Le biologiste Claude Villeneuve croit que les responsables de l’aménagement forestier doivent, dès aujourd’hui, intégrer dans leur discipline la notion de changement climatique qui aura un impact sur la grande forêt boréale.

Climat: des pertes de productivité pour la forêt boréale

« Ce n’est pas un luxe aujourd’hui de penser aux changements climatiques quand on travaille sur l’aménagement forestier. On plante un arbre dans un horizon de 80 ans. »

Le biologiste et directeur de la Chaire en écoconseil de l’UQAC, Claude Villeneuve, a illustré assez simplement les transformations irréversibles qui se produiront dans le climat de la grande forêt boréale. Le spécialiste du climat y est allé de ces projections devant les participants au congrès de l’Association forestière régionale, qui se déroulait sous le thème « Forêt & bois, adaptation aux changements climatiques ».

En tenant compte d’une augmentation de 1,5 degré en moyenne d’ici les 100 prochaines années à l’échelle planétaire, la hausse de la température dans la grande forêt boréale serait, au Québec et au Canada, de 2 à 3 degrés.

En effet, selon les derniers articles scientifiques cités par le biologiste, à partir du moment où la température moyenne de la forêt boréale augmentera de plus de 2 degrés, celle-ci subira des changements majeurs et il faudra s’attendre à une perte de productivité de cette réserve importante de matière ligneuse.

« On va se retrouver, sur un horizon de 60 ans, avec les mêmes unités thermiques à Schefferville que ce que nous avons aujourd’hui dans les érablières du sud », a insisté Claude Villeneuve, ce qui nécessite, selon lui, des réflexions sur la façon dont la foresterie est pratiquée et surtout sur les interventions en matière de plantation.

Le projet Carbone boréal a déjà ouvert un vaste chantier de recherche afin d’évaluer la modification du climat sur les arbres. Pour ce faire, des arbres poussant à 600 kilomètres plus au sud ont été plantés à côté de blocs d’arbres d’origine dans la forêt boréale du nord. Claude Villeneuve explique qu’il sera possible pour plusieurs générations de chercheurs de vérifier certaines hypothèses quant à l’adaptation des arbres aux changements climatiques.

Deux fois trop de gaz à effet de serre

Claude Villeneuve, dont la conférence s’intitulait « Anticiper n’est pas un luxe pour la forêt », croit en effet que l’introduction des changements climatiques dans la foresterie pour tenir compte des hausses de température est essentielle, compte tenu de la production de gaz à effets de serre. Car tous les indicateurs démontrent qu’avec une croissance de la population, laquelle consomme de plus en plus de biens, il sera difficile de respecter les cibles à court terme.

Le biologiste a glissé un mot sur le rôle de la forêt boréale dans le système climatique mondial. Le volume de gaz carbonique consommé par la végétation sur la terre augmente à partir du moment où la forêt boréale entre en période de croissance et diminue avec l’arrivée des temps froids. La forêt boréale est donc un instrument important dans la lutte aux changements climatiques.

Malgré ce rôle, la réalité des chiffres confirme que la pente sera difficile à remonter. La planète produit chaque année 36 milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Les forêts et tous les autres mécanismes de captation de carbone éliminent 18 milliards de tonnes. Le solde est donc de 18 milliards de tonnes en trop de ce gaz à l’origine du réchauffement climatique.

Changement brusque

Claude Villeneuve a été précédé au micro par le chercheur Pierre Richard. Ce dernier a expliqué que la forêt boréale s’est installée progressivement sur une période de 10 000 ans avec une variation climatique de l’ordre de 5 degrés. La même forêt, a rappelé Claude Villeneuve, risque de subir une transformation climatique aussi importante sur une période de 100 ans. Il s’agit d’un changement basé sur un scénario avec une augmentation moyenne de 1,5 degré d’ici 100 ans.