Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Chirurgies de l'oesophage: à Québec, point final

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, ne reculera pas dans le dossier de la centralisation des chirurgies pour le cancer de l'oesophage à Québec. Il assure que les intérêts personnels de deux ou trois médecins ne l'emporteront pas sur un consensus partagé dans l'ensemble de la profession et basé sur des données probantes concluantes.
Au cours d'une entrevue qu'il accordait vendredi au Quotidien alors qu'il se trouvait à Chibougamau, le ministre a tenu à préciser que la décision de centraliser les chirurgies relevait uniquement de la science. Il a écarté du revers de la main toute allusion à des économies potentielles que le ministère pourrait réaliser en centralisant ces interventions.
«Je peux vous le dire à 150 %, il n'y a aucun enjeu financier pour le ministère. C'est une décision de science et d'organisation des services, il n'y a aucun enjeu financier. La littérature scientifique, je ne l'invente pas. Cette littérature existe, elle ne peut pas être niée et elle traite d'un certain nombre d'enjeux, dont les chirurgiens, et les oncologistes et les autres professionnels», plaide le ministre.
Le ministre reprend en affirmant que dans le discours tenu par les médecins de Chicoutimi, on assiste à des intérêts personnels qui s'opposent à des intérêts cliniques. Depuis des années, évoque le ministre, la littérature scientifique encourage dans la direction prise par le ministère et l'environnement du cancer au Québec est également favorable à ce type de regroupement de services.
Pour démontrer qu'il s'agit d'un dossier qui remonte à plusieurs années, Gaétan Barrette évoque la période où il était «de l'autre bord», à titre de président de la Fédération des médecins spécialistes. Il avait, dit-il, ce genre de dossier sur la table et même la direction de l'Association des chirurgiens thoraciques du Québec lui demandait de faire des pressions auprès du gouvernement pour aller dans ce sens.
Lors du point de presse tenu jeudi, les médecins de Chicoutimi ont présenté une étude américaine dont les données démontrent que dans le cas spécifique de la chirurgie du cancer de l'oesophage, la loi du grand nombre ne s'appliquait pas. Le ministre de la Santé répond que dans le domaine de la santé, il y a toujours une étude qui ne va pas dans le sens de la majorité, et qu'il se trouve toujours des individus pour l'utiliser afin de défendre des intérêts particuliers.
Le ministre n'a pas apprécié que les médecins évoquent ouvertement en point de presse la possibilité que des patients décident tout simplement de ne pas se faire opérer au lieu de se rendre à Québec. Il juge que ce n'est pas la bonne façon d'agir dans les circonstances.
«C'est déjà assez difficile pour les patients de faire face à ce cancer, il me semble que les médecins ne devraient pas jouer à ce jeu. Il ne faut pas alarmer la population de la sorte. Vous, si vous avez besoin d'une greffe cardiaque, parce que c'est à Québec, vous n'irez pas vous faire faire une greffe ou parce que c'est à Montréal, vous allez refuser la greffe? C'est n'importe quoi. C'est déjà assez difficile pour les gens de passer à travers ce genre d'épreuve, on as-tu besoin de médecins qui construisent des drames dans la population? Je n'en reviens pas.»
En point de presse, la gastroentérologue Annick Boulard a mis l'accent sur les inconvénients et le stress additionnel ajouté au patient qui doit se déplacer à Québec pour subir la chirurgie et possiblement d'autres déplacements pour le suivi opératoire. Vendredi, Gaétan Barrette déférait d'avis de la spécialiste en répétant que les données probantes démontrent qu'il est préférable pour le patient d'avoir accès à une équipe qui pratique un grand nombre d'interventions chirurgicales, nonobstant l'obligation de se déplacer entre le Saguenay et Québec.
Pour le ministre, il est impossible de gérer le système de santé québécois sur les humeurs de «tout un chacun». Il faut se baser sur les évidences de la science dans l'organisation des soins.
La chirurgie pour le cancer de l'oesophage appartient donc au passé pour l'hôpital de Chicoutimi. Même un citoyen qui exigerait d'obtenir cette chirurgie à Chicoutimi en prétextant que l'expertise est disponible sur place se verrait refuser le service par le CIUSSS qui n'a d'autre choix que de se plier à la décision du ministère.