À l'IRDPQ, ils m'appellent le quadriplégique de luxe, lance-t-il, souriant. En 15 ans, la physiatre qui me traite n'a jamais vu évoluer quelqu'un rapidement comme ça! Je suis par contre celui dont le diagnostic est le plus grave, en quelque sorte. Sur 20 personnes, nous ne sommes que trois à être confinées dans une chaise roulante.»
Samuel Larouche a rencontré des gens très intéressants à l'IRDPQ. Il y a développé de belles amitiés. «Ils sont de tous âges, toutes professions.»
Ils sont monsieur Tout-le-Monde.