CHSLD de la Colline : aucune embellie pour le personnel

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La direction des ressources humaines du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean a toujours de la difficulté à dégager des ressources en soins infirmiers pour supporter le personnel du CHSLD de la Colline, lequel doit toujours composer avec une éclosion majeure de COVID-19 qui rend le travail très exigeant physiquement, combiné aux décès en rafale de résidents qui hypothèquent petit à petit le moral des équipes.

Le Quotidien a communiqué avec des membres du personnel afin d’obtenir un portrait plus juste de la réalité dans cet établissement où les équipes n’ont eu aucun répit depuis le 3 avril. Jusqu’à aujourd’hui, le virus a infecté en moyenne deux employés par jour (total de 56 jusqu’à maintenant), en plus de causer le décès de 16 résidents.

« La fin de semaine a été difficile. Les infirmières en ont beaucoup sur les bras. Leur tâche a été beaucoup augmentée et elles donnent un coup de main aux préposés quand il y a trop de travail. Elles ont aussi le rôle de faire suivre les directives. Elles doivent gérer les personnes qui sont au bout du rouleau le soir et la fin de semaine. Au CHSLD de la Colline, il n’y a plus de temps supplémentaire obligatoire, ce sont les personnes entre elles qui se sacrifient pour donner un repos à une collègue », a raconté au Quotidien un employé qui estime qu’il faudra tôt ou tard de l’aide.

« On ne sait plus trop qui croire, ajoute une autre employée. On nous dit que l’horaire est complet et quand on arrive au début de notre quart de travail, l’équipe est amputée de 50 %. La Santé publique a sorti des collègues qui ont été en contact. Certains se font aussi dire de rester à la maison, qu’elles seront contactées pour rentrer si jamais il y a une rupture de service ! Des fois, les gens ont juste le goût de se rouler en boule dans leur coin et de pleurer. Oui, les résidents sont propres. Oui, ils reçoivent des bons soins, mais nous en payons le prix. »

La semaine dernière, les dirigeants du CIUSSS, de la présidente-directrice générale Julie Labbé au directeur des ressources humaines, ont tour à tour écarté le recours aux directives ministérielles pour être en mesure de dépêcher du personnel au CHSLD de la Colline.

Le CIUSSS compte en ce moment sur un bassin de 2052 infirmières (régulières et temps partiel) et 444 infirmières auxiliaires (excluant les CHSLD et les services à domicile). Un certain nombre, plus ou moins 150, sont retirées du travail en raison de la pandémie. Le CIUSSS a aussi diminué ses activités avec la fermeture d’un peu plus de 300 lits sur les 672 en courte durée.

En fin de semaine dernière, le CIUSSS n’a pas été en mesure de trouver de volontaires sur le territoire de Chicoutimi pour éviter le temps supplémentaire au CHSLD de la Colline. Pour avoir accès à l’ensemble du bassin, c’est-à-dire à du personnel infirmier de toute la région, le CIUSSS devra activer la directive ministérielle qui l’autorise à déplacer du personnel de Jonquière, Alma, Roberval et Dolbeau. L’entente de volontariat conclue avec les syndicats sur l’inclusion du temps de déplacement dans le salaire ainsi que les dépenses d’hôtel et de restauration n’a soulevé aucune vocation au Lac-Saint-Jean. L’employeur a également écarté pour le moment une disposition de la directive ministérielle qui permet de forcer les infirmières à temps partiel à prendre des horaires à temps complet ainsi que la suspension des vacances estivales.

La présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard, admet qu’il est inacceptable qu’une poignée de travailleurs et travailleuses assument la responsabilité de maintenir la qualité des services au CHSLD de la Colline dans les circonstances actuelles. Elle réclame au plus vite des solutions qui ne passent pas nécessairement par la mise en oeuvre de la directive ministérielle qui permettrait à l’employeur de combler les besoins en situation d’urgence.

« Nous avons informé l’employeur concernant la disponibilité des inhalothérapeutes au début du mois d’avril. Le 17, j’ai appris que certaines étaient à la maison à ne rien faire. Pendant que les inhalothérapeutes pourraient donner un coup de main à de la Colline, un comité du CIUSSS est en train d’écrire le mandat qui sera confié aux professionnels de la santé pour encadrer leur travail. Une inhalothérapeute pourrait donner tout un support dans une équipe dédiée directement aux soins des résidents dans un CHLSD comme de la Colline. »

Une inhalothérapeute, en raison de son champ de pratique, a le droit de distribuer aux patients ou résidents tous les médicaments prescrits par les médecins.

Julie Bouchard pense aussi au déconfinement et à la reprise dans les blocs opératoires. Le CIUSSS a, selon elle, eu de la difficulté à supporter le CHSLD de la Colline dans les meilleures conditions. Le retour des enfants en classe avec le risque d’une augmentation des cas dans la population, et au sein du personnel infirmier, risque selon elle de fragiliser le réseau régional. Les CHSLD seront également exposés à de plus grands risques, selon la présidente, et les ressources seront encore plus limitées puisque la reprise des blocs opératoires va nécessiter de mobiliser des infirmières.

Les ordres professionnels ont aussi ralenti le processus, selon la FIQ. Il aurait été utile que l’OIQ accepte d’accorder immédiatement le statut de postulante au titre d’infirmière. Ce qui aurait permis aux collégiennes qui terminent leur deuxième année de peser des actes sous supervision afin d’alléger le travail des infirmières. Plusieurs d’entre elles sont en ce moment préposées aux bénéficiaires dans plusieurs CHSLD du Québec.