Olivier Milot, de la ferme Taillon, a décidé de tenter sa chance avec la récolte de la fibre du chanvre.

Chanvre: de nouveaux débouchés à l’horizon

Après l’essor de la culture du chanvre biologique pour l’alimentation humaine, de nouveaux débouchés voient le jour pour la fibre, alors que les transformateurs veulent en faire du textile, de l’isolant ou même l’utiliser dans la construction de maisons. Avec plus de la moitié des superficies en chanvre du Québec, des tests sont faits au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour voir si le rendement peut être au rendez-vous.

En 2017, près de 1300 des 2037 hectares des superficies québécoises dédiées à la culture du chanvre se retrouvaient au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Un essor monstre depuis 2013, alors que seulement 434 hectares étaient cultivés à la grandeur de la province.

Cet essor est dû, en bonne partie, à l’explosion des prix pour la graine de chanvre biologique, qui est passée de 2000 à 4000 $ la tonne en dix ans, soutient Olivier Milot, actionnaire de la ferme Taillon, de Saint-Prime, qui cultive le chanvre depuis une dizaine d’années.

Sur ses 800 hectares de terre, il a cultivé 100 hectares de chanvre, cette année. Mais contrairement aux années précédentes, où il ne récoltait que les graines, il récoltera aussi la fibre, qui sera vendue à Agrofibres, une entreprise de première transformation du chanvre qui a ouvert une usine en décembre 2017.

Si récolter des tiges de chanvre peut sembler facile, il faut toutefois développer toute une expertise pour livrer un produit de qualité, car il faut maîtriser le principe du rouissage, remarque Olivier Milot.

« Il faut que les bactéries attaquent la fibre pour la délier pour en faire du textile », dit-il.

La fibre a cet aspect après le rouissage.

Mais ce n’est pas tout. Il doit aussi tester si les équipements sont efficaces pour la récolte et s’il est possible de presser la fibre dans des balles.

Malgré l’incertitude, Olivier Milot a décidé de tenter sa chance, question de voir s’il peut générer des revenus supplémentaires, alors que le prix pour les graines a chuté de 25 % au cours de la dernière année, pour atteindre 3000 $ par hectare.

Avec la fibre récoltée à la ferme Taillon et chez d’autres producteurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Olivier Lalonde, l’agronome responsable du développement de la production et de l’approvisionnement pour Agrofibres, achètera 40 tonnes de fibre dans la région, sur un total d’environ 1000 tonnes pour la première année de transformation à l’échelle commerciale.

Le but : produire une fibre canadienne plus écologique, car le chanvre ne nécessite pas de pesticides et peu d’eau, comparativement au coton.

Cette quantité est plus faible que les 1700 tonnes souhaitées, mais la sécheresse et les problèmes techniques de récolte ont fait baisser le potentiel, explique ce dernier.

Par exemple, la ferme Tournevent, de Hébertville, cultive 130 hectares de chanvre biologique, mais l’entreprise ne possède pas les équipements de récolte de la paille, ce qui réduit grandement la rentabilité de l’opération.

La ferme Taillon, à Saint-Prime, cultive le chanvre depuis une dizaine d’années. Sur ses 800 hectares de terre, 100 hectares sont consacrés au chanvre.

la fibre négligée

« Au Canada, les marchés sont développés pour mettre en valeur les graines décortiquées pour l’alimentation humaine, plutôt que pour la production de fibre », remarque Guillaume Dallaire, propriétaire de la ferme Tournevent.

La récolte de la fibre doit avant tout être rentable pour les producteurs, remarque Olivier Lalonde. « On doit utiliser des cultivars qui ont un bon rendement en graines et en pailles, parce que je ne demanderai pas à un producteur de récolter un champ s’il ne peut même pas couvrir les frais de la récolte », dit-il.

De nouveaux cultivars sont ainsi testés pour voir s’il est possible de générer davantage de revenus avec la même plante.

Une fois défibré par Agrofibres, le chanvre sera raffiné davantage par des entreprises comme Eko-Terre, qui compte ouvrir une usine cette année pour cotonniser la fibre, la rendant utilisable pour les machines de fabrication de vêtements en Amérique du Nord.

À Asbestos, en Estrie, l’entreprise Nature Fibres a aussi ouvert une usine de transformation du chanvre, au printemps 2018, pour en faire des isolants écologiques.

D’autres entreprises, comme Isofib, de Montréal, utilisent la chènevotte, qui est la partie fibreuse de la plante, pour faire de l’isolant projeté en la mélangeant avec de la chaux.

Artcan, une entreprise basée à Shefford en Montérégie, l’utilise également pour construire la dalle, les murs et la toiture de maisons écologiques.

Pour les producteurs, c’est le prix et les rendements qui dicteront si les superficies continueront d’augmenter. « Pour nous, ça reste une céréale comme une autre, remarque Olivier Milot. Si le chanvre n’est pas payant, on va miser sur d’autres cultures, car il faut continuer à gagner nos vies. »