Le Baieriverain Christian Lavoie est en attente d'une greffe cardiaque. À bout de souffle, les jambes enflées et la peau rongée par le psoriasis, il souhaite pouvoir un jour vivre une vie normale.

Christian Lavoie attend un nouveau coeur

Christian Lavoie a besoin d'un nouveau coeur. En attente de l'appel qui viendra modifier le cours de sa vie, le Baieriverain vit des jours difficiles. Sa condition fait grimper son niveau d'anxiété en flèche, l'affaiblit au plan physique et lui provoque une pléiade d'effets secondaires.
Une cruche de verre à son effigie a été déposée sur un comptoir du supermarché IGA Verreault. Sur le large contenant, on peut voir une photo de l'ancien concierge de l'épicerie, accompagnée d'un message qui va comme suit: «Un don pour Christian Lavoie, un p'tit gars de La Baie, pour une greffe du coeur».
Christian Lavoie a quitté son boulot au début de la trentaine, après 12 ans de service. Déclaré invalide, il n'était plus capable d'occuper un emploi.
«Je suis né avec une malformation congénitale. J'avais un trou entre les oreillettes et une malformation de la valve tricuspide. Ç'a été corrigé quand j'avais huit ans et j'ai été opéré encore à 11 ans. Je n'étais pas un enfant normal. Je n'ai jamais fait de sport et je n'étais pas capable de suivre mes amis. Quand tu n'es pas capable de courir avec les autres, tu te sens toujours différent. J'ai toujours été protégé par mes parents», a raconté Christian Lavoie, au cours d'une entrevue empreinte de franchise, réalisée à sa résidence de la rue des Cévenols.
Assis dans une berceuse dans un coin du salon de sa maison mobile, il a raconté son histoire candidement, comme si le fait de parler de son état et de tous les maux qui l'affligent à une tierce personne le libérait de son mal, même si temporairement.
Au début de l'âge adulte, Christian Lavoie menait une vie relativement normale. Il a rencontré l'amour de sa vie, Manon Lachance, avec qui il vit toujours aujourd'hui. Ensemble, le couple a eu une fille, Amélie, maintenant âgée de 15 ans. L'insuffisance cardiaque du Baieriverain était relativement bien contrôlée par les médicaments. Jusqu'au jour où, pendant la grossesse de sa conjointe, il s'est mis à éprouver des malaises. Le nouveau papa a appris avec tristesse qu'il devait subir une troisième opération à coeur ouvert pour remplacer sa valve. Ce n'était pas une question de choix.
Un homme et un coeur fatigués
Christian Lavoie raconte qu'après la convalescence, les choses allaient somme toute bien pour lui. Pendant cinq ans, son état de santé s'est maintenu. Jusqu'à ce que son corps recommence à lui envoyer des signaux de détresse. Pis encore, l'homme de 46 ans, trentenaire à l'époque, s'est mis à faire de l'oedème, provoqué par une surcharge de liquide dans son organisme. Tout cela, explique-t-il, est causé par la fuite en provenance de son coeur et la pression sur ses reins. Une échographie cardiaque subséquente a révélé que son coeur était en piteux état.
«J'ai été transféré à Québec. On m'a dit que mon coeur était fatigué et que ça m'en prendrait un neuf. En plus, on a découvert que mon foie était aussi malade. C'était une claque sur la gueule. C'étaient une, deux, trois, quatre portes qui se fermaient tout d'un coup devant moi», explique Christian, le regard voilé par les larmes.
«Ce n'est pas une vie»
Depuis plusieurs semaines, Christian Lavoie attend d'être appelé pour une rencontre préparatoire à l'hôpital montréalais Royal-Victoria.
Il s'agira du premier jalon du processus qui mènera éventuellement à la greffe cardiaque. Bien sûr, un coeur compatible devra être déniché. Mais tout ce que Christian Lavoie souhaite, pour l'instant, c'est entendre la sonnerie annonciatrice du téléphone, cette voix rassurante de l'infirmière pivot qui viendra semer l'espoir et atténuer l'angoisse provoquée par tant d'incertitude.
Toujours assis dans son fauteuil, Christian pose ses mains sur ses jambes gonflées. Sans gêne, il attire l'attention sur sa peau décolorée et rongée par le psoriasis.
« Il n'y a rien à faire pour ça. J'ai eu des vaccins et j'utilise des crèmes topiques, mais ça ne me soulage pas vraiment. Je fais tellement d'anxiété que les plaques sortent. Cet été, j'ai été en crise pendant dix jours. Je n'étais plus capable de rien faire. Ce n'est pas une vie », a-t-il confié en s'excusant d'avoir les yeux remplis d'eau.
Rassuré quant à la normalité de ressentir de la peine dans de telles circonstances, Christian Lavoie a paru apaisé, puis a poursuivi : « J'ai espoir que ça va bien aller après ma greffe. Mon rêve, c'est de pouvoir marcher normalement et de ne pas avoir les jambes lourdes. Mon rêve, c'est de me sentir libre. D'avoir une vie normale », a-t-il conclu.
Le milieu se mobilise
Sans le soutien de sa famille et de la communauté, qui s'est unie pour lui venir en aide, le père de famille aurait bien du mal à tenir le coup.
La conjointe de Christian Lavoie récolte l'unique salaire de la maisonnée. Les fins de mois sont parfois difficiles à boucler. De plus, la greffe cardiaque à venir nécessitera que le couple passe beaucoup de temps à Montréal, ce qui engendrera évidemment des dépenses importantes.
Sous la gouverne d'une ancienne collègue de travail de Christian Lavoie, Carole Girard, une initiative a été lancée pour l'aider financièrement. Outre l'argent amassé au IGA, un souper spaghetti a récemment été organisé pour lui, une activité qui a permis de recueillir 3000$. Une page Facebook a aussi été créée et les gens sont invités à contribuer.
Toujours à l'initiative de Carole Girard, la famille Lavoie a pu oublier son malheur l'instant de quelques heures pendant la période des Fêtes l'an dernier. La dame est débarquée avec une brigade munie de sacs d'épicerie remplis de denrées. Tout le nécessaire pour concocter un festin de Noël. Il y avait aussi des cartes-cadeaux pour la conjointe et la fille de Christian afin de leur permettre de se gâter un peu.
«Ça nous a tellement fait du bien. Les gens sont vraiment généreux et sympathiques à notre cause. Ça met un baume sur tout ce qu'on vit», confie Christian Lavoie, qui doit ingurgiter une trentaine de pilules par jour en lien avec sa cardiopathie et tous les problèmes de santé découlant de sa condition.