Michel Daigle, chef cuisinier, Jean-François Abraham, copropriétaire, et Charles Boudreault, directeur général, posent dans la cuisine du restaurant

Chez Georges fait peau neuve

Le légendaire restaurant Chez Georges de Chicoutimi fait peau neuve. Le copropriétaire Jean-François Abraham et son père Robert vont investir 1,5 million $ pour refaire complètement le célèbre restaurant de la rue Racine.

« Ça fait cinq ans qu’on y réfléchit, depuis qu’on l’a acheté de ma tante Norma Abraham. C’est le restaurant de mon grand-père, j’ai grandi ici. J’ai été plongeur et ‘‘boss boy’’ avant que je quitte pour l’université et que je développe les Coq Rôti avec mon père », confie le restaurateur.

« Ç’a été long, car toutes les fois qu’on parlait de rénovations, il fallait que je démolisse ce que j’aime le plus dans ce restaurant. Je voulais garder les banquettes avec les juke-box, je voulais qu’on conserve la cuisine avec les fenêtres face à la rue Racine, je voulais conserver le nostalgique. Il a fallu que je me rende à l’évidence : c’est une vieille bâtisse et il faut tout refaire », fait savoir Jean-François Abraham, lors d’une rencontre dans la vieille salle à manger.

« C’est un miracle d’avoir duré près de 60 ans avec des installations désuètes. Honnêtement, il s’agit plus d’une décision de coeur qu’une décision d’affaires. Je veux faire honneur à la mémoire de mon grand-père et continuer à avoir un commerce sur la rue Racine », dit-il.

À compter de mercredi, le vieux Georges sera fermé pour une période de sept semaines, mais le côté bistrot restera ouvert pendant ce temps. Ensuite, au début mars, le restaurant sera complètement fermé pour une période de sept semaines visant une réouverture du nouveau Georges au milieu du mois de mai avec une nouvelle terrasse.

Des Passionnés

Pour reconstruire le restaurant de l’intérieur, Jean-François Abraham a mis la main sur deux passionnés; Charles Boudreault (Festival des vins, Association des centres-villes) et Michel Daigle, l’ancien chef du restaurant Le Bergerac à Jonquière.

« Il ne restera plus rien de l’ancien Georges pour ce qui est des installations. L’électricité date de 60 ans, la structure date de plus de 60 ans, tout sera changé, nous allons faire un restaurant du 21e siècle », souligne Charles Boudreault qui réfléchit depuis trois mois aux modifications.

« Il y aura une seule entrée. On avait l’impression qu’il y avait trois restaurants en un ici avec la vieille salle à manger, le vieux Georges avec les banquettes et l’espace bistrot construit il y a 20 ans », met en relief celui qui se dit un grand amoureux de la rue Racine et du restaurant où sa conjointe Sandy Laforge est actionnaire avec Christine Lévesque.

« Le mobilier, la vaisselle, les équipements de cuisine : tout sera changé pour se mettre à l’heure de l’ère moderne. Nous resterons cependant fidèles aux recettes qui ont fait la renommée du restaurant », assure Charles Boudreault.

Du Georges à l’ère moderne

« Nous allons servir le menu de Chez Georges dans les règles de l’art en ne faisant pas de raccourci alimentaire. Nous avons fait des recherches pour nous rapprocher le plus possible de la recette de sauce à spaghetti originale. Il y a des épices de l’époque qui n’existent plus, il a fallu faire des recherches et faire des tests de goût avec les anciens employés. Nous faisons notre propre viande hachée et il est important de garder de hauts standards de qualité », fait valoir le chef Michel Daigle, qui ajoute que « le spaghetti de Chez Georges mérite d’être servi dans une belle assiette ».

« Pour le steak, on va aller plus loin dans l’expérience. Nous allons servir des steaks vieillis en construisant notre propre chambre de vieillissement et il restera la marque de commerce du restaurant », explique le chef, assurant qu’il en sera de même pour le poulet et les autres items du menu.

« Nous voulons que le restaurant soit encore un rendez-vous pour la famille, les amis et un endroit de plaisir. Nous allons tout faire pour conserver cette ambiance », indique Charles Boudreault. 

Pour les changements, il faut s’attendre à découvrir un comptoir de prêt-à-emporter plus important à l’entrée.

« Nous voulons commercialiser davantage la vente de sauce à spaghetti, la vinaigrette à salades, les épices à steak, les épices pour le poulet et les commandes pour emporter », laisse savoir Charles Boudreault, indiquant que le restaurant vend 4500 commandes pour la livraison ou pour emporter chaque année sans même publiciser cet aspect.

Une institution, de 1960 à aujourd’hui

Pour la petite histoire, le fils de Georges Abraham, Robert (le père de Jean-François) nous rappelle les débuts du restaurant. «En 1959, mon père était propriétaire de l’hôtel Commercial à La Baie et quand il l’a vendu, il cherchait une occasion d’affaires. Il avait même fait une offre pour acheter un hôtel en Floride. À la même période, Robert Picard, de la famille des Picard, restaurateurs et hôteliers de l’époque à Chicoutimi, voulait ouvrir un restaurant sur la rue Racine entre le Woolworth et le Coq d’or, dans un espace de 13 pieds de large où il y avait déjà eu une petite tabagie avant», raconte celui qui est à la tête des Coq Rôti avec son fils.

«Robert Picard a eu un accident dans le Parc (route 175) et il a passé un an dans le plâtre. Les gens qui lui avaient vendu les équipements de restauration ne pouvaient pas attendre et c’est là que mon père a décidé d’acheter les équipements et d’ouvrir le restaurant en 1960. Il y avait des banquettes chaque côté et une petite cuisine à l’avant, et le reste des équipements dans le sous-sol», se rappelle Robert Abraham.

«Mon père a ensuite acheté le Coq d’or à côté pour aménager la cuisine face à la rue et la salle à manger avec le mur de pierres en 1963, ce qui aura été le restaurant que le monde a connu pendant près d’une quarantaine d’années avant le dernier agrandissement», explique celui qui se replonge dans des modifications après toutes ces années.

Le premier ‘’steak house’’ de Chicoutimi

«Les gens qui voulaient manger de la fine cuisine à l’époque allaient dans les hôtels. La réputation de Georges Steak House vient du fait que mon père achetait du boeuf de l’ouest pour le steak et que c’était de la viande vieillie pendant cinq semaines. Ça donnait un goût particulier, une chose qu’on ne peut plus faire aujourd’hui à cause des normes dans l’alimentation. Nous avons aussi été les premiers à créer un poulet barbecue avec une sauce brune au lieu de la traditionnelle sauce rouge à base de ketchup», détaille le restaurateur.

Pour la sauce à spaghetti, c’est une recette que la mère de Robert Abraham a élaborée avec le chef italien que Georges Abraham a embauché à l’époque. Chez Georges a été le premier Steak House de Chicoutimi et comme il n’y avait pas beaucoup de restaurants à l’époque, sa renommée a rapidement traversé les frontières de la région.

Encore aujourd’hui, les touristes et les personnalités insistent pour aller manger Chez Georges.