Le lieu d'enfouissement technique d'Hébertville-Station doit prendre en charge les déchets du Saguenay, en plus de ceux du Lac-Saint-Jean, dès décembre prochain.

Chassés par la puanteur

Des odeurs nauséabondes émanent du bassin d'accumulation du lixiviat, au lieu d'enfouissement technique (LET) d'Hébertville-Station, et incommodent des citoyens du 8e rang à Saint-Bruno, à tel point que les occupants d'une maison ont parfois résidé à l'hôtel cet été. La municipalité et la Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean (RMR), gestionnaire du site, sont grandement préoccupées par la situation.
« C'est épouvantable. J'habite à quatre kilomètres du lieu d'enfouissement. En fin de semaine encore, nous sommes rentrés à l'intérieur parce que ça puait trop. On ne peut pas laisser la fenêtre ouverte. Chez mon voisin, c'est encore pire. Il est allé dormir à l'hôtel quelques fois cet été », déplore le citoyen Richard Thériault, qui a décidé de porter plainte au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). Son voisin, qui préfère rester discret, veut encore laisser une chance à la RMR. Cette dernière a aidé financièrement le résidant pour l'hébergement.
La puanteur a commencé à se faire sentir il y a quelques semaines, lorsque la Régie a entrepris des manoeuvres de brassage dans le bassin de lixiviat. Les déchets du Lac-Saint-Jean, et bientôt ceux du Saguenay normalement, sont enfouis dans des cellules de remplissage au LET. Avant que celles-ci soient complètement fermées hermétiquement, de l'eau issue des pluies et de la fonte des neiges passe à travers les détritus. C'est ce qu'on appelle le lixiviat. Le liquide est capté, gardé dans un bassin puis traité en usine avant d'être rejeté dans l'environnement, quand il est devenu aussi propre que de l'eau de baignade.
La RMR réagit
« Nous voulions que l'affluent de lixiviat à l'usine soit plus homogène. Le liquide plus ancien restait en profondeur. Nous avons donc brassé le bassin selon des techniques déjà éprouvées, sauf que ça a aussi ramené des odeurs à la surface. On a réveillé l'eau qui dormait. Les citoyens nous ont avertis et ça nous préoccupe beaucoup. Nous avons changé nos façons de faire et la senteur est vraiment moins pire, mais il y a encore des épisodes très localisés. Ça dépend aussi de la météo, s'il fait chaud ou s'il vente par exemple. On travaille à trouver des solutions, ça fait partie de nos opérations », explique la porte-parole de la Régie des matières résiduelles, Stéphanie Fortin.
Les émanations ne représentent pas un danger pour la santé humaine, précise la RMR. Toutefois, selon la Loi sur la qualité de l'environnement, une odeur « susceptible d'altérer de quelque manière la qualité de l'environnement » est un contaminant pouvant polluer un milieu s'il est trop concentré. Le MDDELCC, après une demande d'information du Quotidien, a indiqué qu'il effectuera les « vérifications appropriées » sur la situation, qui n'avait pas encore été portée à son attention.
Saint-Bruno exige des garanties
La municipalité de Saint-Bruno veut des garanties de la part de la Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean (RMR) pour s'assurer que la venue des déchets du Saguenay au lieu d'enfouissement technique (LET) d'Hébertville-Station n'empirera pas la situation.
«Depuis que l'entente régionale a été signée il y a deux ans, nous sommes contre le projet parce qu'on se questionne pour l'environnement. Là, Saguenay n'est même pas encore arrivée et on est en train d'avoir raison», dénonce le directeur général adjoint de Saint-Bruno, Philippe Lusinchi. Celui-ci a l'impression que la municipalité joue le rôle du mouton noir dans ce dossier, elle qui cherche des recours possibles.
Le LET fait l'objet d'une demande au ministère pour pouvoir augmenter à 200 000 tonnes sa capacité annuelle de déchets, qui est de 70 000 tonnes actuellement, afin de pouvoir prendre en charge les poubelles du Saguenay selon l'entente intermunicipale avec la RMR. 
Même si le processus d'évaluation n'est pas complété, le lieu d'enfouissement devrait pouvoir accueillir les déchets saguenéens en décembre 2017, lorsque le site de Matrec utilisé présentement aura atteint sa pleine capacité. 
Dans les premiers temps, la limite annuelle ne devrait pas être dépassée. Une autre requête vise à agrandir le site à long terme.
«Je n'ai plus confiance en la Régie. Des situations comme ça, ça ne devrait pas arriver. Ça va être quoi quand les déchets du Saguenay vont arriver? Leur venue devrait être retardée», s'inquiète le citoyen de Saint-Bruno Richard Thériault. Il voudrait sensibiliser les citoyens de la région, qui ne pensent pas aux effets du simple geste de porter leurs poubelles sur le bord du chemin selon lui.
La RMR veut calmer ces peurs. «Ce n'est pas parce qu'on reçoit deux fois plus de déchets qu'on va produire deux fois de plus lixiviat, affirme la porte-parole Stéphanie Fortin. Ça dépend des précipitations. En fait, plus on reçoit de déchets, plus les cellules sont fermées hermétiquement rapidement et il y a moins d'écoulements d'eau. Il y a du recouvrement chaque jour, mais c'est temporaire.»
De 25 à 75 camions sur le 9e rang
La Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean (RMR) a investi 700 000 $ cet été pour paver le 9e rang entre Saint-Bruno et Larouche, qui mène au lieu d'enfouissement technique (LET). Lorsque les déchets de Saguenay y seront pris en charge, le nombre de camions qui s'y rendent chaque jour passera d'en moyenne 25 à 75.
Le chemin est accessible via la route 170. Environ 3,2 kilomètres ont été asphaltés. Les travaux devraient être exécutés dans les prochains jours. « Certaines courbes ont aussi été réaménagées pour améliorer la visibilité », explique la porte-parole de la RMR, Stéphanie Fortin.
Le projet d'asphaltage était déjà dans les plans de l'organisation dès la mise en place du LET à Hébertville-Station, mais la venue des poubelles saguenéennes en décembre 2017 normalement a rendu sa réalisation encore plus importante. « Le nombre de camions supplémentaires est encore à l'étude, mais Saguenay devrait représenter le double. Ce ne sont pas tous les camions qui devraient venir au lieu d'enfouissement technique, car il pourrait avoir un centre de transfert », ajoute Mme Fortin.
Entre 25 et 30 camions empruntent le 9e rang quotidiennement en moyenne. Selon les estimations, il y en aurait entre 50 et 60 de plus.