Rosalie Lalonger-Trépanier réside au Honduras depuis sept mois.
Rosalie Lalonger-Trépanier réside au Honduras depuis sept mois.

Choisir de rester au Honduras en pleine pandémie

Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Détecté dans la ville de Wuhan en Chine, le nouveau coronavirus a rapidement fait son chemin jusqu’aux quatre coins de la planète. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé l’état pandémique de l’éclosion de COVID-19 le 11 mars dernier. Le Quotidien s’est entretenu avec des Saguenéens et Jeannois d’origine, expatriés un peu partout sur la planète, afin de découvrir leur réalité alors que les mesures et les consignes en lien avec la maladie à coronavirus varient d’un pays à l’autre. Troisième arrêt : Tela au Honduras.

C’est par amour que Rosalie Lalonger-Trépanier a quitté son Lac-Saint-Jean natal pour le Honduras et c’est pour cette même raison qu’elle y reste, et ce, même en pleine crise de la COVID-19.

La jeune femme a rencontré lors d’un voyage au Honduras, en décembre 2018, celui qui allait devenir son amoureux. Elle a, par la suite, fait l’aller-retour pendant 7 mois entre le Québec et le Vermont, là où José Mauricio Gutierrez Hernandez étudiait au niveau universitaire. Le couple s’est finalement envolé le 3 septembre dernier vers le pays d’origine de José Mauricio Gutierrez Hernandez afin de s’y établir définitivement.

La femme de 23 ans vit, depuis sept mois, dans la ville de Tela avec la famille de son conjoint. Les démarches entourant l’obtention de sa résidence sont complexes et coûteuses. Même si le pays a longtemps été considéré comme le plus dangereux de la planète, les nouveaux arrivants doivent tout de même répondre à plusieurs critères. Comme elle l’indique, « il y a plusieurs contradictions qui font que c’est difficile ».

La pandémie de COVID-19 a chamboulé la nouvelle vie au soleil de Rosalie Lalonger-Trépanier, qui souligne que la situation est beaucoup plus stricte qu’au Québec. « Après deux cas confirmés, ils ont fermé toutes les écoles. Ici, on n’a pas les mêmes moyens pour soigner les gens et sauver des vies », raconte celle qui est originaire de Dolbeau-Mistassini.

Le confinement est quasi-complet pour les Honduriens. C’est le dernier numéro de la carte d’identité qui détermine quelle journée de la semaine les résidants pourront sortir de la maison en toute légalité.

Depuis le début de cette crise, la jeune femme a évalué, l’instant d’une journée, les options de retour au Québec qui s’offraient à elle. Malgré les restrictions imposées par le Honduras, Rosalie Lalonger-Trépanier a pris la décision de ne pas revenir au Québec.

« Je vis avec deux médecins, dont mon chum biologiste, qui est considéré comme médecin, et sa soeur. C’est mon pays d’adoption, je n’ai jamais autant ressenti de paix intérieure. La journée où je ne me sentirai plus en sécurité, je rentrerai », mentionne-t-elle.

Rosalie Lalonger-Trépanier est consciente que le choix de rester au Honduras est mis en doute par plusieurs. Le sommeil est, certains soirs, plus difficile à trouver. « Il y a des nuits ou je ne dors pas. Je suis loin. Je ne peux pas avoir de conversation en français avec mon voisin. Mais je vis bien avec ma décision de rester ici », témoigne-t-elle.

La Dolmissoise d’origine fait partie d’une liste d’envoi d’aide consulaire qui permet à des Canadiens vivant au Honduras d’être informés des derniers développements.

Visite au Québec retardée

Réaliste, Rosalie Lalonger-Trépanier met de côté le projet de revenir au Québec, comme prévu, cet été. Elle s’attend plutôt à pouvoir peut-être revenir à Noël ou même seulement l’été prochain. La COVID-19 et la demande de visa de son conjoint complexifieront les démarches. « C’est beaucoup plus difficile qu’on pense de venir au Canada, même pour une visite, parce qu’on vient du Honduras », explique-t-elle.

L'initiative de Rosalie Lalonger-Trépanier a permis de nourrir 16 familles.

+

AIDER LES AUTRES EN PLEINE CRISE

Il était impensable pour Rosalie Lalonger-Trépanier de rester les bras croisés face à la situation vécue dans son pays d’adoption qu’elle découvre depuis un peu plus de sept mois. La jeune femme tenait à aider, à sa façon, une partie de la population du Honduras. 

« Environ 80 à 85 % de la population est dans une situation de pauvreté extrême. Ça me faisait capoter de voir les gens se battre en Amérique du Nord pour du papier de toilette. Je voulais faire quelque chose, mentionne celle qui tient à présenter le visage de la pauvreté. Ce qui me frappe ici, c’est que les gens ne meurent pas de la COVID. »

Rosalie Lalonger-Trépanier a ainsi approché sa famille et ses amis au Québec afin de recueillir un maximum de dons en argent. La générosité de son entourage a ainsi permis d’aider 16 familles en leur offrant de la nourriture en plus de distribuer de la nourriture aux animaux errants. 

À travers cette riche expérience, la Jeannoise d’origine a pu constater que malgré la pauvreté extrême dans laquelle ils vivent, les Honduriens qu’elle a rencontrés étaient forts heureux.

La générosité de la famille et des amis de Rosalie Lalonger-Trépanier a permis d'aider des dizaines d'Honduriens. 
Rosalie Lalonger-Trépanier a nourri des familles du Honduras en compagnie de l'armée.